MASNEUF Pierre (Raymond, Pierre) [Dictionnaire des anarchistes]

Par Claire Auzias, Rolf Dupuy

Né le 18 juillet 1899 à Labégude (Ardèche), mort le 13 avril 1993 à Arles (Bouches-Du-Rhône ; ouvrier métallurgiste, mutin de la mer Noire ; anarcho-syndicaliste.

Pierre Masneuf était le fils d’un serrurier de l’Ardèche qui, lors de son Tour de France compagnonnique avait travaillé à Lyon. Il dut quitter l’école primaire en 1911 pour entrer dans le monde du travail.

C’est aux alentours de 1915-1916, alors qu’il travaillait près de Vals-les-Bains, qu’à l’occasion d’un fait divers, où un ouvrier dans le besoin avait disparu avec la caisse de son entreprise, Laplanche, un peintre en bâtiment originaire de Largentière et militant syndicaliste actif, lui exposa le coopératisme, la gestion directe, l’anarchisme ; cela marqua Masneuf à vie et fut à l’origine de son engagement : « Il m’en a parlé qu’une fois, ça m’est resté gravé dans la tête ».

En 1917, pour ne pas partir au front, Masneuf s’engagea dans la Marine. En avril 1919, à Odessa, il participa aux mutineries de la mer Noire, expérience qu’il décrivait comme « une révolte mal maîtrisée » dont seul le Parti communiste tira profit.

Rendu à la vie civile en novembre 1921, il séjourna quelques mois à Lyon où il travailla comme garçon de salle à l’hôpital de la Croix-Rousse et où il assista à une conférence de Louis Lecoin*, mais il resta à la périphérie des groupes organisés. Licencié de l’hôpital, il alla s’embaucher à l’usine de soie artificielle de Vals-les-Bains où, en tant qu’ancien mutin de la Mer noire, le Parti communiste lui remit gracieusement une carte d’adhérent. Il assista au congrès régional du Parti tenu en 1923 au Teil, où il lui fut proposé le poste de secrétaire fédéral. Au cours des débats Masneuf prit la défense du Libertaire qui, à propos de l’affaire Nicolau-Matteu (deux militants espagnols menacés d’extradition), avait titré « Parti communiste : parti des lâches », le PC ayant refusé de se joindre à la campagne de soutien qui rassemblait alors toute la gauche. Il refusa alors le poste de secrétaire, quitta le parti et rejoignit le mouvement libertaire où il allait se montrer particulièrement actif à Lyon et dans le département du Rhône.

Il adhéra à l’Union fédérative des syndicats autonomes (UFSA) qui regroupa à partir de décembre 1924 syndicalistes révolutionnaires et anarcho-syndicalistes opposés à la « bolchevisation » de la CGTU. L’union départementale unitaire du Rhône autour notamment de Fourcade* fut le fer de lance de cette opposition. Masneuf entra ensuite dès sa constitution en 1926 à la CGTSR, qu’il considérait comme « une continuation de l’UFSA ».

A partir des années trente, devenu ouvrier chez Berliet, il milita au groupe de Lyon de l’Union anarchiste et à la Fédération lyonnaise de l’UA et participa activement au mouvement d’occupation des usines de juin 1936. En 1937, il créa un groupe anarchiste à Lyon-Montplaisir et fut élu secrétaire du Comité lyonnais de la SIA (Solidarité internationale antifasciste) créée par Lecoin. Il fut assisté par Lavorel* (secrétaire adjoint), Madame Aybram (trésorière) et Pernette* (trésorier adjoint). Cette section organisa en avril 1938 une exposition itinérante intitulée L’Espagne vous parle dans les quartiers de Lyon et de la banlieue. En 1939 Masneuf était toujours secrétaire de la section locale de SIA dont le trésorier était alors Jean Morat. Il diffusait une cinquantaine d’exemplaires de l’hebdomadaire SIA chez Berliet-Venissieux.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, si Masneuf, qui gardait de l’Angleterre l’image d’une terre d’asile pour les réfugiés anarchistes du siècle dernier, eut des sympathies pour la Résistance, il ne s’y lança pas toutefois ouvertement : « Je n’ai jamais poussé quelqu’un à aller faire de la résistance, à aller se faire tuer, pour la liberté que nous avons. Nous avons ça de liberté, mais je préfère garder ça que rien du tout ».

Après la guerre, Masneuf fut avec Auguste Forgues* le cofondateur de la CNTF à Lyon. À la Libération il travaillait toujours chez Berliet, où dans un garage il appliqua une forme de gestion ouvrière : « Y avait une centaine d’ouvriers, il y avait aucun comptable. C’était moi le délégué… j’avais dit aux ouvriers : voilà, on va faire comme ça, chacun de vous sait ce qu’il a à faire : lorsqu’un camion rentre, si on vous dit : y a le moteur qui va pas alors que c’est la boîte à vitesses, vous savez très bien… ce qui est dans votre spécialité. Vous avez qu’à le prendre sans que je vienne vous dire fais ci, fais ça ! Vous avez qu’à le faire vous-mêmes ! Et ça s’est fait, et je vous assure qu’au garage, lorsqu’au bout de deux mois les cadres sont rentrés, il était aussi net que ça. Ça ne s’était jamais vu. ». Puis au cours de la gestion communiste des usines Berliet, lorsqu’un projet de réforme avait été demandé par la direction à chaque délégué du personnel, Masneuf proposa l’élection du directeur par l’ensemble du personnel, la nomination dans chaque atelier d’un chef d’équipe sans pouvoir de surveillance ou coercitif mais comme conseiller, et que les contremaîtres ne commandent pas mais conseillent. Son projet n’eut évidemment aucun écho favorable parmi les responsables, ce qui ne l’empêcha pas de constituer une importante section syndicale de la CNT dont il fut le secrétaire. Il fit aussi partie en 1948 de la commission administrative des 7e et 8e région de la Fédération anarchiste.

Il prit sa retraite en 1964 après avoir travaillé 28 ans chez Berliet.

Pierre Masneuf qui s’était marié une première fois à l’âge de 23 ans, avait vécu ensuite plusieurs années en union libre avant de se remarier. Devenu veuf il se remaria une troisième fois mais n’eut aucun enfant de ces différentes unions.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154813, notice MASNEUF Pierre (Raymond, Pierre) [Dictionnaire des anarchistes] par Claire Auzias, Rolf Dupuy, version mise en ligne le 24 avril 2014, dernière modification le 3 avril 2020.

Par Claire Auzias, Rolf Dupuy

SOURCES : Notes de Daniel Colson, Rolf Dupuy, Jean-Marie Lebas. — Témoignage de Nicolas Faucier — C. Auzias, Mémoires libertaires ..., L’Harmattan, 1993. — Etat civil.

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