ANCIAN Jean-Baptiste [Dictionnaire des anarchistes]

Par Maurice Moissonnier, Laurent Gallet

Anarchiste ; né à Murs (aujourd’hui Murs et Gélinieux), canton de Belley, le 28 mars 1847 ; marié à Lyon (4e arrondissement) le 22 mars 1873 à Marguerite Brochet ; père d’un fils, Anthelme Ancian né le 23 août 1872 ; tisseur, il habita Grande-Rue de la Croix-Rousse, à Lyon (Rhône), puis rue Sainte-Marie et rue Coste.

Marié, père d’un fils exerçant la profession de liseur de dessin, Jean-Baptiste Ancian, tisseur, habita Grande-Rue de la Croix-Rousse, à Lyon (Rhône), puis rue Sainte-Marie et rue Coste. L’itinéraire politique de ce tisseur de la Croix-Rousse, de même que son destin personnel résume assez l’évolution d’une partie des « canuts » à la fin du XIXe siècle. D’abord chef d’atelier possédant deux métiers, il dut, après 1884, déposer son bilan et il devint ouvrier tisseur. Sa femme et son fils trouvèrent aussi un emploi à la Croix-Rousse.

Jean-Baptiste Ancian fut condamné par le 1er conseil de guerre de Lyon, le 3 septembre 1870, à un an de prison pour cris séditieux et rébellion. Les faits eurent lieu lors de l’affaire Lentillon du 13 août 1870, qui s’est passée sur la place de la Croix-Rousse et où un sergent de ville fut tué dans une mêlée. Il ne resta toutefois pas longtemps en prison, puisqu’il fut « délivré par le peuple » dès le lendemain.

Il fut en outre condamné à 16 francs d’amende le 30 octobre 1874 pour fraude électorale.

Il fut chef d’atelier, possédant deux métiers à tisser, mais par suite de chômage, il fut obligé de vendre l’un de ses métiers et de travailler comme ouvrier chez les chefs d’atelier.

La police signale que, de modérées qu’elles furent, ses opinions étaient devenues socialistes révolutionnaires puis anarchistes.

Son nom apparut sur une liste de souscription ouverte dans le n°4 du Droit social, en 1882. Il fut aussi assesseur de la réunion publique tenue le 20 avril 1882 sur le thème : « Le Droit social et son but / La propagande par le fait ».

Signalé comme simple auditeur dans les réunions politiques, n’ayant pas l’élocution facile, il prit cependant la parole le 21 mai 1883, dans une réunion tenue par le groupe de L’Étendard révolutionnaire à la Croix-Rousse pour protester contre la loi sur les récidivistes et demander l’abrogation de la loi du 14 mai 1872 criminalisant l’appartenance à l’Internationale. Il fut encore assesseur dans la réunion tenue salle de la Perle, le 21 janvier 1884, que les anarchistes organisèrent pour protester contre la condamnation de Cyvoct. Toutefois, la police lyonnaise ne semblait pas encore l’avoir bien identifié puisqu’il fut mentionné sous les noms de Ausian ou Lancillat. Elle l’identifia plus nettement lorsque, dans la nuit du 17 au 18 octobre 1885, il fut arrêté, puis relaxé, avec un groupe de militants libertaires qui collaient, à la Croix-Rousse, un manifeste abstentionniste. Dès lors qu’il fut reconnu comme militant actif et non plus simple auditeur de discours, l’opinion portée par la police sur lui changea. S’il n’avait « fait l’objet d’aucune remarque défavorable » jusqu’à son arrestation du 17 octobre 1885, il ne faut qu’une semaine pour qu’il soit estimé « enclin à l’intempérance [et] pas très assidu à l’ouvrage ». Bien plus tard, en avril 1890, la police mentionna que Ancian « était un paresseux et un brutal qui aimait mieux fréquenté [sic] les cafés que de se livrer au travail et faisait des dettes partout où il pouvait. Bien que ne payant pas sa location, il ne voulait s’en aller de ce domicile ». Toutefois, il est possible qu’il s’agisse d’un jugement reconstruit plusieurs années après.

Il fut de nouveau assesseur lors de la grande réunion publique du 29 octobre 1887 où il fut question de “l’assassinat légal des anarchistes de Chicago”.

Il fit partie du groupe Le Réveil Croix-Roussien, fondé en mai 1889, afin de grouper les militants vivant sur la colline. Il subit une perquisition le 29 avril 1890 qui ne donna aucun résultat. Membre de la chambre syndicale des travailleurs réunis, il semble être à l’origine d’un article paru dans le Père Peinard (4-11 octobre 1891) sur les canuts. En 1892, il appartint au groupe croix-roussien "Ni Dieu ni Maître" et subit une nouvelle perquisition. Arrêté sous la prévention d’association de malfaiteurs, il fut relaxé le 7 mai suivant. Néanmoins, la police saisit chez lui 97 numéros du Père Peinard des années 1889 à 1892, 58 numéros de La Révolte de 1891 et quelques autres écrits. Perquisitionné une dernière fois le 6 juillet 1894, la mesure policière ne donna rien. Ancian déclara aux officiers chargé de la perquisition que “autrefois il s’occupait de politique,et qu’il professait des idées avancées, mais que depuis quinze ans, il a cessé toutes relations avec les hommes politiques qu’il fréquentait, et que depuis cette époque il ne fréquente plus les réunions”.

Cette répudiation lui vaut de n’être pas arrêté et radié des listes d’anarchistes à surveiller le 1er février 1898. Toutefois, s’il n’est plus signalé lors des réunions politiques depuis fin 1891, son nom apparaît encore lors d’une réunion privée tenue le 28 août 1893 au café Merle.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155531, notice ANCIAN Jean-Baptiste [Dictionnaire des anarchistes] par Maurice Moissonnier, Laurent Gallet, version mise en ligne le 10 avril 2014, dernière modification le 4 mai 2020.

Par Maurice Moissonnier, Laurent Gallet

SOURCES : A.D.Rhône 1M118, 4M307, 4M311, 4M312, 4M321, 4M332, 10M372.

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