DENÉCHÈRE Amédée, Charles [dit le Grand Ernest, dit Dornes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche, Rolf Dupuy et Dominique Petit

Né le 8 novembre 1857 à Paris, enterré le 30 novembre 1919 ; ouvrier gainier ; anarchiste.

Denéchere habitait 41 rue de la gare de Reuilly (Paris XII).
Il fut arrêté le 22 juin 1879 pour outrages et menaces à agents, sans qu’il y eut de suite judiciaire.
Dès 1879, il se fit remarquer par ses idées révolutionnaires. Il fonda Les Insurgés, la section de Propagande anarchiste, le groupe Germinal.
Il aurait été le responsable du groupe La Vengeance et participait aux réunions tenues 131 rue Saint Martin, dans le bistrot du "père Rousseau" et collaborait au journal Le Droit Social (Lyon, 24 numéros du 12 février au 23 juillet 1882).
Denéchère fut un orateur assez écouté dans les réunions, où il défendait la propagande par le fait et les moyens violents.
Arrêté le 17 avril 1881, pour scandale dans une église, il fut condamné à 3 mois de prison.
Le 13 mai 1883, avec notamment Wilhelm, Baumester, Mege, Falies, Lecourtier, Aumaréchal, Uzher et Castagnede, il avait fait parie du groupe d’anarchistes qui était allé perturber le congrès collectiviste tenu salle Oberkampf, dont ils avaient été expulsés et où avaient été blessés les compagnons Didier et Cézard.
Il se voyait infliger une amende de 5 francs le 5 juillet 1884, pour tapage, outrage public à la pudeur.
Le 8 février 1885, il était arrêté pour provocation à un attroupement mais bénéficiait d’une ordonnance de non-lieu. Arrêté de nouveau le 1er avril de la même année, pour colportage d’écrits séditieux, il fut remis en liberté le lendemain.
Il était en 1885 le gérant du journal Le Drapeau rouge (Paris, 5 numéros du 24 mai au 4 juillet 1885) sous-titré « organe révolutionnaire, anarchiste, international » et collaborait à La Question Sociale (Paris, 8 numéros du 10 janvier au 10 août 1885) ainsi qu’à l’organe communiste anarchiste Terre et Liberté (Paris, 18 numéros, du 25 octobre 1884 au 21 février 1885) publié par Antoine Rieffel. Il était également le fondateur avec A. Grippa du journal Le Tocsin (Paris, 4 numéros d’août à septembre 1885). Il collabora à L’Explosion, la Lutte pour la vie. Vers cette époque il aurait été à l’origine de la formation dans le Vème arrondissement du groupe L’Internationaliste.
Vers 1887 il aurait été, avec Borde et Druelle, l’un des animateurs du groupe Les Indisciplinés de Montmartre qui se réunissait rue de Clignancourt.
Fin mars 1888 il avait participé avec notamment Sureau à la perturbation d’un meeting boulangiste à la salle Rivoli où ce dernier s’était emparé de la caisse.
Fin 1888, sa présence était signalée dans les réunions tenues salle Horel par le Cercle anarchiste international. A cette même époque il avait été l’objet d’une perquisition et avait été scandalisé par l’attitude du commissaire qui avait été jusqu’à fouiller le berceau de son enfant.
En septembre 1889 il participa au congrès anarchiste international tenu à Paris où il s’opposa aux théories illégalistes.
Au printemps 1891, il avait été chargé par le groupe anarchiste du XIIème de rédiger une brochure pour la propagande à la campagne. A cette époque il résidait 52 Cours de Vincennes.
En avril 1893, il fut, avec entre autres Job, Petitjon, Pivoteau et Richard, le promoteur de la publication d’un quotidien anarchiste se situant entre Le Père Peinard et La Révolte dont il avait été plusieurs mois l’administrateur et dont il avait conservé les listes de correspondants et d’abonnés. Il demeurait alors Faubourg Saint Antoine.
A l’été 1893, à l’occasion des prochaines élections législatives, il avait émis l’intention d’être candidat abstentionniste dans la circonscription de Bel Air-Picpus.
En 1893 il appartenait au groupe Les travailleurs communistes anarchistes du XIIème où il s’occupait plus particulièrement de la bibliothèque du groupe. Les persécutions de 1894 dispersèrent ses membres et les obligèrent à abandonner ce projet. Le 1er janvier 1894, lors des rafles ayant suivie l’attentat de Vaillant à la Chambre des députés, il avait été l’objet d’une perquisition où la police n’avait saisi que quelques notes et lettres, ainsi que le Catéchisme du soldat, un imprimé A bas le Czar, toute la collection de la Révolte et des affiches de sa candidature abstentionniste.
