RESPAUT André, Gaudérique, Jean [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy

Né le 28 septembre 1898 à Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales), mort le 27 avril 1973 ; professeur de gymnastique ; anarchiste.

André Respaut était membre d’une fratrie de 8 enfants élevés à Narbonne par leur mère après la séparation d’avec un père mineur de fer, brutal et buveur. Après le certificat d’études, il fut apprenti maréchal-ferrant à Coursan (Aude) pour aider sa mère, qui faisait des ménages. Ses deux frères aînés, Jean et François, furent mobilisés en 1914, et n’en revinrent pas. En 1918, André fut à son tour mobilisé. Tandis que son frère Arthur, insoumis, s’enfuyait en Espagne, André, qui était déjà libertaire et pacifiste convaincu, renonça à faire de même pour ne pas peiner sa mère.

Après la guerre, avec ses frères Arthur et Fortuné Respaut, il travailla comme maraîcher et, en 1920, fonda le groupe anarchiste de Narbonne.

Le 28 octobre 1923, il prit la parole lors d’une manifestation organisée à Perpignan par l’UD-CGTU et le PCF en faveur de l’amnistie. Le commissaire spécial de la ville, qui le nomme Raspaud, le considérait alors comme « le secrétaire du parti anarchiste des Pyrénées-Orientales ». À l’époque de la dictature de Primo de Rivera en Espagne (1923-1930), il rendit de nombreux services à la CNT catalane.

Le 19 octobre 1924 fut fondée, à Béziers, la Fédération révolutionnaire du Languedoc, affiliée à l’Union anarchiste. Respaut participa à ses congrès, dont celui des 15 et 16 août 1925. Il collaborait à cette époque à La Revue internationale anarchiste dont le gérant était Severin Ferandel.

En 1933, André Respaut devint gérant du buffet de la gare de Narbonne. En 1934, il monta à Paris pour étudier la philosophie à l’École des hautes études sociales où il suivit les cours de Félicien Challaye, à qui il voua toute sa vie une admiration et une affection profonde.

De retour à Narbonne, il travailla au café du Château-d’Eau, qui servait de siège à des sociétés musicales dont les frères Respaut furent d’infatigables animateurs. André suivit des cours de chant, fut élève de l’école de culture physique Desbonnet, puis devint masseur et professeur de culture physique lui-même, tout en continuant de militer dans le mouvement libertaire.

Pendant la guerre d’Espagne, son frère Fortuné partit comme volontaire. André, lui, fut l’un des animateurs de la Solidarité internationale antifasciste (SIA) et assura le passage de camions d’armes et de ravitaillement au profit de la CNT. Il participa également à de nombreuses réunions et meetings de soutien aux combattants espagnols dans le sud de la France. A la fin de la guerre il revint à Narbonne avec sa compagne espagnole, Téri Sisquella, qui, sur ordre du sous-préfet de Narbonne, fut internée au camp d’Argelès.

Pendant l’occupation allemande, il entra en contact avec le mouvement Combat et intégra la résistance, d’abord en distribuant des tracts puis, à partir de fin 1942, comme agent de renseignement. Parallèlement, avec des anarchistes d’Alès, de Perpignan et la CNT espagnole, il participa à des passages vers l’Espagne.

Le 18 octobre 1943, il fut arrêté par la Gestapo. Sachant son arrestation imminente, il avait préparé un dispositif lui permettant d’y échapper, mais y renonça, craignant que les Allemands n’arrêtent sa mère. Longuement interrogé et torturé, André Respaut, qui n’avait pas parlé, fut transféré au camp de Compiègne, d’où le 12 décembre 1943, il fut déporté en wagon plombé vers le camp de concentration de Buchenwald.

Grâce à son entraînement physique, à son courage et à sa générosité, il survécut et sauva la vie de plusieurs déportés. Après la libération du camp le 11 avril 1945 par les troupes américaines, André Respaut fut rapatrié en France à la fin du mois. Il devait tirer de son expérience un témoignage, Buchenwald, terre maudite.

À son retour à Narbonne, il fut l’un des fondateurs de l’Association des anciens internés et déportés, puis de la Fédération nationale des déportés internés résistants (FNDIR) dont il fut plusieurs années le président régional.

En parallèle, il cofonda, avec Louis Estève, le groupe de Narbonne de la Fédération anarchiste (FA), puis la section locale de la CNT-F. Il collabora à la revue franco-espagnole Universo (Toulouse, 13 numéros de novembre 1946 à mai 1948) dont le gérant était Louis Vaquer, ainsi qu’à Défense de l’Homme de Louis Lecoin. Il était, en 1954-1956, membre du groupe de Narbonne de la Fédération communiste libertaire (FCL).

Son neveu, Georges Berthuel, disait d’André Respaut que son « immense bonté se cachait sous un aspect froid, glacial parfois » mais qu’il était « très pointilleux, très rigoureux sur les valeurs humaines ; il pensait l’Homme suprême, c’est-à-dire l’homme qui vivrait sans dogmes, ni religion, mais avec une morale sans coercition, ni obligations impérieuses et sans sanctions surnaturelles ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154670, notice RESPAUT André, Gaudérique, Jean [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 18 mars 2014, dernière modification le 31 mars 2021.

Par Rolf Dupuy

ŒUVRE : Buchenwald, terre maudite, Narbonne, 1946 — Sociologie fédéraliste libertaire, Toulouse, 1961, préf. de René Louzon.

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées Orientales, liasse 111 — Le Libertaire du 8 août 1945 et du 29 juillet 1946 — Frente Libertario, n° 33, juillet 1973 — Bulletin du CIRA-Marseille, n°23-25, 1985 (Témoignage de son neveu Georges Berthuel) — René Bianco, Un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880 - 1983, thèse de doctorat, Aix-Marseille, 1987 — Notes de Guillaume Davranche et Jean Maitron.

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