PASOTTI Giuseppe [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Né le 10 février 1888 à Conselice (Émilie-Romagne, Italie), mort le 21 avril 1951 en Tunisie ; ouvrier mécanicien ; anarchiste.

Issu d’une famille qui avait participé aux luttes républicaines et anticléricales dans les États pontificaux (son grand-père était républicain, son père socialiste), Giuseppe Pasotti milita dès sa jeunesse dans le mouvement anarchiste et syndicaliste.

Ouvrier mécanicien, il fut condamné à trois mois de prison en 1911 pour avoir empêché des non-grévistes de prendre le travail. En juin 1914, il prit part à la « Semaine rouge » d’Ancône. Militant contre l’intervention de l’Italie dans la Première Guerre mondiale, il fut arrêté en 1915 pour antimilitarisme. En 1916, il s’installa à Milan où il milita à l’Union syndicale italienne (USI), opposée à la guerre. L’année suivante, il fut poursuivi pour délit de presse. Le 18 janvier 1918, il fut condamné par le tribunal militaire de Milan pour « incitation à la désobéissance et à la désertion » et fut interné à la forteresse d’Aoste jusqu’à la fin de la guerre. Pendant sa détention, sa compagne, Maria Bernardi, fut emportée par la grippe espagnole.

Ouvrier mécanicien, il devint en 1920 secrétaire du syndicat chez Alfa-Romeo, à Milan, et fut en première ligne durant la vague de grèves du Bienno Rosso italien. Rejetant l’adhésion à la IIIe Internationale, il resta fidèle à l’anarchisme. Par la suite, il s’opposa à la montée du fascisme. En 1924, il échappa de justesse aux sbires du futur maréchal Balbo, et dut fuir Milan quelque temps.

Il travailla ensuite comme monteur-mécanicien dans une entreprise de Malnate (Lombardie). Son métier le faisait voyager à travers le pays et, malgré le régime fasciste, il put ainsi maintenir des contacts avec les camarades disséminés un peu partout. Les troubles provoqués par l’exécution de Sacco et Vanzetti le signalèrent cependant de nouveau aux autorités. Obligé de se cacher, il s’enfuit en France en 1929, et vécut quelque temps à Paris.

Après être avoir travaillé quelques mois en Allemagne en 1930, il s’installa à Toulouse avec son fils, Nello, sa nouvelle compagne, Maria Linari. Là, il reprit ses activités militantes. Il fréquentait la librairie du professeur Silvio Trentin, point de ralliement des réfugiés antifascistes italiens de la région, et fut l’un des correspondants de L’Adunata dei Refrattari (États-Unis) et des pages italophones du Réveil anarchiste de Louis Bertoni (Genève).

En mai 1932 il s’installa à Perpignan (Pyrénées-Orientales), où il adhéra au groupe anarchiste local, affilié à la Fédération anarchiste du Midi. Le groupe diffusait Le Libertaire. En tant que président local de la Ligue italienne des droits de l’homme (LIDH), il coordonnait l’action antifasciste dans la région et participa fréquemment à des actions coup de poing contre l’extrême droite.

Il gérait une pension de famille au 3, rue Duchalmeau, qui hébergea de nombreux compagnons. En 1935, il fut, avec entre autres Raniero Cecili, Ernesto Bonomini*, Leonida Mastrodicasa*, Luigi Damiani et de nombreux autres antifascistes italiens, l’objet d’une mesure d’expulsion, mais il bénéficia sans doute d’un sursis, puisque le 31 mai 1936, il participait, à Chambéry, au congrès de la LIDH.

Après le début de la Révolution espagnole, en juillet 1936, le groupe anarchiste de Perpignan joua rapidement un important rôle de liaison entre la France et l’Espagne. Ce groupe comptait, selon la police, « 25 membres, dont 21 étrangers (notamment espagnols et italiens) » et avait son siège au domicile de Louis Montgon*, 13, rue Émile-Boix. L’un de ses pivots était Giuseppe Pasotti, du fait de ses nombreuses relations espagnoles, italiennes, françaises et suisses. À l’époque, il effectua de nombreux déplacements entre Barcelone, Perpignan, Marseille et Nice, et organisa le passage en Espagne des combattants volontaires italiens (notamment de Centrone, Girotti, Bilfolchi, Perrone, Bonomini, etc.).

