PINOS BARRIERAS Daniel [Dictionnaire des anarchistes]

Par Hugues Lenoir, Rolf Dupuy

Né le 7 juin 1953 à Villefranche-sur-Saône (Rhône). Insoumis, militant de l’Organisation révolutionnaire anarchiste et de la CNT, ouvrier métallurgiste, graphiste.

Daniel Pinós.vécut successivement à Villefranche-sur-Saône et à Lyon (1953-1973), Grenoble (1974), Amsterdam (1975-1976), Barcelone (1977), Lyon (1979-1982), Barcelone (1981-1982), Paris (1983-2008). Il est marié et a adopté deux enfants d’origine chilienne.

Son père, Eusebio Pinós Regalado, né le 6 juin 1910 à Barcelone (Espagne) et décédé le 3 novembre 1976 à Villefranche-sur-Saône, était ouvrier spécialisé à l’usine textile Gillet-Thaon à Villefranche, anarcho-syndicaliste et militant de la CNT espagnole. Pendant la guerre d’Espagne, il fut membre du Comité révolutionnaire de Sariñena (province de Huesca, Aragon) en tant que délégué aux échanges et au ravitaillement (juillet 1936-mars 1937), membre de la Fédération régionale de la CNT de Sariñena. Durant la révolution, il combattit sur le front du Levant de 1937 à 1939. En exil, il fut secrétaire de la Fédération locale de la CNT de Villefranche-sur-Saône (1964-1970). Sa mère, Juliana Barrieras Tierz, née le 18 janvier 1914 à Sariñena (Aragon, Espagne) et décédée le 27 août 1987 à Alix (Rhône), fut adhérente de la FIJL (Fédération ibérique des jeunesses libertaires) et, comme anarcho-syndicaliste, militante de la CNT bien que n’exerçant aucune profession.

Au-delà, un large cercle familial libertaire influença le parcours militant de Daniel Pinós. En particulier deux de ses oncles. Un oncle paternel, Gabriel Pinós Regalado, membre de la FIJL de Sariñena, engagé volontaire à 15 ans dans la colonne Roja y negra de la CNT sur le front sud d’Aragon à partir de 1936. Dès 1943, résistant dans le groupe FTP la Vapeur en Savoie puis dans l’ Agrupación de guerilleros espagnols de Haute-Garonne. Combattant de l’ Unión nacional española (UNE) lors de l’invasion du Val d’Aran par les républicains espagnols en 1944. Et un oncle maternel, José Barrieras Tierz, combattant de l’Armée républicaine espagnole dans la Sierra de Guara sur le front nord de l’Aragon (1936-1939). À partir de 1943, résistant dans le groupe FTP la Vapeur en Savoie. Membre de la CNT espagnole en exil à partir de 1945.

Daniel Pinós poursuivit des études de tôlier-chaudronnier (1966-1969) dans le collège de la Cité technique de Villefranche-sur-Saône. Il travailla à partir de 1970 comme ouvrier métallurgiste dans les établissements Bonnet et Frangeco de Villefranche-sur-Saône puis comme intérimaire dans plusieurs usines de la région de Villefranche (1970-1973). Insoumis total à l’armée, il vécut dans la clandestinité entre 1973 et 1981 et fit plusieurs séjours à l’étranger (Amsterdam et Barcelone). À son retour, il fut embauché comme contractuel à l’université Paris-VI. En 1989-1990, il reprit une formation de graphiste au Centre de formation des arts appliqués de Paris. Il travailla ensuite comme graphiste à la cellule communication de cette université entre 1990 et 1991, puis en 1992 à l’imprimerie coopérative ouvrière Autographe à Paris (XXe). De 1994 à 1999, il fut graphiste aux Presses de l’université Paris-Sorbonne (Paris-IV). En 2000 et jusqu’à 2008, il exerça la même activité aux Presses Sorbonne nouvelle (Paris-III).
Le parcours de militant anarchiste de Daniel Pinós est riche et intense. En 1969, il adhéra à la CNT française et aux JAS (Jeunesses anarcho-syndicalistes) de Lyon où il milita avec de vieux compagnons français et espagnols comme Auguste Forgues, Caetano Zaplana et Juan Lopez, tous anciens combattants contre le fascisme en Espagne. En 1970, il participa à la création de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) de Lyon avec des compagnons issus pour la plupart des JAS. Entre 1971 et 1973, il créa et anima le cercle Front libertaire de Villefranche-sur-Saône (structure d’accueil de l’ORA), qui intégra ensuite le groupe Rhône (Lyon-Villefranche) de l’ORA. Il participa activement aux activités du Comité de lutte antiraciste de Villefranche et au Mouvement antiautoritaire contre l’armée. En 1973, il milita dans le mouvement contre la loi Debré qui visait à supprimer les sursis des étudiants pour les incorporer dans l’armée dès l’âge de 20 ans. L’ORA était alors très implantée dans les trois lycées de Villefranche.

