ALLIET Émile, Albert, Joseph [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean-Luc Pinol, notice complétée par Guillaume Davranche

Né le 11 juin 1895 à Villequier (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort le 3 juin 1976 au Havre (Seine-Maritime) ; peintre en Bâtiment ; anarcho-syndicaliste.

Fils d’un jardinier, Émile Alliet, blessé, trépané et décoré pendant la guerre, devint en 1919 l’un des membre les plus actifs de la section havraise de l’Association républicaine des anciens combattants (Arac).

Après avoir été élu secrétaire (minoritaire) de la section des peintres en 1919, il fut élu, en décembre, secrétaire du Syndicat général du Bâtiment, évinçant le majoritaire Jules Leroux, qui assurait également les fonctions de secrétaire de l’Union des syndicats du Havre (USH). Peu après son élection, il lança les ouvriers du Bâtiment dans une longue grève qui paralysa les chantiers du Havre du 5 mars au 19 mai 1920. Il imprima au mouvement un caractère particulièrement dur, se montrant intransigeant dans les négociations avec les patrons.

Dès la mi-mars, il organisa un bureau de placement, qui, sous l’égide du syndicat, envoya les grévistes travailler à l’extérieur du Havre ; ces derniers versaient, en contrepartie, le quart ou la moitié de leur salaire à la caisse de grève. Il organisa également deux coopératives ouvrières : La Production (pavage et asphaltage) et La Laborieuse (peinture et pose de fenêtres).

La grève du Bâtiment havrais fut bientôt rattrapée par la vague de grèves nationales de mai 1920. Dès le 2 mai, Alliet prit une part active dans la direction du mouvement au sein de l’USH, mais il fut arrêté le 12 avec Louis François, Charles Heurteaux et Maurice Gateau. Bénéficiant d’un non-lieu après deux mois de prison préventive, il retrouva son poste à la direction du Syndicat général du Bâtiment.

Fin 1920, il participa à la création du Comité syndicaliste révolutionnaire (CSR) du Havre.

Après décembre 1921, l’USH refusa pendant quelque temps d’entériner la scission confédérale (voir Henri Quesnel). Le 18 janvier 1922, Alliet soumit une motion au conseil de l’union proposant qu’elle devienne autonome et imprime ses propres timbres. Voyant que la scission était consommée, l’USH ne se résolut à rejoindre la CGTU qu’en mars 1922. Alliet s’y classa dans la tendance Besnard*.

De juin à octobre, une formidable grève des métaux mit Le Havre sous les feux de la rampe (voir Henri Quesnel). Du 21 août au 1er septembre, toutes les corporations firent grève par solidarité, dont le Bâtiment.

Alliet resta secrétaire du Bâtiment CGTU du Havre jusqu’en 1924. L’USH était alors, avec l’Union des syndicats du Rhône et la fédération du Bâtiment, un des ultimes bastions anarcho-syndicalistes au sein de la CGTU procommuniste (voir Jean Le Gall).

Le conflit des tendances au sein de la CGTU atteint son paroxysme avec l’assassinat des ouvriers libertaires Clos* et Poncet*, à Paris, le 11 janvier 1924. Après ce drame, de nombreux syndicats quittèrent la confédération. Le 1er novembre 1924, la fédération du Bâtiment entière passa à l’autonomie.

Le congrès de juin 1925 de la fédération autonome du Bâtiment vit s’opposer les partisans d’une 3e confédération et ceux d’un retour à la CGT, Alliet se classa dans les seconds : « J’étais un autonomiste farouche, expliqua-t-il. C’est moi qui ai fait voter l’autonomie au Havre. Aussi vous devez penser si je suis haï d’un certain côté. Si les gens que vous connaissez prenaient bientôt le pouvoir, je serais bientôt au mur. » Mais l’autonomie s’avérait, selon lui, contre-productive. « Si nous voulons au moins sauver l’honneur, nous devons rentrer le plus vite possible Rue Lafayette.  » À ce titre, il fut l’un des signataires de la motion de Julien Le Pen sur l’unité qui préconisait la « fusion immédiate » avec le Bâtiment confédéré. Cette motion fut battue de justesse. Pour des raisons familiales, Alliet refusa d’être candidat au secrétariat fédéral.

Les 15 et 16 novembre 1926, le congrès du Bâtiment autonome à Villeurbanne vota la fondation de la CGT-SR. Le syndicat du Havre, représenté par Alliet, ne rejoignit pas la nouvelle confédération. Il resta adhérent de l’USH, qui elle-même demeura dans l’autonomie.

Alliet cessa de militer en 1928 et monta une petite entreprise de peinture.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155530, notice ALLIET Émile, Albert, Joseph [Dictionnaire des anarchistes] par Jean-Luc Pinol, notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 11 avril 2014, dernière modification le 21 mai 2014.

Par Jean-Luc Pinol, notice complétée par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Inférieure, 4 MP 1810, 10 MP 1333. — Xe congrès fédéral du Bâtiment, Lyon 1925, pp. 67-68 et p. 152 et sq. — La Voix du Travail, janvier 1927. — Jean-Jacques Doré, « À la recherche de l’unité, la CGT et la CGTU en Seine-Inférieure », mémoire de maîtrise, université de Rouen, 1975 — John Barzman, Dockers, métallos, ménagères. Mouvements sociaux et cultures militantes au Havre, 1912-1923, PURH, 1997 — Groupe libertaire Jules Durand, Histoire méconnue et oubliée du syndicalisme havrais 1907-1939, Éd. du Libertaire, 1997 — Boris Ratel, « L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment en France entre 1919 et 1939 », mémoire de maîtrise d’histoire sociale, université Paris-I, 2000.

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