BARTHE Louis [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean-Claude Paul-Dejean, Jean-Luc Pinol, Rolf Dupuy, Guillaume Davranche

Né le 4 novembre 1894 à Bayonne (Pyrénées Atlantiques), mort le 4 mars 1961 à Pau (Pyrénées-Atlantiques) ; terrassier puis zingueur ; anarchiste et syndicaliste.

Louis Barthe (1922)
Louis Barthe (1922)
L’Humanité du 28 juin 1922.

Fils d’un ferblantier et d’une lisseuse, Louis Barthe se syndiqua dès l’âge de 16 ans, mais n’apparut sur la scène politique qu’à l’époque de la Grande Guerre. Militant du syndicat CGT des terrassiers de la Seine, il fut condamné à deux mois de prison en août 1917 pour « propagande pacifiste », puis il participa au congrès des syndicats minoritaires à Saint-Étienne (Loire) en mai 1918. En octobre 1918, il fut élu secrétaire de la 18e région (Seine) de la fédération du Bâtiment. Ses appointements étaient alors équivalents à ceux des permanents de l’Union des syndicats de la Seine : 600 francs par mois.

Du 10 au 13 juillet 1918, il fut, avec Émile Hubert, délégué (minoritaire) des terrassiers de la Seine au congrès de la fédération du Bâtiment à Versailles. En décembre, il fut, avec Raymond Péricat, Jean-Louis Thuillier et Jean-Baptiste Vallet, candidat de la minorité révolutionnaire au secrétariat fédéral. La majorité les écarta, mais il fut élu à la commission exécutive fédérale.

Barthe retourna alors vivre au Pays basque et, en 1919, était secrétaire du syndicat du bâtiment de Biarritz, où il se maria en avril 1920.

Du 27 septembre au 2 octobre 1920, il fut délégué (minoritaire) au congrès CGT d’Orléans par le bâtiment de Biarritz et, indice de son influence, par les terrassiers de la Seine. Il participa également, en marge du congrès, à l’assemblée générale des syndicats minoritaires qui donna naissance aux Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR).

Au sein de la commission exécutive de la fédération du Bâtiment, le bras de fer se durcissait entre majoritaires et minoritaires. Lors du conseil national fédéral du 26 décembre 1920, 5 minoritaires – Barthe, Le Pen, David, Maucolin et Fève – prirent prétexte d’un article de L’Atelier jugé insultant pour la mémoire de [Vergeat-154381] et Lepetit pour donner leur démission.

En 1921, en tant que secrétaire de l’union locale CGT de Biarritz, Barthe soutint une grève du Bâtiment biarrot qui aboutit à la signature d’un contrat collectif.

Délégué par les syndicats de Biarritz et du Boucau, Barthe fut un des porte-parole de la minorité au VIIIe congrès fédéral du Bâtiment, à Dijon, du 16 au 21 mai 1921. Après ce congrès où les révolutionnaires reconquirent la fédération, Barthe fut élu à la commission exécutive où siégèrent également Ferré*, Le Pen, Julian*, Forget*, Simon, Vallet, Jouve*, Teulade, Frambourg, Coutadeur et Vuistaz.

Après que le Ier congrès de l’Internationale syndicale rouge eut adopté des conclusions préconisant la « liaison organique » avec l’Internationale communiste, il cosigna une déclaration de responsables des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR) qui, au nom de la Charte d’Amiens, répudiait ces conclusions (La Vie ouvrière du 22 juillet 1921). Il ne fut pas délégué au congrès confédéral de Lille, en juillet 1921.

Il semble ensuite s’être installé quelque temps à Paris, car il fut délégué au congrès de l’UD de la Seine, le 27 novembre 1921, où il s’opposa aux thèses de Gaston Monmousseau.

Il prit part à l’assemblée extraordinaire des syndicats minoritaires, tenue du 22 au 24 décembre 1921 à Paris, et fit partie de la délégation qui se rendit rue Lafayette pour d’ultimes négociations avec les majoritaires afin d’éviter la scission. Après que la scission confédérale fut consommée, Louis Barthe fut élu à la commission administrative provisoire (voir Henri Toti) de ce qui allait devenir la CGTU.

Se classant dans la tendance Besnard*, il fut un des principaux orateurs du Ier congrès confédéral de la CGTU à Saint-Étienne, du 25 juin au 1er juillet 1922. Il y affirma que le « syndicalisme a un rôle bien défini et bien supérieur au Parti. Il représente le travail ».

