PENGAM Victor, François, Marie [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche

Né à Brest (Finistère) le 21 janvier 1883 , mort à Kerguérec-en-Lambézellec (Finistère) le 3 mars 1920 ; syndicaliste, anarchiste et coopérateur.

Victor Pengam (1919)
Victor Pengam (1919)
La CGT, 1925.

Orphelin de bonne heure, Victor Pengam fut confié aux Pupilles de la Marine. Apprenti à l’arsenal de Brest à l’âge de 14 ans, il sut s’y faire écouter de ses camarades d’atelier. Il fonda, à l’âge de 20 ans, une des premières sections de la Jeunesse syndicaliste. Réunissant une soixantaine de jeunes ouvriers de l’arsenal, dont Auguste Le Lann* et Jules Le Gall* qui travaillaient dans le même atelier de chaudronnerie que lui, ce groupe devint rapidement un centre d’agitation révolutionnaire et de propagande malthusienne et pacifiste.

En juillet 1904, dès sa fondation, il fut nommé trésorier et contrôleur des comptes de la bourse du travail dont le secrétaire adjoint était Jules Le Gall. En 1904, il fut délégué au congrès confédéral CGT de Bourges.

Le 5 octobre 1905 il organisa à la bourse du travail une fête des conscrits, qui lui attira les foudres du préfet maritime. Il fut puni d’un mois d’exclusion, ainsi que 5 autres ouvriers qui s’étaient solidarisés avec lui. La fédération CGT de la Marine protesta au nom de la liberté syndicale, et cette affaire fut à l’origine de la grève générale des ports de guerre, qui dura du 14 au 16 novembre 1905. La grève marcha très bien à Toulon et à Rochefort, mais fut un échec à Brest et à Lorient.

Pengam fut poursuivi en janvier 1906 en cour d’assises pour antimilitarisme et acquitté mais exclu pour cinq mois de l’Arsenal. À son retour du service militaire, il fut le promoteur de l’Union départementale des syndicats, de l’Université populaire, d’un Groupe d’études sociales.

Au printemps 1910, il prit part à la campagne antiparlementaire (voir Jules Grandjouan) et fut candidat abstentionniste dans la 1re circonscription de Brest.

En décembre 1910, il devint secrétaire général de la bourse du travail de Brest en remplacement de Jules Roullier* puis, en septembre 1911, il devint secrétaire de l’union départementale du Finistère. Davantage attaché à l’unité ouvrière que ne l’était son prédécesseur Roullier, Victor Pengam s’attacha à rétablir des relations de coexistence pacifique avec le Parti socialiste, ce qui permet une réunification du mouvement syndical brestois qui avait été divisé pendant plusieurs années.

En 1911 il fut nommé trésorier de la section brestoise du Groupe des Temps nouveaux qui venait d’être créé par Jules Le Gall et qui devait adhérer en 1913 à la Fédération communiste anarchiste révolutionnaire.

Lors des mouvements contre la vie chère, Pengam fut poursuivi mais acquitté par le jury du Finistère en janvier 1912. Il fut délégué au congrès CGT du Havre, en septembre 1912. Il était inscrit au carnet B.

En septembre 1912, Pengam fonda le groupe des Pupilles de la Maison du Peuple. Une lettre du commissaire spécial de Brest datée du 29 août 1913, en réponse à une demande de renseignements de la sous-préfecture, le présente ainsi : « Actuellement au nombre d’une centaine, ces pupilles sont les enfants de nos principaux militants syndicalistes, anarchistes, révolutionnaires et antimilitaristes ; les réunions sportives, musicales ou récréatives ont lieu dans un local municipal de Kéroriou où se donnent également rendez-vous les membres de la Jeunesse syndicale. En fin d’année, Pengam abandonna ses fonctions de secrétaire de la Bourse, et, depuis, il consacre à l’éducation de ses pupilles tous ses loisirs, sa pernicieuse activité et ne cesse de faire à leur profit une propagande intensive auprès des organisations syndicales, tant dans les réunions que dans le journal mensuel le Finistère syndicaliste dont il est le gérant fondateur [...] Avec un dévouement digne d’une meilleure cause, Pengam s’est constitué l’éducateur de ces enfants ; il sait s’en faire aimer et, sûr de son influence, il les élève dans les principes qu’il a toujours professés. En dehors d’une salle de gymnastique, il a fondé une fanfare qui a défilé sous sa direction dans les rues et participé à la manifestation du 1er mai. Certaines des réunions auxquelles les pupilles sont conviés plusieurs fois par semaine sont consacrées à l’étude des chants révolutionnaires et tous ces enfants, filles et garçons, chantent à qui mieux mieux L’Hymne au 17e, L’Internationale, etc. En résumé, les Pupilles de la Maison du peuple présentent tous les caractères d’un patronage, mais il s’agit en l’espèce d’un patronage anarchiste, pépinière de futurs militants destinés à grossir les rangs des jeunesses syndicales. » Les rapports de police présentent en outre Pengam comme un propagateur infatigable de l’antialcoolisme et des théories néo-malthusiennes. Il collabora notamment à la revue Génération consciente (Paris, 1908-1914) d’Eugène Humbert* et au périodique Le Semeur (Brest, janvier-mai 1908), sous-titré « Pour le socialisme intégral, le syndicalisme et l’émancipation ouvrière ».

Mobilisé dans l’infanterie coloniale en 1914, Pengam se rallia à l’union sacrée. Il fut blessé à deux reprises et contracta la tuberculose. À son retour à la vie civile, il s’éloigna des conceptions libertaires qui avaient été les siennes. Sa dernière oeuvre fut la fondation du restaurant coopératif de l’Arsenal.

Les obsèques de Victor Pengam, le 5 mars 1920, donnèrent lieu à une manifestation imposante ; une rue de Brest porte son nom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155232, notice PENGAM Victor, François, Marie [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 16 avril 2014, dernière modification le 16 mai 2014.

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche

Victor Pengam (1919)
Victor Pengam (1919)
La CGT, 1925.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053, 13567, 13570, 13602, 13639 ― État civil de Brest ― G.-M. Thomas, Brest-la-Rouge, Paris, 1962 ― Encyclopédie du mouvement syndicalLe Libertaire, 14 mars 1920 ― Gérard Baal, Histoire de la bourse du travail de Brest, 1904-1914, Mémoire de Maîtrise, 1971 (CHS) ― Gérard Baal, « Victor Pemgam et l’évolution du syndicalisme révolutionnaire à Brest (1904-1914) », Le Mouvement social, janvier-mars 1973 ― René Bianco, « Un siècle de presse anarchiste... » ;op. cit. ― Notes de Rolf Dupuy et Marianne Enckell

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