MARIE François, Auguste [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice revue par Guillaume Davranche et Marie-Cécile Bouju

Né le 5 décembre 1879 à Oulmes (Vendée) ; mort fin janvier ou début février 1938 ; typographe ; anarchiste et syndicaliste.

François Marie (1910)
François Marie (1910)
La Vie ouvrière du 20 octobre 1910.

François Marie serait le fils naturel de Marie Baubriaud, servante à Oulmes (Vendée). Elle l’avait prénommé Auguste, François, Marie.

François Marie fit sa première apparition sur la scène militante comme gérant de La Revue communiste, un périodique de tendance « milieux libres » édité par Émile Tissier* et Eugène Merle de décembre 1903 à avril 1904.

De 1906 à 1914, il fut un des responsables syndicalistes parisiens les plus ouvertement liés au mouvement anarchiste. Sa signature apparaissait fréquemment au bas de ses manifestes et à la tribune de ses meetings.

Dans la nécrologie que lui consacra René de Marmande en 1938 dans Syndicats, c’était « un gars souple et nonchalant, dégingandé et gouailleur », venu de Vendée.

En 1906, François Marie anima la grève de l’imprimerie Crété à Corbeil. Puis, pour concurrencer la très réformiste Fédération du Livre, il impulsa la petite Fédération des presses typographiques, de tendance révolutionnaire. Il en fut le secrétaire et l’unique représentant au congrès CGT d’Amiens du 8 au 16 octobre 1906. Il y signa la motion que l’histoire retiendra sous le nom de Charte d’Amiens (voir Émile Pouget).

Certaines sources indiquent par erreur qu’il fut signataire de l’« affiche rouge » de l’AIA (voir Roger Sadrin) ou de l’affiche « Aux soldats » (voir Eugène Mouchebœuf).

À l’été 1908, François Marie était régisseur de l’imprimerie confédérale de la CGT, impasse de la Grange-aux-Belles. Suite aux événements sanglants de Villeneuve-Saint-Georges, il fut arrêté le 1er août 1908 en même temps que cinq autres responsables confédéraux. Il ne put donc assister au congrès confédéral CGT de Marseille, où la Fédération des presses typographiques fut représentée par François Grauvogel qui annonça la volonté de la fédération de fusionner au sein du Livre.

Comme les autres dirigeants de la CGT incarcérés, François Marie bénéficia d’un non-lieu le 30 octobre 1908 et fut libéré.

Début 1909, dans Ces Messieurs de la CGT les journalistes Leclercq et Girod de Fléaux lui trouvaient « un tempérament de partisan ; fait pour suivre un chef après s’être donné à lui corps et âme, décidé à aller à sa suite n’importe où [...]  » et résumaient : « Derrière Pouget, Griffuelhes et Yvetot, il marche en confiance. » Ils le décrivaient ainsi : « vêtements débraillés, sa large lavallière noire en bataille, son feutre cabossé en arrière, les bras tombant le long de son ample pantalon de velours, l’air insolent ». Eux aussi le trouvèrent « crâneur, gouailleur et gamin ».

En 1909, il prit la parole dans plusieurs meetings de la Fédération révolutionnaire (voir Lucien Belin). À l’époque il donnait volontiers interviews et articles à La Guerre sociale. À l’automne, il donna un article au périodique Les Révoltés de Georges Durupt.

Au printemps 1910, il fut membre du Comité révolutionnaire antiparlementaire (voir Jules Grandjouan) et participa à la campagne abstentionniste. Il figura ensuite au conseil d’administrateur de l’imprimerie communiste L’Espérance, fondée le 25 juin 1910 (voir Eugène Martin).

La Fédération des presses typographiques ayant fusionné au sein du Livre, François Marie appartint à sa 21e section, fer de lance de la minorité révolutionnaire. En juillet 1910, il fut délégué au congrès fédéral du Livre, à Bordeaux et, avec Sergent, fut le principal porte-parole de la minorité.

En octobre 1910, au congrès CGT de Toulouse, il affirma, contre le dirigeant réformiste du Livre, Liochon, que la fédération du Livre était antimilitariste (cf. compte rendu, pp. 193-195).

Le 11 janvier 1911, il succéda à Jean-Louis Thuillier au secrétariat de l’Union des syndicats de la Seine où il eut Savoie pour adjoint. C’est de là qu’il prit part à la campagne pour Émile Rousset, et organisa la journée du 1er mai 1911 à Paris.

À partir d’avril 1911, il fut un des principaux rédacteurs de La Bataille syndicaliste. Un rapport de police de 1911 le considère comme membre de la Fédération révolutionnaire communiste mais sa présence n’est mentionnée dans aucune réunion de l’organisation.

En août 1911, au moment de la crise d’Agadir, il représenta la CGT, avec Georges Dumoulin, dans des meetings internationalistes à Madrid et à Barcelone.

Début 1912, il quitta le secrétariat de l’Union des syndicats de la Seine et, sous le nom de Baubriand (ou Baubriaud), devint gérant d’une imprimerie-papeterie à Ablon (Seine-et-Oise). Il resta cependant très lié au mouvement syndical, continuant de prendre la parole dans les meetings et écrivant dans La Bataille syndicaliste.

De mars à mai 1912, il appartint au Comité antiparlementaire révolutionnaire — impulsé par la FRC — qui mena une campagne abstentionniste à l’occasion des élections municipales de mai (voir Henry Combes).

En juin 1912, il fit partie de la quarantaine de personnalités communistes libertaires et syndicalistes révolutionnaires qui constituaient le comité de L’Entr’aide, une caisse de solidarité avec les militants emprisonnés et leurs familles, impulsée par la FCA en juin 1912 (voir Édouard Lacourte).

En 1914, il était rédacteur en chef de La Bataille syndicaliste quand la guerre éclata. Mobilisé, il appartint au service auxiliaire et fut pendant trois semaines secrétaire d’un service de renseignements à l’École militaire. Il retrouva ensuite son poste de rédacteur en chef — « embusqué » selon Raymond Péricat — à La BS. À ce moment, il se disait toujours « anarchiste » bien qu’il appliquât strictement la ligne confédérale majoritaire d’union sacrée. Après la liquidation de La Bataille syndicaliste, il fut gérant de La Bataille qui lui succéda du 5 octobre 1915 au 31 décembre 1920.

Après-guerre, il semble s’être rapproché des syndicalistes révolutionnaires dits « purs », suivant sans doute en cela Victor Griffuelhes. Est-ce le même Marie qui signa en février 1921 le « Pacte » (voir Pierre Besnard) ? Cela reviendrait à une évolution spectaculaire.

De février 1921 à mars 1938, il fut directeur de l’hebdomadaire La Bataille économique, sociale, ouvrière, paysanne. Il y rédigea une nécrologie de Victor Griffuelhes dans le numéro du 6 juillet 1922.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155564, notice MARIE François, Auguste [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice revue par Guillaume Davranche et Marie-Cécile Bouju, version mise en ligne le 9 mars 2014, dernière modification le 21 août 2022.

Par Jean Maitron, notice revue par Guillaume Davranche et Marie-Cécile Bouju

François Marie (1910)
François Marie (1910)
La Vie ouvrière du 20 octobre 1910.

SOURCES : Arch. dép. Vendée 2E 168/9 acte naiss. - Arch Ppo BA/882, 1513, 1514, Arch. Nat. F7/13053, 13613 (rapport du 28 août 1915) et F7/13620 (rapport du 25 novembre 1912) ― congrès CGT de Marseille (1908), page 133 et de Toulouse ― Maurice Leclercq et Girod de Fléaux, Ces Messieurs de la CGT, Ollendorf, 1909 ― La Guerre sociale du 27 juillet 1910 ― La Voix du peuple du 20 août 1911 ― La CGT, op. cit., pp. 579-580 ― Robert Brécy, Le Mouvement syndical en France, Mouton & co, 1963 ― Syndicats, 9 février 1938 ― Syndicalisme révolutionnaire et communisme (les archives Pierre Monatte), Maspéro, 1968 ― René Bianco, Cent ans de presse..., op. cit. ― Bruce Vandervort, Victor Griffuelhes and French Syndicalism, Louisiana State University Press, 1996 — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014.

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