Secrétaire de l’union départementale CGTU des Basses-Pyrénées, il participa en 1923 à une nouvelle grève importante des ouvriers du bâtiment de Biarritz. Cette même année, il fut condamné, après des manifestations contre l’occupation de la Ruhr, à trois mois de prison pour « entraves à la liberté du travail ».

Lors du congrès fédéral du Bâtiment CGTU à Paris, du 4 au 7 juillet au 1923, les « anarcho-syndicalistes » comme les qualifiaient leurs adversaires procommunistes, réaffirmèrent leur majorité. Louis Barthe déposa une motion cosignée par la grosse majorité de la commission exécutive (Blois, Ceppe, Courtinat, Forget, Fougeron, Jouve, Koch*, Le Pen, Monier et Vallet), qui soulignait l’importance de la Charte d’Amiens et précisait que « le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance sera, demain, le groupement de production et de répartition, base de la réorganisation sociale ». Cette motion obtint 159 voix, contre 32 à la motion du communiste Teulade.

Il fut délégué (minoritaire) par les syndicats du Bâtiment de Biarritz et de Bayonne au congrès confédéral de Bourges, du 12 au 17 novembre 1923.

La Fédération du bâtiment quitta officiellement la CGTU le 31 octobre 1924, et passa à l’autonomie.

En 1925, Barthe suivit de très près la grève des ouvriers d’Oloron (Basses-Pyrénées).

Du 18 au 20 juin 1925 il fut délégué au congrès de Lyon de la Fédération autonome du bâtiment qui devait trancher un important débat : maintien dans l’autonomie ou retour à la CGT. La motion cosignée de Barthe, Pommier, Le Pen, Alliet et Cotinaux qui préconisait « la fusion immédiate » avec la CGT obtint 29 voix. La motion cosignée par Boisson, Vagneron, Simon, Boudoux, Juhel, Pastergue et Malgloire obtint 30 voix. Il y eut également 3 abstentions. À une voix près, la Fédération du bâtiment demeura donc dans l’autonomie. À l’issue du congrès, Louis Barthe fut élu trésorier fédéral.

Le 18 juillet 1926, le comité fédéral national de la Fédération autonome du bâtiment adopta la motion Barthe-Jouve-Boudoux qui visait à regrouper le syndicalisme révolutionnaire au sein d’une « 3e CGT ». Celle-ci fut créée sous le nom de CGT-SR à l’issue du congrès du 15-17 novembre 1926 à Lyon.

En mars 1927, Barthe fut l’un des fondateurs de l’union locale CGT-SR de Biarritz et de ses environs. En 1927-1928 il était le secrétaire de la 5e union régionale de la CGT-SR. Il habitait alors 7, rue Harispe, à Biarritz et était également adhérent au groupe du Boucau de l’Union anarchiste communiste (UAC).

Mais finalement, renouant avec la position qu’il avait défendue à Lyon en 1925, Barthe rallia la CGT. En 1930, il était secrétaire de l’union locale CGT de Biarritz qui regroupait alors 8 syndicats et 691 adhérents.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155628, notice BARTHE Louis [Dictionnaire des anarchistes] par Jean-Claude Paul-Dejean, Jean-Luc Pinol, Rolf Dupuy, Guillaume Davranche, version mise en ligne le 6 mars 2014, dernière modification le 9 septembre 2020.

Par Jean-Claude Paul-Dejean, Jean-Luc Pinol, Rolf Dupuy, Guillaume Davranche

Louis Barthe (1922)
Louis Barthe (1922)
L’Humanité du 28 juin 1922.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13013, F7/13097, F7/13586 (IIe congrès de la CGTU) F7/13647, F7/13650, F7/13651 — Arch. PPo BA/1900 et carton 296 — Arch. Dép. Basses-Pyrénées, 1 M 68. — Comptes rendus des congrès fédéraux du Bâtiment : 1918, 1919, 1921, 1923, 1925 — L’Action syndicalisteLa Voix du Travail, août 1926. — Annie Kriegel, Aux origines du communisme français, Mouton & Co, 1964 — Claire Auzias, Mémoires libertaires. Lyon 1919-1939, L’Harmattan, 1993 — Jean-Louis Robert, Les Ouvriers, la patrie et la révolution. Paris 1914-1919, Annales littéraires de l’université de Besançon, 1995 — Boris Ratel, « L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment en France entre 1919 et 1939 », mémoire de maîtrise, université Paris-I, 2000.

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