ROORDA Henri [Roorda van Eysinga] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Marianne Enckell

Né le 30 août 1870 à Bruxelles (Belgique), mort le 7 novembre 1925 à Lausanne (Suisse) ; pédagogue libertaire, collaborateur de l’École Ferrer de Lausanne.

Son père Sicco Roorda van Eysinga (1825-1887), fonctionnaire en Indonésie, fut révoqué à cause de ses positions anticolonialistes, et trouva refuge en Belgique puis en Suisse romande dès 1872. Etablie à Clarens, la famille se lia avec Elisée Reclus* qui eut une influence décisive sur la formation d’Henri, ainsi qu’avec Pierre Kropotkine* (Sicco Roorda donna des articles à son journal Le Révolté, publié à Genève).

Depuis 1892, Henri Roorda enseigna les mathématiques à Lausanne et publia des articles sur l’école et l’enseignement dans les Temps Nouveaux, L’Humanité nouvelle, La Revue Blanche, L’Ecole rénovée. Il correspondait avec Reclus, Ferdinand Domela Nieuwenhuis, Jacques Gross* notamment. De 1913 à 1917, il collabora au Bulletin de l’École Ferrer (voir Jean Wintsch) de Lausanne, dont il rédigea entre autres les statuts programmatiques. Il faisait partie de la Ligue internationale pour l’éducation rationnelle de l’enfance, fondée par Francisco Ferrer*.

Par la suite, il publia des ouvrages critiques sur la pédagogie : Le pédagogue n’aime pas les enfants (1917), Avant la grande réforme de l’an 2000 (1925). Il fréquenta le milieu littéraire local qui publiait les Cahiers vaudois. Sous le pseudonyme de Balthasar, il donna des chroniques sarcastiques et humoristiques à la presse suisse romande, reprises partiellement en volumes : A prendre ou à laisser (1919), Le Roseau pensotant (1923), Le débourrage de crânes est-il possible ? (1924), ainsi qu’un Almanach Balthasar (1923 à 1926).
A 4 heures du matin, le samedi 7 novembre 1925, il mourut « subitement des suites d’une effroyable neurasthénie » (comme l’annonça la presse). Ses amis publièrent l’année suivante Mon suicide, texte testament, grave et léger, où Roorda exposait avec distance et ironie les raisons qui l’avaient conduit à mettre fin à ses jours.

La publication de ses Œuvres complètes (qui ne le sont pas vraiment) en 1969 le fit redécouvrir, et l’exposition organisée quarante ans plus tard au Musée historique de Lausanne permit encore de trouver des témoins et des témoignages nombreux, comme sa correspondance avec ses amis Jacques Gross, Amédée Dunois* et d’autres anarchistes, ainsi que des articles peu connus. Plusieurs pièces de théâtre ont été montées à partir de ses textes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154368, notice ROORDA Henri [Roorda van Eysinga] [Dictionnaire des anarchistes] par Marianne Enckell, version mise en ligne le 18 mars 2014, dernière modification le 8 septembre 2020.

Par Marianne Enckell

ŒUVRE : Œuvres complètes, Lausanne, L’Age d’homme, 1969. — Almanachs Balthasar, rééd. en un vol., Lausanne : Humus, 2009 — Rééditions chez 1001 nuits depuis 2011 : Le Rire et les rieurs, suivi de Mon suicide ; Le Roseau pensotant, humour de tous les jours ; Le Pédagogue n’aime pas les enfants, avec des postfaces d’Eric Dussert. – La Ligue contre la bêtise et autres fantaisies théâtrales, préface de Joël Aguet, Marseille, Le Flibustier 2012. — Les Saisons indisciplinées, recueil de chroniques inédites, Allia, 2013.

SOURCES : Henri Roorda, pédagogue libertaire, chroniqueur facétieux, et l’humour zèbre, catalogue d’exposition au Musée historique de Lausanne (mars-juin 2009) et actes du colloque organisé par l’Association des Amis d’Henri Roorda en mai 2008 (avec des contributions de Gilles Losseroy, Doris Jakubec, Michel Froidevaux, Tanguy L’Aminot, Carine Corajoud et Danièle Mussard), Lausanne, MHL, Humus, 2009. — Dictionnaire historique de la Suisse (notice de Doris Jakubec).

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