BACON Paul, Jean

Par Claude Pennetier

Né le 1er novembre 1907 à Paris (XVIIIe arr.), mort le 6 décembre 1999 à Gimont (Gers) ; dessinateur en ameublement, employé puis permanent de la JOC ; dirigeant de la JOC puis de la Ligue ouvrière chrétienne (LOC), devenu Mouvement populaire des familles (MPF) ; syndicaliste CFTC ; député de la Seine (MRP) de 1946 à 1958 ; ministre du Travail dans divers cabinets, pour une durée totale de dix ans et demi, entre 1950 et 1962, ministre de la santé publique et de la population (1958).

Paul Bacon dans les années 1930
Paul Bacon dans les années 1930
Arch. JOC

Paul Bacon naquit à Paris d’un père compagnon sellier employé dans les ateliers de La Chapelle de la Compagnie des fiacres « l’Urbaine », et d’une mère lingère. Son père Laurent Bacon, né à Auch (Gers) et élevé à Simorre, avait terminé à Paris un tour de France commencé à Marmande (Lot-et-Garonne). L’enfant fut marqué par la force des traditions compagnonniques et la présence d’un homme qui, après avoir travaillé en qualité de maître sellier à Pau et aux ateliers royaux de Saint-Sébastien (Espagne), avait réussi à ouvrir à Gimont un atelier de sellier-carrossier et de garnissage-auto. Les trimardeurs de passage se présentaient chez le maître sellier pour solliciter gîte et travail. À la mort de Laurent Bacon, tué le 18 mai 1916 à Verdun, son épouse Maria Baradat originaire de Beuste (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques) retourna en Béarn où elle reprit son métier de couturière pour nourrir ses deux enfants (Paul et sa sœur cadette). Paul fit ses études à l’école primaire supérieure Saint-Cricq, section Arts et Métiers, tout en fréquentant assidûment la paroisse : il était enfant de chœur « appointé ». Son père ne pratiquait guère et l’influence de sa mère semble avoir été moins déterminante dans son engagement catholique social que la rencontre, à Pau, de prêtres et de laïcs influents qui surent utiliser ses qualités précoces. En janvier 1924 sa mère tomba malade. Il dut subvenir aux besoins de la famille en entrant comme second dessinateur dans une fabrique de meubles de deux cents ouvriers : « les usines de Néez » à Jurançon. Il adhéra en juillet 1924 à la section de Pau de la CFTC et fut, dès 1925, l’adjoint de Jean Fille Lambie secrétaire (ou président) de l’Union locale. Il était depuis août secrétaire de l’Union du Béarn de l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) dont le futur ministre Edmond Michelet (né en 1899) assurait la présidence. Le marasme de l’industrie du meuble poussa Paul Bacon à « monter à Paris » en janvier 1926. Il logea par hasard dans un foyer de jeunes sillonistes. Il se rendit rue Cadet pour renouveler son adhésion à la CFTC et 14, rue d’Assas pour prendre contact avec la direction de l’ACJF. Les animateurs de cette organisation l’affectèrent à la commission ouvrière centrale (COC). Il y côtoya Jean Mondange, Pierre Diestch et Paul Vignaux* au moment où, en 1926, l’abbé Guérin* créait, à l’imitation du mouvement belge de l’abbé Cardijn, la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). Paul Bacon connaissait mal la concurrence que se faisaient l’ACJF et la JOC pour obtenir l’appui de la hiérarchie ecclésiastique. Domicilié à Adamville, quartier populaire de Saint-Maur-des-Fossés (Seine, Val-de-Marne), il fut attiré par un groupe JOC dont il devint secrétaire dès 1927. L’année suivante Paul Bacon abandonna ses occupations d’employé pour entrer comme permanent au secrétariat général de la JOC (276, boulevard Raspail, Paris VIe arr.). Il organisa un service d’épargne destiné à développer le sens de l’économie chez les jeunes ouvriers chrétiens : l’argent déposé à la Mutuelle de la CFTC devait servir à verser un pécule de mariage, mais l’expérience fut vite abandonnée. Paul Bacon s’affirma surtout comme le responsable du journal Jeunesse ouvrière et des éditions. La littérature jociste venait principalement de Belgique. En 1929, la JOC française confia la fondation d’une Librairie de la Jeunesse ouvrière (qui devint les Éditions ouvrières le 6 avril 1939) à Marcel Müller*, Maurice Neuville* et Paul Bacon. Ils achetèrent, quelques années plus tard, un vieil hôtel avenue Sœur Rosalie et réussirent à payer les charges financières en éditant des livres pour la jeunesse (chants, ouvrages instructifs, etc.) mais la vocation de la librairie restait l’édition de textes de référence comme le Programme général de la JOC de 1936. Entre 1927 et 1932, aucun secteur de l’activité jociste ne fut ignoré par Paul Bacon qui expliqua lui-même : « Il est difficile de séparer nettement les responsabilités nationales des premiers permanents du secrétariat général de la JOC. Nous appliquions le fameux commandement de “l’Appel” “Faites-le ! ça se fera” et nous avions pour règle la mise en commun des obligations, de nos tâches, de nos entreprises » (Lettre du 25 septembre 1980).