En 1894, Denéchère militait dans les groupes abstentionnistes ou anti-patriotiques
A l’automne 1895 il fut chargé des diverses collectes faites au profit de Mathieu qui venait d’être condamné en Belgique.
Le projet fut relancé en février 1896, par un appel dans les Temps nouveaux, il s’occupait de ce poste de bibliothécaire avec Lafond ; le fonds de livres s’appelait alors "Bibliothèque sociologique des travailleurs du XII°".
En mai 1895, il perdit son travail à la suite de pressions de la police sur son employeur, parce qu’il appartenait à un parti qui prêchait « le vol et l’assassinat », selon un article des Temps nouveaux.
Depuis mai 1895 jusqu’en juin 1901, il fut gérant des Temps nouveaux, Grave le remplaça ensuite à ce poste.
Le 16 mars 1896, il fut l’organisateur du meeting tenu salle Genti, rue des Colonnes du Trône, pour protester contre l’arrestation et l’expulsion de France de Kropotkine auquel, devant 1500 personnes, Tortelier, S. Faure et Fortuné Henry entre autres avaient pris la parole. Pendant les discours, la police avait noté que Sidonie Vailant et les fils de Denechère et de Francis distribuaient gratuitement des exemplaires des Temps Nouveaux, du Rifflard et des brochures.
Fin juillet 1896, il fut agressé, en sortant d’une réunion du Groupe des travailleurs communistes du XIIe. Il fut frappé au visage avec un coup de poing américain.
En mai 1897, le groupe du XIIème arrondissement dont il était l’animateur, avait invité les compagnons à se rendre au cimetière de Brévannes sur la tombe d’Émile Henry, à l’occasion de l’anniversaire de son exécution.
Au début de l’année 1898, il fut l’objet d’une surveillance constante de la police auprès de son concierge, pour vérifier sa résidence, à tel point que son propriétaire le menaça d’expulsion.
Il collaborait à la 2ème série de l’organe des ouvriers de l’ameublement Le Pot à Colle (Paris, , 10 numéros du 20 juillet 1898 au 11 février 1899), apparaissant même comme l’administrateur du journal (n°10). Il participait à cette même époque au Groupe d’éducation libertaire et à l’Ecole libertaire de la rue Titon dont il était l’un des animateurs avec C. Papillon et Dubois Desaulle.
En juin 1901, son fils fut arrêté, Denéchère accompagné de sa femme alla le réclamer mais on refusa de le relâcher. En sortant du poste, il déclara : « Après tout, nous savons bien ce que sont ces gens-là ». La police l’arrêta, avec sa femme, à cause de ses propos, le roua de coups et les garda 30 heures au poste. Il fut poursuivi pour outrages à agents .
Il disparut de Paris à partir de juillet 1902 et Jean Grave signale que lors de la visite du Tsar, les policiers venus l’arrêter comme plusieurs autres anarchistes, firent chou-blanc. Il fut alors inscrit à l’état vert n°4 des anarchistes disparus et/ou nomades.
En mai 1907, il publia dans les Temps nouveaux, une monographie sur les gainiers.
Marié il avait un fils adoptif qui mourut (tué au front ?) pendant la guerre de 1914-18. En mai 1916 il fit partie d’un nouveau groupe de compagnons, rallié à l’Union sacrée et signataires du Manifeste des 16.
Enterré le 30 novembre 1919, le décès d’Amédée Dénéchère a été annoncé par le Libertaire du 14 décembre 1919 et Les Temps Nouveaux (n°6, décembre 1919).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155545, notice DENÉCHÈRE Amédée, Charles [dit le Grand Ernest, dit Dornes] par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche, Rolf Dupuy et Dominique Petit, version mise en ligne le 11 avril 2014, dernière modification le 19 février 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche, Rolf Dupuy et Dominique Petit

SOURCES : AD du Cher 25 M 139, Etat vert des anarchistes n°4 — Les temps nouveaux, 4 mai et 25 mai 1895, 15 février, 1er août 1896, 19 mars 1898, 15 juin 1901, 22 juin 1901, 4 mai 1907, 15 décembre 1919 — Libertaire, n°47, 14 décembre 1919 — R. Bianco « Un siècle de presse… », op. cit. — Bulletin des temps nouveaux, n°1, mai 1916 — J. Grave "Quarante ans de propagande...", op. Cit. — le Combat syndicaliste, 4 juin 1937 (souvenirs de L. Guérineau) — Arc. Nat. F7/12504, F7/12508 — Etat signalétique confidentiel des anarchistes disparus et des anarchistes nomades, n°4, avril 1904 — APpo BA 73, BA 75, BA 77, BA 78, BA 80, BA 99, BA 1497, BA 1500, BA 1506.

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