DEGALVÈS Joseph, Léon [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

Né le 2 juin 1863 à Marseille. Enseignant révoqué, cofondateur d’une école libertaire à Paris.

Fils d’un couple de jardiniers de Montolivet (Marseille 12e arr.), Degalvès n’aimait probablement pas son prénom et ne l’utilisa jamais dans ses écrits. Il fit sans doute ses études au séminaire et enseigna au collège de Barcelonette autour de 1893.

Il collabora aux Temps Nouveaux de Jean Grave de 1895 à 1898 au moins. En 1897, il fut révoqué de son poste de professeur de rhétorique dans un lycée (peut-être à Romans dans la Drôme), en raison de ses idées, et prit un emploi à l’Orphelinat de la Seine à La Varenne-Saint Maur. Il en fut bientôt licencié par « l’infect tenancier de [cet] abattoir d’estomacs » (E. Janvion, Le Libertaire, 9 juillet 1897).

Il est ainsi présenté par Francis Jourdain dans ses souvenirs : « Il mangeait rarement, n’avait pas de domicile fixe, ne se séparait jamais de son parapluie et battait tous les records de la distraction. »

Avec Janvion, Degalvès constitua, en juin 1897, une « Ligue d’enseignement libertaire » et ils publièrent une brochure, La Liberté par l’enseignement. Avec J. Grave et Ardouin il participa à un projet de fondation d’une école libertaire, pour laquelle il reçut le soutien de Léon Tolstoï. Une souscription fut lancée qui avait rapporté, en avril 1898, 1800 f souscrits par Zola, Mirbeau, Ajalbert, Barrès, etc., mais 10 000 à 15 000 f avaient été estimés nécessaires pour la réalisation du projet. Ils résolurent de commencer plus modestement en organisant des « vacances libertaires » au cours de l’été 1898. Dix-neuf garçons et filles furent ainsi réunis dans une propriété à Pontorson (Manche). Ce ne fut pas un succès, des désaccords ayant surgi entre Degalvès et Janvion : ce dernier, après que Degalvès avait, dans un moment d’impatience, donné « une légère tape à un des gosses », convoqua une réunion de compagnons à la suite de laquelle Degalvès fut condamné et donna sa démission de l’école. Avec les fonds restants, des cours du soir furent organisés à la salle des Sociétés savantes à Paris, entre février 1899 et juillet 1900.

Degalvès eut à plusieurs reprises affaire aux tribunaux, pour insulte à magistrat, outrage à l’armée, participation à un déménagement à la cloche de bois, etc. ; il encourut de petites peines de prison. En février 1898, il avait été expulsé de Belgique pour avoir négligé de s’inscrire comme étranger et, apparemment, pour fréquenter des faux-monnayeurs. Il espérait alors avoir un poste à l’Université Nouvelle. De retour à Paris, il se trouva sans emploi et sans ressources et demanda de l’aide aux compagnons.

En 1898-99, Degalvès était l’imprimeur gérant de L’Anticlérical (Paris, 7 numéros du 20 frimaire au 3 pluviose, an 107), organe de la Ligue anticléricale, et dont le secrétaire de rédaction était Constant Martin ; il habitait alors 48 rue de Cléry, Paris IIe arr., puis 3 rue des Petits-Carreaux A la même époque il collaborait au Libertaire, à l’hebdomadaire de Constant Martin Le Droit de Vivre (Paris, 9 numéros du 23 avril au 15 juin 1898) et au quotidien fondé par Sébastien Faure Le Journal du Peuple (Paris, 269 numéros du 6 février au 3 décembre 1899). En octobre 1899, il fut condamné à 3 mois de prison et 500 f d’amende pour insultes à l’armée, suite à un article de ce journal ; leur procès eut un large écho dans la presse. Il purgea sa peine de la fin janvier à la fin avril 1900, à Fresnes puis à La Santé ; Augustin Hamon lui procura pendant ce temps des travaux de correction d’épreuves.

Ses derniers articles dans Le Libertaire datent du printemps 1902. En 1904, il habitait 27 rue Navarin à Paris 9e arr. et était en correspondance avec Louise Michel à Londres. Le Libertaire publia encore un article de lui en 1923, mais il peut s’agir de la reproduction d’un article plus ancien.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154901, notice DEGALVÈS Joseph, Léon [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell, version mise en ligne le 16 avril 2014, dernière modification le 7 juin 2020.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

SOURCES : Etat civil de Marseille, AD Bouches-du-Rhône. — Annales des Basses-Alpes, 1893. — Les Temps Nouveaux, articles signés, du 10 juillet 1895 au 1er janvier 1898. — Le Libertaire, passim. — Lettre de Léon Tolstoï du 12 août 1897, site tolstoy-lit.ru/tolstoy/pisma/ — F. Jourdain, Sans remords ni rancune. Souvenirs, Paris, 1953, p. 83. — J. Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste, op. cit. — R. Bianco, « Un siècle de presse… », op. cit. — J. Grave, Quarante ans de propagande..., op. cit. — IISG Amsterdam, Louise Michel Papers, Augustin Hamon Papers. — Presse quotidienne, 21-22 octobre 1899.

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