DUBOIS Gilles [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

Né en 1908 ou 1909. Cheminot anarchiste et pacifiste insoumis en 1940.

Gilles Dubois avait été placé à l’âge de 15 ans et demi à l’École des mousses de Brest par son père, malade des suites de la guerre de 1914 et soucieux d’assurer un avenir à son fils. Son père signait ensuite pour lui, en octobre 1929, un engagement de cinq ans dans la marine. Se révélant d’un tempérament incompatible avec la discipline militaire et après plusieurs avatars, Gilles Dubois passa devant un conseil de discipline maritime qui résilia son engagement. Rendu à la vie civile il devint alors libertaire.

Lors de la déclaration de guerre, il ne répondit pas à l’ordre de mobilisation et s’embarqua clandestinement sur un bateau à destination de Montevideo. Malheureusement pour lui, le bateau fut détourné sur Rotterdam où G. Dubois, sans ressources, fut arrêté et rapatrié en France. Interné à la prison de Loos-lès-Lille (Nord), il fut traduit en février 1940 devant un tribunal militaire où il déclara « refuser de prendre part à une guerre qui m’aurait obligé à verser le sang de mes semblables ». Il fut condamné à trois ans de prison pour « insoumission par objection de conscience ».

Incarcéré d’abord à la Santé, puis à Fresnes, il fut ensuite transféré à la prison de Clairvaux où il retrouva une soixantaine d’autres camarades dont Pierre Martin*, Jehan Mayoux, Gaston Leval et André Le Marc. Lors d’un bombardement de la prison le 6 juin 1940, G. Dubois fut blessé et évacué dans un hôpital de la région. Guéri au bout de deux mois et demi, et ayant entendu que la prison était désaffectée et qu’il pouvait y retourner chercher ses papiers, il se présenta à la Maison d’arrêt où il fut immédiatement arrêté et réincarcéré comme une cinquantaine d’autres prisonniers, dont P. Martin. Bénéficiant d’une remise de peine pour « détention cellulaire », il fut remis en liberté le 5 avril 1942, ; il ne pesait plus alors que 45 kg.

Puis il entra à la SNCF : « Le 27 avril, j’entrais à la SNCF de Saint-Malo, grâce à un ingénieur traction qui approuvait mon attitude… J’y remplis les fonctions de chauffeur de locomotive jusqu’au mois de novembre. Le 1er novembre je fus expédié en Allemagne au titre du STO malgré mes protestations et celles de mes camarades. »

G. Dubois parvint à revenir en mai 1943 et, après un circuit dans la campagne bretonne, trouva un travail à la cantine de la gare de Rennes dont le gérant était Droinneau, ancien président de la Libre Pensée : « A la cantine, je voyais beaucoup de monde et surtout des gars qui auraient dû être en Allemagne et n’avaient pas de tickets d’alimentation et pas de papiers. Je pris contact avec un imprimeur que je connaissais et lui demandais s’il pouvait me procurer des fausses cartes d’identité. La réponse fut affirmative et il me dit même ‘avec le timbre du commissariat’. Cet imprimeur était le directeur d’une imprimerie coopérative et s’appelait Commeurec. C’est grâce à un inspecteur de police que les cartes étaient légalisées. De plus parmi mes fonctions à la cantine, j’étais chargé de dégermer les pommes de terre. Or dans le local où étaient entreposées les patates, il y avait tous les dossiers des cheminots révoqués, et, sur leurs cartes d’identité il y avait un Ausweis que je détachais et donnais aux copains en même temps que leur fausse carte ». Il poursuivit cette activité jusqu’en décembre 1943, où suite à une dénonciation, l’inspecteur de police et l’imprimeur Commeurec étaient arrêtés puis déportés en Allemagne dont ils ne devaient jamais revenir. G. Dubois resta encore quelques mois à la cantine, puis « …la milice devenant de plus en plus curieuse, je partis rejoindre Joseph Briand, les frères Le Marc, et un vieil anar, Henry Boivin*, dans la forêt de Rennes ».

Après le débarquement et la Libération, G. Dubois partit pour la région parisienne, où, après avoir bénéficié de l’amnistie promulguée par De Gaulle en faveur du leader communiste Maurice Thorez, il réintégra la SNCF où il allait faire toute sa carrière.

Dans les années 1980 G. Dubois vivait près de Rennes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154763, notice DUBOIS Gilles [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy , version mise en ligne le 25 avril 2014, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

SOURCES : N. Faucier, Pacifisme et antimilitarisme dans l’entre-deux guerres, Éd. Spartacus, 1983 — Bulletin du Cira, Marseille, n°23/25, op. cit. (Témoignage de G. Dubois, novembre 1984) — Dictionnaire Biographique du mouvement ouvrier…, op. cit.

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