JULIAN Fernand [Dictionnaire des anarchistes]

Par Robert Balland, Jean Maitron et Claude Pennetier, notice complétée par Guillaume Davranche

Né le 6 mai 1877 à Générargues (Gard), mort le 10 décembre 1927 à Draveil (Seine-et-Oise) ; terrassier ; anarchiste et syndicaliste.

La famille de Fernand Julian était originaire du canton d’Anduze, terre des Camisards. Son père, illettré, ouvrier agricole, était catholique (sans doute de conversion récente) mais avait épousé une protestante.

Garçon de ferme, Fernand Julian quitta sa famille et exerça différents métiers avant de partir au régiment en 1897. Cuirassier au 3e de ligne à Nice, il supporta difficilement l’armée et devint antimilitariste. Arrêté pour désertion durant l’été 1898, il fut déféré devant le conseil de guerre.

Il s’installa en 1903 à Marseille et fut employé à l’asile d’aliénés Saint-Pierre. Il fréquenta les milieux anarchistes et était porte-drapeau en tête du cortège qui, en janvier 1905, accompagna la dépouille mortuaire de Louise Michel jusqu’à la gare de Marseille.

Après avoir épousé le 20 mars 1906 une employée de l’asile Saint-Pierre, Clémentine Latrémolière, Fernand Julian s’installa à Vigneux (Seine-et-Oise) au 33, allée Sadi-Carnot. Il y travailla avec ses trois beaux-frères pour l’entreprise Léneru. Puis, avec un de ses beaux-frères, il repartit pour les Bouches-du-Rhône, où il travailla à Port-Saint-Louis-du-Rhône pour l’entreprise Bourgeois, membre de la Société des sablières de la Seine. À la mi-juin 1908, toujours à Port-Saint-Louis-du-Rhône, il collectait de l’argent pour les grévistes de Draveil-Vigneux. Le chantier terminé, au début de l’automne 1908, il revint à Vigneux où il s’installa au 53, route de Corbeil.

À l’automne 1908, il devint secrétaire de la 32e section du Syndicat des terrassiers et carriers de la Seine en remplacement de Jacques Ribault.

Dès avril 1909, l’agitation ouvrière reprit à Draveil. Le 5 juillet, à l’occasion d’une bagarre entre grévistes et « renards » sur le chantier Lavollay, Fernand Julian s’interposa. Le 8 juillet, Julian fut arrêté avec un autre militant, Édouard Ricordeau, sous l’accusation d’avoir frappé un contremaître. En fait, il s’était laissé accuser à la place d’un camarade, Roppart, qui s’il était pris risquait d’être envoyé aux Bat d’Af.

Le 23 juillet 1909, Julian fut condamné à douze mois de prison, Édouard Ricordeau à huit mois et cinq ans d’interdiction de séjour dans les départements de Seine et de Seine-et-Oise. La peine fut confirmée en appel le 4 septembre et chacun se vit signifier une interdiction de séjour de cinq ans.

Le 6 avril 1910, Julian sortit de prison, acclamé par 1.200 ouvriers. Il fut bientôt nommé secrétaire du Syndicat des terrassiers et carriers de Seine-et-Oise. Il vint alors habiter Draveil, avenue des Marronniers (actuelle avenue Émile-Fruchart). La peine d’interdiction de séjour avait été suspendue sur ordre d’Aristide Briand le 5 mars 1910.

Après son arrivée à la présidence du Conseil, Joseph Caillaux réactiva cet arrêté d’interdiction de séjour le 11 juillet 1911. La menace d’inculpation planait donc dès lors sur Fernand Julian. En octobre 1911, il fut inscrit au Carnet B.

Fernand Julian fut arrêté à Viry-Châtillon le 6 novembre, alors qu’il soutenait la grève des plâtriers de Seine-et-Oise. Le 24 novembre, il était condamné à trois semaines de prison pour infraction à l’interdiction de séjour et à 16 francs d’amende pour contravention à la police des chemins de fer. Il bénéficia d’une grâce le 26 juillet 1912.

Ne trouvant plus d’emploi, Julian créa en 1913 une petite entreprise, Les Puisatiers professionnels. Il participa également à la fondation de la Cité coopérative Paris-Jardin à Draveil et y construisit lui-même sa maison.

Pendant la Première Guerre mondiale, il travailla en usine puis, en 1915, fut mobilisé comme infirmier militaire à Nîmes.

En 1921, Fernand Julian participa à la reconquête révolutionnaire de la fédération CGT du bâtiment. Les 27 et 28 mars 1921, après la crise de direction de décembre 1920 (voir Julien Le Pen), deux minoritaires furent élus au comité de la Fédération du Bâtiment : Fernand Julian et Maurice Forget*. Au congrès de Dijon, tenu du 16 au 21 mai 1921, les révolutionnaires regagnèrent la majorité, et Julian fut réélu à la commission exécutive. En juillet 1921, il représenta le syndicat des carriers en grès de Juvisy-sur-Orge au congrès confédéral de Lille.

En 1922, il était secrétaire du syndicat du bâtiment CGTU de Juvisy-sur-Orge. Il fut délégué au congrès de la CGTU à Saint-Étienne du 25 juin au 1er juillet 1922, et s’y classa dans la tendance Besnard. En 1923, il était toujours inscrit sur la liste préfectorale des anarchistes de Seine-et-Oise, et était présenté comme directeur de coopérative à Villeneuve-Saint-Georges.

En juin 1923, il soutint la grève des terrassiers de l’entreprise Jardin, sur le chemin de fer de la ligne Paris-Orléans. Il était alors encore secrétaire du syndicat CGTU du bâtiment, assisté de Lacé (secrétaire adjoint) et de Valet. Il ne put toutefois obtenir un arrêt total du travail malgré le soutien de la Fédération d bâtiment, qui accordait une indemnité de trois francs à chaque gréviste. Le sous-préfet de Corbeil lui fit interdire l’accès aux voies de chemin de fer.

Tombé malade en 1927, il mourut à l’âge de 50 ans. « À ses obsèques des drapeaux ouvrent le cortège que suivent de très nombreux camarades et amis » (note de la famille, 2 avril 1995). Son fil aîné avait alors 22 ans et le cadet, âgé de 17 ans, militait aux Jeunesses communistes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154796, notice JULIAN Fernand [Dictionnaire des anarchistes] par Robert Balland, Jean Maitron et Claude Pennetier, notice complétée par Guillaume Davranche , version mise en ligne le 5 avril 2014, dernière modification le 12 août 2020.

Par Robert Balland, Jean Maitron et Claude Pennetier, notice complétée par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. Nat., BB 1877/2 406, 607 A 09. — Arch. Dép. Seine-et-Oise, M non classé et 16 M 47. — Renseignements fournis par Martine Ancelin, petite-fille de Fernand Julian â Boris Ratel, « L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment en France entre 1919 et 1939 », mémoire de maîtrise d’histoire sociale, université Paris-I, 2000 —Serge Bianchi et Jacques Macé, « Les événements de Draveil-Vigneux » in Victor, Émile, Georges, Fernand et les autres…, Éditions d’Albret, Nérac, 2006.

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