JEALLOT Pierre [dit le Tapin] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Michel Cordillot, Guillaume Davranche, Marianne Enckell

Né à Paris le 22 février 1833, mort le 2 mars 1925 à Limeil-Brévannes (Seine-et-Oise) ; ouvrier en papier peint ; communard, blanquiste puis anarchiste.

Tambour dans les zouaves sous le Second Empire (d’où son surnom), Pierre Jeallot fut délégué de la Commission ouvrière de 1867 au sein de laquelle il représenta les ouvriers parisiens en papiers peints fantaisie. Il habitait alors 8, rue Chaudron, à Paris 10e.

A la fin de l’Empire, militant actif de l’Internationale, il était blanquiste et appartenait au groupe de Ménilmontant. Il n’avait alors plus qu’un bras valide. Dans son roman Philémon, vieux de la vieille, Lucien Descaves, qui avait recueilli ses mémoires avant sa mort, raconte de lui que « c’était le véritable gamin de Paris, gai, courageux, serviable, et débrouillard comme pas un. Il ne haïssait que les agents de police, qui lui avaient cassé un bras... mais l’autre travaillait pour deux. »

Durant le premier siège de Paris, en 1870, Jeallot fut incorporé au 74e bataillon de la Garde nationale. Sous la Commune, il fut élu capitaine et exerça les fonctions de directeur de la boulangerie à la manutention du quai de Billy. Le 4 octobre 1873, le 4e conseil de guerre le condamna par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée.

Au lendemain de la Commune, Pierre Jeallot parvint à fuir et à se réfugier à New York, où il arriva à la fin de l’année 1871. C’est sans doute lui (Jeaflot P.) qui envoya une lettre au Socialiste pour dénoncer l’attitude de la police française qui traquait les communards en fuite sur les bateaux transatlantiques. Ayant pris langue avec les Internationaux, il s’installa à la pension de Constant Christenert. Il se mit à la recherche d’un emploi, quel qu’il soit (mais de préférence comme ouvrier en papier peints de couleur) en passant des petites annonces dans les colonnes du Socialiste à compter du 16 décembre 1871. Mais apparemment, un mois plus tard, il était toujours sans emploi fixe. C’est sans doute ce qui explique qu’il ait alors décidé de repartir en Europe, plus précisément pour Bruxelles où il se trouvait en mars 1872. Il n’en resta pas moins en contact avec les socialistes franco-américains, comme le prouve la correspondance publiée par le Bulletin de l’Union républicaine le 20 août 1876, dans laquelle il dénonçait les mauvais traitements infligés au déportés de Nouvelle-Calédonie.

Pierre Jeallot n’apprécia pas particulièrement les réfugiés qu’il rencontra à Bruxelles (lettre à Eudes, 24 mai). Il se rendit alors en Suisse, puis, en mars 1873, vint faire un tour à Paris d’où il écrivait à Eudes, le 4 mai : « Depuis le commencement de mars, j’ai quitté Genève pour me rendre à cette grande et jolie ville de Paris », et il ajoutait : « Je n’ai pas plus été inquiété que le premier des réacs venu. » Jeallot revint ensuite en Suisse, à Neuchâtel, à Saint-Imier, à La Chaux-de-Fonds.

A Neuchâtel, Pierre Jeallot connut James Guillaume. Il gagna pendant longtemps sa vie en tournant la roue d’une presse dans une imprimerie et adhéra à la section de Neuchâtel de l’AIT.

En 1877, il vivait à la Chaux-de-Fonds. Le 18 mars, il participa à la fameuse manifestation du drapeau rouge à Berne. En juillet, il dut effectuer un bref séjour à Paris. Les 19 et 20 août se tint, en effet, à la Chaux-de-Fonds, le congrès d’une fédération française de l’AIT constituée en avril et dont Alerini, Brousse, Dumartheray, Montels, Pindy formaient la commission administrative initiale. Après le congrès, Jeallot et Hippolyte Ferré remplacèrent Brousse et Montels. Jeallot exerça les fonctions de caissier fédéral. A cette époque, selon les mémoires de Kropotkine, il était encore blanquiste.

Jeallot rentra ensuite en France où il intégra les groupes socialistes renaissants. Il allait bientôt faire partie du « demi-quarteron » initiateur du mouvement anarchiste en France.

