WILF Richard [Dictionnaire des anarchistes]

Par Hugues Lenoir

Né en 1958 à Paris ; militant de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA), puis de l’Organisation communiste libertaire (OCL) et de la CGT.

Il est issu d’une longue lignée militante, de grands-parents bundistes-combundistes-bolcheviks, puis communistes du côté de son père, Israël et Lieba Joseph, communistes du côté de sa mère et de deux arrière-grands-oncles, exilés aux États-Unis après l’échec de la révolution de 1905 en Russie. L’un d’eux, militant anarcho-syndicaliste, fonda un syndicat des travailleurs du textile à New York

Son père, décédé en 2001 à Nancy, fut fondeur d’ancres marines, tailleur, fourreur, colporteur, commerçant... Il fut faucon rouge et orphelin à 15 ans, quand ses parents furent déportés dans les camps d’extermination. Aussitôt, son père s’engagea, ainsi que sa tante dans la clandestinité, dans la Résistance armée des FTP-MOI, jusqu’en Allemagne, s’engageant pour cela dans l’armée américaine. S’il n’eut « jamais » de carte, il afficha toujours ses sympathies de gauche, notamment pour le Parti communiste. Le procès des blouses blanches, les nouvelles de l’antisémitisme en URSS… l’ont gardé, selon Richard Wilf, de s’engager plus à fond. Certainement pour continuer d’œuvrer à la transformation sociale, dès le début des années 1960, son père s’initia à la franc-maçonnerie. Il demeura franc-maçon jusqu’à sa mort, en 2001.

Sa mère, Hélène Kopf, née le 11 juillet 1931 à Lunéville, fut couturière. Quant à sa sœur aînée, elle fut une militante maoïste spontex de la Gauche prolétarienne (GP), puis du Secours rouge. Elle est depuis de nombreuses années adhérente et militante à la CGT. Richard Wilf vit avec Marina Hammoutene depuis plus de vingt-cinq ans, elle-même ex-militante CGT et déléguée syndicale dans son ancienne entreprise.

Après un bac obtenu en 1976-1977 au lycée Joliot-Curie à Nanterre, il occupa plusieurs emplois : déménageur, décorateur, éducateur, animateur à la Ville de Paris où il était membre du bureau syndical CFDT, puis à l’imprimerie militante Édit 71… avant de rejoindre le secteur de la presse.

Très tôt attiré par l’activité politique. "Entouré par les enfants et petits-enfants des responsables du Parti communiste, je me pensais communiste, déclare-t-il. Il a fallu que cet environnement amical me désigne comme anarchiste pour que je m’interroge." Aussi, à l’âge d’environ 12 ans, il prit contact avec l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) et il se mit à lire Le Monde libertaire, mensuel en vente chez un libraire à Nanterre. Plus tard, il commença à vendre le journal Front libertaire à Nanterre même, s’affirmant libertaire face à son milieu familial. Aussitôt, le Parti prévint son père de sa déviance… Sa réponse fut longtemps une énigme résolue plus tard : « J’ai connu (avait déclaré son père) avant toi les anarchistes ! » Dans la Résistance, son groupe, les Guérilleros espagnols du Gers, bien que sa direction fût communiste, dont son commandant unijambiste Camilo (Tomas Guerrero Ortega), était composé essentiellement par d’anciens militants de la CNT. Aussi, il n’a jamais tenté de s’opposer à son militantisme anarchiste.

Richard Wilf adhéra à l’ORA directement à Paris, et non au groupe de Nanterre, s’occupa de la diffusion du journal et monta des groupes lycéens, surtout dans l’Ouest parisien, à partir de l’âge de 12-13 ans (1970-1971). Alors qu’il avait 17 ans, un vieux camarade, Daniel Guérin (voir ce nom), lui fit la leçon, car il considérait qu’il « consommait l’organisation ». Il se recentra donc sur la construction de « l’appareil » et au renforcement du groupe de Nanterre. On était alors dans une période d’affrontements internes, qui aboutit à l’implosion de l’ORA. D’un côté l’OCL, de l’autre l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL).

En 1976, il participa au lancement d’un des premiers groupes libertaires autonomes, le GLAN de Nanterre, avec des camarades ex-maos qui s’ajoutèrent à des libertaires militants syndicalistes.

En 1975-1976, au nom de l’OCL, avec Gérard Melinand (voir ce nom), ils rencontrèrent les camarades de l’Alliance syndicaliste pour organiser un meeting commun de solidarité aux travailleurs de la Roca (Espagne), occasion pour lui de faire la connaissance de Jacky Toublet (voir ce nom), un militant qu’il retrouva bien des années plus tard au syndicat des correcteurs-CGT.

Par la suite, il devint permanent de l’OCL au 33, rue des Vignoles (Paris XXe) en 1981, jusqu’à ce qu’il parte au service militaire durant lequel il organisa un comité de soldats. Il œuvra par la suite à la création de la Coordination libertaire étudiante (CLE), qui donna le groupe Reflex, puis au SCALP (1985-1986), et s’impliqua dans le rock alternatif, notamment avec le groupe Bérurier noir, avec lequel « il tourna » jusqu’à la fin dans le cadre du SO (sécurité) Béru. Il rompit définitivement avec l’OCL en 1990, se rapprocha de la CNT alors renaissante et participa à la création du Comité de solidarité avec les peuples en lutte du Chiapas.

En parallèle, Richard Wilf poursuivit son ancrage professionnel dans le milieu de l’imprimerie, surtout dans la correction. Il adhéra au syndicat des correcteurs-CGT où il assuma différentes responsabilités syndicales (trésorier, secrétaire adjoint, secrétaire) et il fut l’un des premiers délégués syndicaux correcteurs d’une entreprise de presse quotidienne nationale, groupe Les Échos-Boétie compo. Aujourd’hui, il est membre du comité exécutif national (CEN) de la FILPAC-CGT, membre du bureau fédéral.

Il a par ailleurs signé de nombreux articles dans la presse libertaire sous différents pseudonymes tels que Ralf Wichir, Ravachefol, Moisché Schwartzkatz.... ou sans signature, dans Front libertaire, Le Monde libertaire, Un autre futur, Élément incontrôlé Apache, Bulletin des correcteurs, Le Fantôme (le journal qui paraît quand ça lui plaît). Il a participé également à la création de la première entreprise de commerce équitable, Andines.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155350, notice WILF Richard [Dictionnaire des anarchistes] par Hugues Lenoir, version mise en ligne le 18 avril 2014, dernière modification le 18 avril 2014.

Par Hugues Lenoir

SOURCE : Témoignage direct, avril 2010.

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