Le mariage de Paul Bacon entraîna une modification de ses activités militantes. Il avait épousé le 9 avril 1932 à La Garenne-Colombes Marthe Rajoud, ouvrière modiste à Paris, dont il eut deux enfants (Jean, motoriste, mort en 1961 et Pierre, ébéniste décorateur à Paris). Il fut le premier permanent à créer un foyer aussi pensa-t-il nécessaire de prolonger le mouvement de jeunesse par un mouvement des familles chrétiennes. Il fonda la Ligue ouvrière chrétienne, qui devint le Mouvement populaire des familles (MPF), et la dota d’un journal Notre vie ouvrière (1934). Il créa en 1937 l’hebdomadaire Monde ouvrier.

Mobilisé au 28e génie de Montpellier en août 1939, il gagna Lyon après mai 1940, avec les secrétariats de la LOC et de la JOC. De retour à Paris en janvier 1942, il maintint l’activité des Éditions ouvrières tout en organisant des journées d’étude sur le syndicalisme. Il diffusait Témoignage chrétien et collaborait avec la CFTC clandestine, d’où sa présence à la Libération à la direction de l’Institut de culture ouvrière et à la fonction de rédacteur en chef de Syndicalisme, journal de la CFTC. Membre du Mouvement républicain populaire (MRP) et délégué à l’Assemblée consultative, Paul Bacon fut absorbé par l’activité parlementaire puis ministérielle. Vice-président de la première Assemblée constituante, il représenta la Seine à la Chambre des députés de 1946 à 1958 (battu à cette date dans la circonscription de Saint-Maur-Créteil). Entré au gouvernement comme secrétaire d’État à la présidence du conseil en 1949 (28 octobre 1949-7 février 1950), Paul Bacon fut ministre du Travail et de la Sécurité sociale de 1950 à 1958 avec des interruptions de quelques mois (7 février 1950-8 mars 1952, 8 janvier 1953-19 juin 1954, 23 février 1955-1er février 1956, 6 novembre 1957-1er juin 1958), puis ministre de la Santé publique et de la Population du 3 juin au 7 juillet 1958 et ministre du Travail du 1er juin 1958 au 16 mai 1962. Il quitta alors le gouvernement avec les ministres MRP. Sa stabilité dans ses fonctions avait été exceptionnelle ; elle témoigne de sa réussite. Il était arrivé au ministère du Travail à l’occasion de la démission des socialistes en février 1950 et avait dû veiller à l’application des lois sociales élaborées par ses prédécesseurs communistes et socialistes (Ambroise Croizat* et Daniel Mayer*). Il siégea ensuite au Conseil économique et social (1962-1963), dirigea le Centre international de perfectionnement professionnel et technique de Turin (1963-1966) et présida le Centre d’études des revenus et des coûts auprès du Commissariat au Plan (1966-1976).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article15444, notice BACON Paul, Jean par Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 8 septembre 2009.

Par Claude Pennetier

Paul Bacon dans les années 1930
Paul Bacon dans les années 1930
Arch. JOC
Paul Bacon dans les années 1940
Paul Bacon dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Paul Bacon dans les années 1950
Paul Bacon dans les années 1950
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956
Paul Bacon lors du rassemblement organisé par la JOC à l’occasion de son Xe anniversaire (1937)
Paul Bacon lors du rassemblement organisé par la JOC à l’occasion de son Xe anniversaire (1937)
Arch. JOC
Paul Bacon entouré de Fernand Bouxom (à gauche) et de Marcel Montcel dans les années 1970
Paul Bacon entouré de Fernand Bouxom (à gauche) et de Marcel Montcel dans les années 1970
Arch. JOC

ŒUVRE : Naissance de la classe ouvrière, Paris, 1945. — La Réforme de l’entreprise capitaliste, Paris, 1948. — Vers la démocratie économique et sociale. — Il collabora aux journaux cités dans la biographie ainsi qu’à Sept et Temps présent.

SOURCES : Who’s who, 1979-1980. — H. Coston, Dictionnaire de la politique française, t. 1, Paris, 1967 (notice Éditions ouvrières). — Benoît Yvert, Dictionnaire des ministres (1789-1989), Paris, Perrin, 1990, p. 757. — Entretien de Claude Pennetier avec Paul Bacon et renseignements fournis par Paul Bacon. — Dictionnaire des parlementaires français, 1940-1968, tome 2, p. 230-232. — G. Poujol, M. Romer (dir.), Dictionnaire biographique des militants de l’éducation populaire à l’action culturelle XIXe-XXe siècles, L’Harmattan, 1996, p. 26 (biographie de P. Bacon rédigée par M. Chauvière). — A.-R. Michel, « Paul Bacon », in La politique sociale du général de Gaulle, Centre d’histoire de la région du Nord et de l’Europe du Nord-Ouest, 1990. — B. Béthouart, « Le ministère du travail et de la Sécurité sociale : un monopole du MRP de 1950 à 1962 », Revue d’Histoire moderne et contemporaine, 43-1, janvier-mars 1996, p. 67-105. — Des syndicalistes chrétiens en politique (1944-1962), Lille, Presses universitaires du Septentrion.

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