Au début de 1937 il était devenu l’homme de la CNT-FAI à Perpignan, et les réunions à son domicile de la rue Grande-la-Réal étaient un passage obligé sur la route de Barcelone. Séjournèrent ainsi chez lui le socialiste Carlo Rosselli, l’anarchiste Camillo Berneri, le journaliste Luigi Campolonghi, animateur de la Ligue italienne des droits de l’homme, et bien d’autres.

À l’époque, Pasotti ne cessa de dénoncer l’activité du consul d’Italie à Port-Vendres, qui appuyait les réseaux profranquistes à Perpignan. Déclaré persona non grata par les autorités françaises, le consul fut finalement expulsé.

Suite à un attentat à la bombe commis, le 11 mars 1937, contre le train Marseille-Portbou, Pasotti fut arrêté avec le militant espagnol Mechior Escobar y Moliner puis impliqué dans une sombre histoire de détournement de correspondance (il s’agissait de lettres adressées à des militants franquistes dans un hôtel de la ville). Malgré la mobilisation de la Ligue des droits de l’homme, il fut condamné, le 2 juin 1937, à trois mois de prison pour « violation de correspondance » par le tribunal de Perpignan. Après sa sortie de prison, il fut frappé, le 19 août, par un arrêté d’expulsion, et dut se cacher à Marseille.

Une nouvelle fois arrêté le 19 septembre pour infraction à l’arrêté d’expulsion, et après une brève détention, Pasotti resta caché plusieurs semaines chez Louis Montgon, à Perpignan. Il recommença ensuite à acheminer de l’aide en Espagne.

Au printemps 1938, il s’installa en Tunisie, avec l’aide des anarchistes de Marseille. Il reprit là-bas ses activités politiques et organisa un groupe anarchiste avec Luigi Damiani, héritier moral d’Errico Malatesta, qu’il avait fréquenté à Milan dans les années 1920, puis à Toulouse.

Le 5 avril 1939, suite à un attentat contre une entreprise fasciste, il fut arrêté comme suspect, mais rapidement relâché.

Lors de l’invasion de la Tunisie par les forces de l’Axe, en 1943, il passa en Algérie. Toujours antimilitariste, il s’enrôla malgré tout, et bien qu’âgé de 55 ans et en assez mauvaise santé, dans les corps francs britanniques, tout en affirmant sa volonté de ne pas porter d’armes. Il fut nommé intendant et cuisinier du groupe de volontaires italiens.

À la fin de la guerre, il rentra en Italie et milita au groupe de Villadossola (Piémont) de la Fédération anarchiste italienne (FAI). Il fut délégué par les groupes du Val d’Aoste au IIe congrès de la FAI, du 16 au 20 mars 1947 à Bologne.

Chargé de réorganiser le mouvement libertaire dans la province de Ferrare (Émilie-Romagne), il s’intalla début 1948 à Pontelagoscuro. Cependant, découragé par la normalisation politique dans le pays, il retourna en Tunisie où il vécut ses dernières années.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154358, notice PASOTTI Giuseppe [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy, version mise en ligne le 21 avril 2014, dernière modification le 22 janvier 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

SOURCES : CAC Fontainebleau carton 19940460 — AD du Gard 1M757 (Menées terroristes) — La Voce degli italiani, 1938. — Notes de N. J. Pasotti — Umberto Marzocchi, « Tra Guerra i rivoluzione », Rivista A n°140, octobre 1986 — Notice de T. Marabini et R. Zani dans le Dizionario Biografico degli Anarchici, tome 2, BFS Edizioni, 2004.

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