En décembre 1973, réfractaire à l’armée, il devint insoumis tout en maintenant une activité militante au sein de l’ORA et ses groupes de Lyon et Grenoble. Dans cette dernière ville, il lutta dans le Comité pour la vérité sur les emprisonnés de Barcelone, les militants du MIL (Mouvement ibérique de libération) et participa à de nombreuses manifestations et actions avant et après l’assassinat par l’État franquiste de Salvador Puig Antich. Il fut condamné en février 1974 par défaut par le Tribunal permanent des forces armées (TPFA) de Lyon à deux ans de prison pour insoumission et refus d’obéissance. Grâce aux réseaux de soutien et à l’usage de faux papiers il ne fut jamais arrêté.
Il effectua de nombreux séjours clandestins à Amsterdam (1975-1976) et participa à la création d’un collectif français de réfractaires à l’armée réfugié en Hollande et à de nombreuses actions de soutien aux réfractaires hollandais.

Puis, toujours clandestin de 1977 à 1981, il alla régulièrement en Catalogne. À partir des Journées libertaires de Barcelone de juillet 1977, il prit part à la reconstruction de la CNT catalane et aux activités de l’Ateneo libertario d’Hospitalet de Llobregat.

En 1981, il fut amnistié du délit d’insoumission et du refus d’obéissance par le gouvernement socialiste de François Mitterrand, mais il dut effectuer son service militaire. Les insoumis amnistiés se réunissaient alors dans le Collectif des insoumis amnistiés (CIA). Après de nombreuses actions spectaculaires comme l’invasion du 1er Congrès du Parti socialiste à Valence après la victoire en mai de Mitterrand, en novembre, toute une génération d’insoumis et de déserteurs fut définitivement dispensée du service militaire. Après un voyage au Chili en 1982, Daniel Pinós s’installa à Paris en 1983.

Daniel Pinós est par « héritage » anarcho-syndicaliste. Entre 1972 et 1973, il milita au syndicat de la métallurgie de l’Union locale CFDT de Villefranche. Il fut alors membre du bureau de l’Union locale. La CFDT se réclamait alors des idées autogestionnaires. Avec des militants cédétistes, il participa au soutien de nombreuses luttes d’entreprises où les travailleurs immigrés étaient majoritaires : Pennaroya à Lyon, CIAPEM Brandt à Villieu (Ain). En 1973, il fit partie du comité de soutien aux travailleurs de Lip. Il travaillait alors à l’usine Bonnet, fabricant d’appareils réfrigérants pour les restaurants et les entreprises où la section CFDT développait un travail syndical sur des bases assembléistes et autogestionnaires et organisa plusieurs grèves pour l’amélioration des salaires et des conditions de travail.

