SOULILLOU Albert [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron. Notice complété par Rolf Dupuy

Né le 15 juin 1905 à Châlon-sur-Saône (Saône-et-Loire), mort le 1er mai 1967 ; journaliste et écrivain prolétarien de sensibilité ilbertaire.

Albert Soulillou fut un écrivain prolétarien, socialiste de sensibilité libertaire. Il passa son enfance à Angers où son père, militant socialiste, fut élu conseiller municipal et où il eut ses premiers contacts avec la vie ouvrière lorsque ses parents avaient accueilli à leur domicile des enfants d’ouvriers ardoisiers de Trélazé en grève. Lors de la Première Guerre mondiale, son père ayant été mobilisé et fait prisonnier à Verdun, Albert Soulillou vécut alors avec sa mère à Chalon-sur-Saône, chez son grand père, ouvrier sidérurgique aux usines Schneider. Après l’école il allait livrer les couronnes mortuaires du magasin où sa mère travaillait. Puis la famille s’installa fin 1918 à Dijon où il fréquenta le lycée et où il devint orphelin de mère à l’âge de 15 ans. De 1922 à 1929, il exerça à Dijon divers petits métiers (livreur pour une fabrique de pain d’épices, peintre de verrières, agent d’assurance, décorateur de meubles et jouets en bois) tout en suivant les cours de l’Ecole des beaux-arts où il rencontrera sa future compagne Suzanne. C’est à cette époque qu’il décora la première maison des étudiants d’une grande fresque sur toile et qu’il participa à la création des Jeunesses socialistes locales.

Monté à Paris en 1929 il travailla à l’usine de peinture Duco et quelques semaines comme peintre au pistolet à la chaîne à l’usine Ford. C’est cette dernière expérience qui le conduisit au journalisme, comme il l’a relaté dans son roman Elie ou le Ford France 580. Devenu journaliste il fut successivement ou parallèlement responsable du service artistique et des informations illustrées à Voilà et Détective, des publications de Gallimard et collabora de 1930 à 1936 à de nombreux journaux et revues dont Commune, Europe, Regards, Monde, Le Journal des poètes, Nouvel âge, Germinal, L’œuvre, etc où il publia des nouvelles mais surtout des reportages sur la vie ouvrière. Parallèlement il commença à publier ses propres œuvres relatant ses expériences en usines ainsi que des poèmes.

Adhérent depuis 1932 du Groupe des écrivains prolétariens il fut l’un des signataires le 3 juin du Manifeste de l’Ecole prolétarienne avec entre autres E. Dabit, Maurice Fombeure, Constant Malva, Victor Massé, Henri Poulaille, Charles Plisnier et Tristan Rémy. Il fut le fondateur en 1935 de l’Université populaire Henri Barbusse à Boulogne-Billancourt où il fit venir de nombreux conférenciers dont J. Painlevé, André Malraux, Jean Rostand, Andrée Viollis, etc.

Albert Soulillou fut à l’été 1936 l’un des correspondants du journal L’Espagne antifasciste (Barcelone-Paris, 31 numéros, du 22 août 1936 au 8 janvier 1937), envoyé par le mouvement libertaire français. Il fit plusieurs reportages en Espagne qui furent notamment publiés dans Vendredi, Regards et le Journal de Charleroi. En janvier 1937 il fut le rédacteur en chef du Journal de Barcelone(Paris, n°1, 20 janvier 1937) édité par l’Office de presse et d’information de la Généralité de Catalogne. Ce journal, où le représentant de la CNT était Nemesio Galve, prit une position antistalinienne lors des affrontements de mai 1937 à Barcelone, ce qui entraîna sa suppression le 5 mai par la Généralité. Albert Soulillou fut ensuite le gérant de La Nouvelle Espagne antifasciste (Paris, 60 numéros du 20 septembre 1937 au 17 novembre 1938), organe bilingue financé en partie par la CNT espagnole. Reproduisant les positions et la ligne officielle progouvernementale de la direction de la CNT espagnole, ce journal sera vivement critiqué par la Fédération anarchiste de France (FAF).

Secrétaire de rédaction du journal L’œuvre au moment de la déclaration de guerre, il en démissionna dès juin 1940 après que le journal eut adhéré à la politique de collaboration. Devenu chômeur, il fut balayeur de neige dans les rues de Saint Cloud à l’hiver 1940. Pour échapper au service du travail obligatoire, il partit comme volontaire dans un chantier forestier de chômeurs dans la Nièvre où, devenu chef de chantier, il engagea de nombreux jeunes pour leur éviter le STO. Puis il revint à Paris où il se maria en 1942 avec comme témoins Henri Poulaille et Jean Cassou, où un poste de rédacteur lui avait été offert au journal Chantiers, l’organe du Commissariat à la lutte contre le chômage, poste qu’il accepta sans doute pour pouvoir nourrir sa famille. Sous divers pseudonymes, dont celui de Daniel Cerdan, il y publia de nombreux articles sur les métiers, sur l’enseignement technique et la formation des jeunes.

En 1943 il fut chargé d’un chantier de reclassement professionnel à Comblanchien (Côte d’Or) où il créa un centre de réadaptation professionnelle de sculpteurs et d’architectes ainsi qu’un cour d’apprentissage des métiers de la pierre où, là encore, de nombreux jeunes gens trouvèrent un abri contre le départ forcé en Allemagne. A partir des combats pour la Libération de Beaune, Albert Soulillou fut nommé délégué de la région Bourgogne pour le reclassement des chômeurs intellectuels et artistes, poste qu’il occupera jusqu’en 1946 où il revint au journalisme après avoir créer un Musée du travail bourguignon (devenu le Musée du vin de Beaune) et une Ecole artisanale de dessin (devenue Ecole des arts appliqués).
En 1945 il collabora à la revue de littérature prolétarienne Maintenant (Paris, 10 numéros, 1945-1948) dirigée par Henry Poulaille et à laquelle collaborèrent notamment Emile Guillaumin, Plisnier, Jean Prugnot, Ludovic Massé, Roger Boutefeu et Michel Ragon.

Correspondant de presse et journaliste indépendant, il s’installa ensuite à Aix-en-Provence (1949-1951), revint quelques années à Paris avant de retourner à Dijon en 1955. Il ne cessa pas d’écrire de très nombreux articles sur les métiers en particulier ceux du bâtiment et les métiers vinicoles. Il organisa également le groupe L’Homme qui fédérait de nombreux artistes « prolétariens », organisant de nombreuses expositions et lançant plusieurs jeunes artistes dont Pierre Balas, la famille Yencesse, Raymond Rochette le peintre des hauts-fourneaux de Schneider au Creusot, Henri Vincenot, le sculpteur ouvrier ferronnier catalan Marty, etc.
Ami de l’artiste macédonienne, Yelena Matsane, il fut également à l’origine du jumelage de la ville de Dijon avec Skoplie (capitale aujourd’hui de la République de Macédoine).
Albert Soulillou, qui était le père de deux filles, et se définissait comme libre penseur et profondément athée, est décédé à Dijon le 1er mai 1967.
Oeuvres : -Chair des Atlantes (1932) ; -Dans la lumière (1932) ; - Les Enfants possédés (roman, 1932) ; - Elie ou le Ford-France-580 (reportage sur la condition ouvrière chez Ford, 1934) ; - Nitro (reportage sur la condition ouvrière chez Duco, 1934) ; - Jo les Gorgones (roman, 1937) ; - La peur sur les marcs d’or (roman, 1939) ; - Zone de la force (roman inédit).
Il fut également l’auteur de figurines en plâtre moulées dans des grosses boites d’allumettes puis sculptées, représentant les divers métiers de Bourgogne (le sulfateur de vigne, la vendangeuse, le moutardier, l’affûteur de couteau, le marchand de cochon, etc) ainsi que de nombreuses aquarelles peignant le travail, les usines, la condition ouvrière et aussi la guerre d’Espagne et les réfugiés lors de la Retirada.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155613, notice SOULILLOU Albert [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron. Notice complété par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 9 avril 2014, dernière modification le 9 septembre 2020.

Par Jean Maitron. Notice complété par Rolf Dupuy

SOURCES : M. Ragon, Histoire de la littérature prolétarienne, op. cit. — R. Bianco, Un siècle de presse anarchiste, op. cit. — Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, op. cit. (Notice de J. Prugnot). — Informations et précisions apportées par sa fille (2010).

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