TREGUER Jean, Édouard, Victor [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Michel Pigenet et Rolf Dupuy

Né le 19 juin 1880 à Brest (Finistère), mort le 6 avril 1963 ; docker ; militant anarchosyndicaliste et pacifiste brestois.

Jean Treguer avait été mobilisé lors de la Première guerre mondiale au cours de laquelle il fut grièvement blessé (sans doute gazé). Déclaré invalide de guerre, il devint l’un des animateurs de l’Union des blessés du poumon dont il sera à plusieurs reprises l’administrateur.

Treguer, qui demeurait 72 rue Louis Pasteur à Brest et était inscrit au Carnet B, fut l’un des organisateurs à la fin 1917 du syndicat CGT des dockers dont il fut nommé d’abord secrétaire-adjoint puis secrétaire général. Il jouissait alors d’une très grande influence auprès des 800 dockers brestois et anima divers mouvements de grève notamment en avril 1918 et au printemps 1919. Suite à l’arrestation début janvier 1919 de plusieurs militants syndicalistes de Brest qui avaient été transférés à Nantes et menacés d’un Conseil de guerre, il fut l’un des organisateurs d’un Comité d’entraide dont P. Gourmelon était le trésorier et qui était adhérent au Comité de défense sociale. Il fut également début 1919 l’un des fondateurs de l’Egalitaire, une coopérative de production des dockers à base communiste, dont en1920 il devint l’administrateur.

Dans une lettre datée du 9 février 1919, adressée à Hubert, secrétaire su syndicat des terrassier et de la Bourse du travail de Paris, Tréguer écrivait : "La guerre féroce et stupide n’ayant rien appris à nos exploiteurs et n’ayant pu leur arracher les 15 frs pour les 8 heures, nous venons de créer une coopérative de production à base communiste et unification de salaires... Nous sommes tous les meilleurs militants de Brest sur les quais... Si les camarades qui travaillent avec nous le veulent, dans 3 mois nous sommes les maîtres du quai, et dans peu de temps les Dockers pourront se passer des patrons" Il ajoutait : "Tout comme à Paris, nous avons descendu dans la rue dimanche avec les drapeaux rouges et noirs, et cela malgré les pandores et l’état de siège : L’Internationale fut lancée à pleine voix par les opprimés depuis 5 années". (cf : Arch. Dép. Finistère 4 M335)

Le 15 octobre 1920 il fut l’un des sept anarchistes – sur 19 membres – élus au conseil d’administration de la Maison du Peuple. Il fut membre du groupe anarchiste reconstitué début 1921 autour de Jules Le Gall et dont le siège se trouvait à l’ancienne Bourse du Travail, 14 rue Guyot. En mars 1921, avec les anarchistes Gourmelon, Lebris et Berthelot, il fut élu au bureau de l’Union départementale CGT, mais s’en retira l’année suivante.

Secrétaire du syndicat des dockers à partir de 1924, il quitta la CGT vers 1925 et fonda un syndicat autonome qui perdura jusqu’en 1930 et fut un temps adhérent à la CGT-SR. .

En juillet 1925 il fut l’objet d’une perquisition par la police qui se solda par la saisie d’une cinquantaine d’exemplaires du journal La Bataille syndicaliste. Jean Treguer collaborait à cette époque à l’hebdomadaire de l’Union anarchiste Le Libertaire, Il assuma également la gérance de l’organe libertaire et de la Libre Pensée Le Flambeau (Brest, 80 numéros du 1er juin 1927 au 3 juin 1934) dont l’administrateur était René Martin et qui était domicilié à la Maison du Peuple.

Tréguer réintégra la CGT au début des années 1930. Secrétaire du syndicat, il le représenta, en août 1932, au congrès de la Fédération confédérée des Ports et Docks. Lorriot le félicita et érigea son retour en exemple avant de soutenir sa désignation comme secrétaire de subdivision. Délégué au congrès de fusion des organisations portuaires convoqué au Havre en décembre 1935, il intervint pour relater les difficultés rencontrées à Brest pour obtenir un financement public de la caisse de chômage des dockers créée à l’instigation du syndicat. Il exposa les revendications fédérales concernant l’indemnisation du chômage spécifique subi par les travailleurs intermittents des ports. Il évoqua par ailleurs les problèmes auxquels se heurtaient les dockers pour obtenir le versement d’allocations familiales. A l’issue des assises, il entra à la commission exécutive de la nouvelle Fédération au titre du contingent réservé aux ex-confédérés. Lors d’une réunion fédérale tenue en juillet 1936, il expliqua l’absence de définition d’un salaire national par la « précipitation » et le manque de cohésion des grèves du printemps. Absent du congrès fédéral de 1938 où la délégation brestoise était dirigée par Yves Corre, il ne fut pas reconduit à la commission exécutive.

Jean Treguer avait été le responsable du Comité juridique, poste auquel en 1930 il fut remplacé par J. Soubigou. Il devint alors le concierge de la Maison du peuple et appartint au Comité de Défense sociale. A partir de 1934 il fut le secrétaire de la section de Brest de la Ligue internationale des combattants de la paix (LICP).

Jean Treguer est mort à Brest le 6 avril 1963.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155095, notice TREGUER Jean, Édouard, Victor [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Michel Pigenet et Rolf Dupuy , version mise en ligne le 24 avril 2014, dernière modification le 23 juillet 2020.

Par Jean Maitron, notice complétée par Michel Pigenet et Rolf Dupuy

SOURCES :Archives nationales (CARAN) : F7 13705, 13706, 13709. — Le Réveil des Ports, juillet-août 1936 — Congrès de fusion des syndicats Autonomes, Confédérés et Unitaires, Le Havre, les 13-15 décembre 1935, Imprimerie de l’Union, Le Havre — Congrès de la Fédération nationale des Ports et Docks, les 27-29 janvier 1938 (Nantes) — Arch. Dép. Finistère, 1 M 239 et 1 M 253. — Arch. PPo. 49 et 50. — Arch. Com. Brest. — Le Télégramme de Brest, 8 avril 1963. — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste en France, 2 vol., Paris, Maspero, 1975 et 1982. — Marie-Noëlle Salaun, Les Anarchistes dans le Finistère entre les deux guerres, M.M., Brest, 1990. — R. Lochu, Libertaires mes compagnons de Brest et d’ailleurs, Quimperlé, La Digitale, 1983 — R. Bianco, Un siècle de presse anarchiste, op. cit. — AD Finistère 4M325 — note de Françoise Fontanelli.

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