Sortie de la clandestinité et installé à Paris, Daniel Pinós reprit son activité syndicale. Dès 1986, il fut membre de la coordination du personnel en lutte (professeurs et IATOS) de l’université de Jussieu contre la loi Devaquet. En 2001, il adhéra au syndicat de la communication, de la culture et du spectacle de la CNT française (dite Vignoles) où il créa avec Dominique Grange, Jean-Louis Phan Van et Jacques Tardi et d’autres compagnons de la CNT la revue syndicale et culturelle Un autre futur, dont il devint le directeur de publication. En 2004, il rejoignit le syndicat des travailleurs de l’éducation de la CNT et monta une section syndicale CNT à Paris-III Sorbonne nouvelle. En février 2006, avec la CNT ; il participa activement au mouvement de grève et de blocage de Paris-III contre le Contrat première embauche (CPE). Il fut membre du comité de mobilisation des personnels. Vaste mouvement ayant duré un mois et demi qui permit un fort développement de la CNT chez les personnels enseignants et IATOS de l’université et à la publication de 8 numéros (2006-2007) du bulletin Mordicus. En novembre 2007, il participa durant un mois à la grève et au blocage de Paris-III contre la Loi de rénovation des universités (LRU), dite loi Pécresse. Il fut membre du comité de mobilisation des personnels. Durant cette lutte, la CNT à Censier lança un ciné-club, « Les écrans rebelles », et invita Armand Gatti et Lucio Urtubia. En mai 2008, la CNT célébra à Pari-III l’anniversaire de Mai 68 avec un concert de la chanteuse Dominique Grange et des dédicaces de Jacques Tardi à propos de leur livre : 1968-2008… N’effacez pas nos traces ! Daniel Pinos a collaboré à plusieurs titres de la presse libertaire dont Front Libertaire, IRL, CPCA, Le Monde Libertaire, Tierra y Libertad et Cuba Libertaria. De 2003 à 2008, il fut membre de l’équipe éditoriale des éditions CNT de la région parisienne. Entre 1985 et 1992, il anima avec Ariane Gransac, Lise Bouzidi, Octavio Alberola et Nestor Vega l’émission Tribuna latino americana sur Radio libertaire, puis, de 2003 à 2004, sur la même antenne, en compagnie de Dominique Grange, de Radio libertaria, l’émission du syndicat de la communication, de la culture et du spectacle de la CNT. Depuis 2001, il participa aussi régulièrement aux émissions Chroniques rebelles avec Christiane Passevant
Il est également président de l’Association des familles d’enfants nés au Chili (AFAENAC) et membre des Groupes d’aide aux libertaires et aux syndicalistes indépendants de Cuba (GALSIC) qui publient le bulletin en langue espagnole Cuba libertaria.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155066, notice PINOS BARRIERAS Daniel [Dictionnaire des anarchistes] par Hugues Lenoir, Rolf Dupuy, version mise en ligne le 23 avril 2014, dernière modification le 9 septembre 2020.

Par Hugues Lenoir, Rolf Dupuy

ŒUVRE : De nombreux articles dans la presse libertaire comme : « Je refuse l’armée », Front libertaire des luttes de classe, février 1974. « 22-25 juillet : Journées libertaires de Barcelone », IRL, octobre 1977, non signé. « Le feu, conte lorrain », IRL, mai 1979, non signé. « Guérilla urbaine en Espagne. 1945-1963 », CPCA, juillet, août, septembre 1984, signé Ezequiel. « Argentine, la douleur du dollar », Un autre futur, n° 2, mars 2002. « 1972, la grève victorieuse des ouvriers du Joint français », Un autre futur, n° 8, décembre 2004. « Je devais donner l’exemple, mais moi j’ai toujours été rebelle… » (Entretien avec Canek Sanchez Guevara, membre du Mouvement libertaire cubain et petit-fils de Che Guevara), Le Monde libertaire, hors-série, décembre 2005. « Espagne 1975-2008. La transition et la loi de la honte », Le Monde libertaire, n° 1449, 5-11 11 octobre 2006. « À la mémoire des résistants espagnols du plateau des Glières », Le Monde libertaire, n° 1479, 24-30 mai 2007.
Livres : Ni l’arbre, ni la pierre. Des combats pour la liberté aux déchirements de l’exil. L’odyssée d’une famille libertaire espagnole, éditions ACL, Lyon, 2001. Publié en Espagne par les Presses de l’université de Saragosse (Espagne) en 2005, préfacé et traduit par le vétéran anarchiste Francisco Carrasquer, militant de la CNT espagnole, écrivain, poète et philosophe survivant de la colonne Durruti. Loin des censier battus. Témoignages et documents sur le mouvement contre le CPE et la précarité. Sorbonne nouvelle, printemps 2006, 2007, collectif, éditions CNT-RP.

SOURCES : témoignage direct, décembre 2009 ; M. Iñiguez Enciclopedia., op. cit.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément