THURIOT Jean-Baptiste [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Thierry Bertrand

Né le 24 avril 1853 à Chougny (Nièvre), mort le 9 janvier 1924 à Givry (Yonne) ; taillandier ; anarchiste.

Thuriot, souvent orthographié Thuriault, était le sixième des neuf enfants de Pierre Thuriot et Reine Merlin. Il épousa le 11 juillet 1882 Marie-Louise Deschamps, une couturière. Le couple vécut au 11, rue de la Parcheminerie, à Nevers, et eut quatre enfants. Taillandier, Thuriot employait deux ouvriers. Il s’établit ensuite au Cholet, commune de Saint-Éloi, où ses affaires prospérèrent.

En mai 1886, il s’installa à Fourchambault, dans une maison qu’il possédait avec son frère. Le 9 janvier 1887 il en devint conseiller municipal mais démissionna au bout de deux ans – à la suite de mauvaises affaires selon certains, à cause de ses idées selon d’autres. Cependant sa lettre de démission du 27 mai 1889 n’était motivée que par un changement de domicile. En effet, en mars 1889, il était revenu travailler, au Cholet, pour un marchand de fer de Nevers et employait six ouvriers.

C’est en 1892 qu’il adhéra à l’anarchisme : en avril, son nom figurait parmi les correspondants de L’Agitateur, journal anarchiste de Marseille. Le 18 avril 1892, le commissaire spécial de Nevers le présentait comme « un rêveur qui manque de plomb dans la tête et lit beaucoup d’écrits anarchiques. » En mai, la police perquisitionna chez lui et saisit des journaux anarchistes, des brochures et des traités de chimie sur la fabrication des explosifs ; on trouva aussi une lettre de Paul Bernard*, alors emprisonné en Espagne.

En 1893-1894, les autorités nivernaises le considéraient comme « le grand maître de l’anarchie » dans le département.

Une nouvelle perquisition, en juin 1893, permit de saisir six cartouches de dynamite enveloppées dans un numéro du Père Peinard. Arrêté, Thuriot nia que ces explosifs fussent à lui, et les poursuites furent abandonnées.

Les affaires de Thuriot ayant périclité, il s’associa à Paul Bernard, tout juste acquitté du procès des Trente, pour fonder au moulin de Vesvres, à Tannay, une petite fabrique d’outils de sabotiers et de galochiers qui employa 5 ou 6 ouvriers.
Les autorités y virent le principal « foyer d’anarchisme » du département. En 1896, les associés lisaient Le Libertaire et La Sociale, et fréquentaient des libertaires connus, comme Étienne Roussillon* et Jean Gauthé*. La réputation sulfureuse du lieu fut attisée par des ragots colportés par un associé de Paul Bernard, fâché avec lui au point de moucharder à la police.

Sa mauvaise réputation compromit l’entreprise, qui dut fermer. En juillet 1896, Bernard ouvrit une nouvelle fabrique à Cravant (Yonne) avec, en grande partie, le même personnel. Thuriot, qui avait recueilli sa belle-sœur après la mort de son frère, l’y rejoignit en 1897.

Dès septembre cependant, il revint à Prémery (Nièvre) où il travailla à l’usine Lambiotte comme outilleur. Il était considéré comme « très bien » par le directeur qui, tout comme la gendarmerie, ignorait son passé anarchiste.

De Prémery il gagna Corvol-l’Orgueilleux (Nièvre) où il resta peu de temps ; il s’installa enfin comme maréchal-ferrant au moulin de Latravet, à Breugnon. Un rapport de police le présenta alors comme « anarchiste convaincu » et « homme dangereux qui ne devra jamais être perdu de vue. » En fait, il ne fit plus parler de lui.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154085, notice THURIOT Jean-Baptiste [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Thierry Bertrand, version mise en ligne le 19 avril 2014, dernière modification le 19 avril 2014.

Par Jean Maitron, notice complétée par Thierry Bertrand

SOURCES : Arch. Dép. Nièvre, série M, Anarchistes, 1892-1905. — Arch. Dép. Nièvre, série M, Sûreté générale : anarchistes en résidence dans la Nièvre, 1893 à 1897, 1900 à 1905.

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