GERMAIN André, Eugène [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy

Né le 15 juin 1900 à Paris 6e arr., mort à Santiago du Chili le 1er juillet 1964. Militant anarchiste.

André Germain, fils d’Eugène (employé à l’Assistance Publique) et d’Amélie Gabernache, était l’aîné d’au moins quatre frères. Il avait commencé à militer depuis au moins 1917 au groupe anarchiste d’études scientifiques et participait fréquemment aux sorties champêtres organisées notamment à Garches, Saint-Cloud et Villeneuve-l’Etang par les Amis du Libertaire et le journal La Mêlée. Il logeait alors chez ses parents 13 rue Compans (Paris 19e arr.), d’où le 30 juin 1917 il fugua, selon la police, après avoir dérobé 115 francs à ses parents. Il se réfugia chez le compagnon Folscher, 84 rue de Ménilmontant, où la police le retrouva le 25 juillet suivant après que la famille avait signalé sa disparition. Le 18 avril 1918, il quitta une nouvelle fois le domicile paternel et gagna l’Espagne où il allait rester jusqu’en avril 1919.

A Barcelone il se fit appeler José Venuti et exerça diverses professions (maçon, journalier, manœuvre…). Il fréquenta alors les milieux anarchistes espagnols et plusieurs anarchistes français déserteurs et réfugiés dans la capitale catalane (cf. rapport de police du 2 août 1919).

Revenu à Paris au printemps 1919, il fréquenta les locaux du Libertaire , 69 boulevard de Belleville. Début août 1919, il se rendit dans les Ardennes, avec Marcelle Canard, où il aida le compagnon espagnol Enrique Jornet Arnal, expulsé de France par arrêté du 9 février 1917, et sa compagne Marthe Fréville à échapper à la police et à passer en Belgique A sa sortie d’un mois de prison en juillet 1919 pour infraction à l’arrêté d’expulsion, Enrique Jornet, militant de la CNT et déserteur de l’armée espagnole, avait reçu de Germain son passeport et une somme d’argent du groupe Les bons bougres, puis avait gagné Renwez (Ardennes) pour y rejoindre Germain chez Lucien Chrisment, ancien déserteur en 1909 et ancien compagnon de Marcelle Canard, avant de passer en Belgique.

Insoumis lors de son appel sous les drapeaux en 1920, Germain partit en Allemagne où il fut en contact avec le mouvement spartakiste. Puis au début des années 1920, il alla en Italie et participa au mouvement d’occupation des usines avant de gagner l’Espagne où il fit venir son frère Maurice Germain à Madrid. Après la proclamation de la République il parcourut avec son frère diverses régions d’Espagne comme représentant en bandages herniaires. Vers 1934 il partit pour l’Amérique latine et travailla successivement en Argentine et en Uruguay. En 1936 il était au Portugal et, au moment du soulèvement militaire de juillet 1936, retourna en Espagne où il allait se voir confier des postes de responsabilité par la CNT-FAI.

Revenu à Paris, il fut l’administrateur de l’hebdomadaire bilingue La Nouvelle Espagne antifasciste-La Nueva España antifascista (Paris, 20 septembre 1937- 17 novembre 1938, 60 numéros), dont le gérant était Albert Soulillou, puis le responsable de l’agence de presse espagnole du 24 Boulevard Saint-Denis avec notamment Manuel Mascarell et Nemesio Galvé, représentants de la CNT-FAI à Paris. Il servait également d’intermédiaire entre la FAI et les Espagnols résidant clandestinement en France.

Lors de la Retirada de janvier-février 1939, il fut délégué à la frontière franco-espagnole, puis accueillit au local du boulevard Saint Denis de nombreux compagnons auxquels était versé un premier secours. A la même époque il fut l’un des gestionnaires des fonds de la CNT-FAI pour le Conseil général du mouvement libertaire. Il logeait alors au n°2 square du Limousin (13e arr.). En juin 1939 il fut témoin de la noyade à La Ferté-sous-Jouarre de Mariano Rodriguez Vazquez, le secrétaire de la CNT.

Il fut également le gérant du journal Democracia (Paris, 3 numéros du 2 au 23 septembre 1939), dont l’administrateur était J. Nieves, qui était édité par le Mouvement libertaire espagnol et dont la rédaction se trouvait 7 rue Taylor (10e arr.) dans un local loué par Germain depuis juin 1939. Le journal fut interdit par les autorités le 1er octobre 1939. Parallèlement Germain servit également de boîte aux lettres entre les compagnons espagnols internés dans les camps et les responsables de la FAI et de la CNT, notamment ceux qui s’étaient réfugiés en Belgique.

Après la mort de Mariano Rodriguez Vazquez, il fut l’un des dépositaires des archives de la CNT-FAI évacuées en France – archives stockées en partie dans des locaux qu’il avait loué 30 rue Réaumur après la fermeture en juillet 1939 du local du boulevard Saint-Denis – puis fut l’un des signataires de l’accord passé en 1939 avec l’Institut international d’Amsterdam en vue de la conservation de ces archives. Il émigra la même année au Chili où il allait être lié au militant libertaire Louis Mercier qu’il avait rencontré à Bruxelles à l’automne 1939. Dans une lettre adressée à H. Rüdiger en octobre 1956, Mercier écrivait à son propos : "Il s’agit d’un vieux copain, très sûr, qui a bourlingué depuis 1917 (prison en Allemagne notamment). Il était responsable à la frontière espagnole jusqu’en 1939. Copain d’Ernestan, Durruti, Ascaso dans l’émigration bruxelloise. Aujourd’hui chilien et installé à Santiago. Je l’ai fait nommer trésorier du Comité pour la liberté de la culture à cet endroit. Tu peux donc lui parler franchement. Il est capable de se taire."

André Germain, qui apparait sous le nom d’Albert dans les mémoires de Mercier, et qui collabora également aux travaux de la Commission internationale de liaison ouvrière (CILO) fondée en 1958 par Mercier, est décédé à Santiago du Chili le 1er juillet 1964.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154304, notice GERMAIN André, Eugène [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 25 mars 2014, dernière modification le 9 septembre 2019.

Par Rolf Dupuy

SOURCES : Entretien avec Ch. Anderson le 15 juillet 1988 — Boletin de la Comision internacional de relaciones obreras, n°6, août 1964 — Le Monde Libertaire, novembre 1964 — Fonds Mercier, CIRA (Important fonds de correspondance de Germain à Mercier) — L. Mercier Vega, La chevauchée anonyme.., op. cit. — Notes de M. Enckell — Arch. Nat. Pierrefitte, 1994044/157, dossier n°23. – AD Ardennes 1M143. — Etat civil Paris.

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