Le 15 septembre 1878, il fut arrêté avec les membres de l’Internationale qui, autour de L’Égalité de Jules Guesde, avaient décidé de maintenir le congrès international prévu à Paris malgré l’interdiction gouvernementale. Au tribunal, le 23 octobre, il affirma qu’il devait participer au congrès comme délégué d’un « cercle d’études sociales » fort de 40 à 50 membres, et déclara qu’il n’attendait nulle autorisation pour se réunir puisque, étant anarchiste, il ne se soumettait pas aux lois (Le Petit Parisien du 25 octobre 1878). Il écopa de six mois de prison.

A sa sortie, Jeallot continua de fréquenter les réunions socialistes parisiennes qui s’organisaient désormais autour du journal Le Prolétaire, de Paul Brousse. C’est dans ces réunions qu’il rencontra Jean Grave. Avec lui et Minville, Jeallot confonda en 1879 le Groupe d’études sociales des 5e et 13e arrondissements de Paris, dont Grave fut secrétaire. Le groupe travailla avec Guesde à remettre sur pieds L’Égalité, qui reparut le 21 janvier 1880. Jeallot habitait alors au 140, rue Mouffetard, à Paris 5e.

Les réunions du Groupe d’études sociales des 5e et 13e arrondissements se tenaient chez un marchand de vin, au coin des rues Pascal et de Valence et étaient surtout fréquentées par des ouvriers tanneurs, corroyeurs et mégissiers, les industries de ce quartier où coulait alors la Bièvre. Mais elles reçurent également la visite d’éminents militants anarchistes comme Cafiero, Malatesta et Tcherkessof.

Le 23 mai 1880, il participa à la première manifestation commémorative au mur des fédérés, qui fut suivie par 5 000 personnes, malgré de nombreuses altercations avec la police. Jeallot fut arrêté et retenu plusieurs heures à la prison de la Petite-Roquette.

Du 18 au 25 juillet 1880, Jeallot fut délégué par l’Alliance des groupes socialistes révolutionnaires au congrès ouvrier du Centre, qui devait préparer le congrès national du Havre. Il fut, avec Émile Gautier, Lemâle et Jean Grave, un des représentants de la tendance anarchiste du congrès.

En mars 1881, au sortir d’une réunion, la police arrêta Tcherkessof. Jeallot voulut s’interposer et fut arrêté également. En mai, il écopa de six mois de prison à la Roquette.

Passée cette période initiale du mouvement anarchiste, il reste à éclaircir ce que fut l’activité de Pierre Jeallot. Il finit en tout cas sa vie à l’hospice de Limeil-Brévannes, où il continua d’exercer son métier de peintre. Il était marié et père de deux enfants. Il rédigea ses souvenirs qu’il communiqua à Lucien Descaves. L’écrivain en fit une des sources de son Philémon, vieux de la vieille.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154457, notice JEALLOT Pierre [dit le Tapin] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Michel Cordillot, Guillaume Davranche, Marianne Enckell, version mise en ligne le 26 mars 2014, dernière modification le 17 avril 2020.

Par Jean Maitron, Michel Cordillot, Guillaume Davranche, Marianne Enckell

ŒUVRE : La Question électorale, Alliance des groupes socialistes révolutionnaires, Paris, 1880, 14 p.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/857, n° 2848 — Archives Eudes (IFHS) — Arch. Gén. Roy. Belgique, dossier de Sûreté, renseignements datés 16 mars 1872 — Le Socialiste, 14 octobre, 16 décembre 1871, 13 janvier 1872, entre autres. — Le Petit Parisien, 25 octobre 1878 — Pierre Kropotkine, Autour d’une vie, Stock, 1898 — James Guillaume, L’Internationale. Documents et Souvenirs, Société Nouvelle de Librairie et d’Edition, passim et, notamment, t. II, 1907, pp. 172, 223, t. IV, pp. 146, 220 — Lucien Descaves, Philémon, vieux de la vieille, 1913, pp. 277, 321, 325 — Jean Maitron, « En dépouillant les archives du général Eudes », L’Actualité de l’Histoire, n° 6, janvier 1954, p. 11 — Maurice Dommanget, "Blanqui et l’opposition révolutionnaire à la fin du Second Empire", Cahier des Annales n°14, Armand Colin, 1960, pp.234 (le nom est orthographié Jallot) — Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchiste, Flammarion, 1973 — Jean-Paul Martineaud, La Commune de Paris, l’Assistance publique et les hôpitaux en 1871, L’Harmattan, 2004. – Lettre de Jacques Gross, 22 mars 1925, Max Nettlau Papers, IISG Amsterdam.

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