BANGOU Henri, Marie

Par Alain Monchablon

Né le 15 juillet 1922 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) ; médecin cardiologue ; étudiant syndicaliste (UNEF) 1946-1950 ; premier adjoint (1959-1965), puis maire de Pointe-à-Pitre (1965 à nos jours), conseiller général (1967-1985), conseiller régional (1975-1986) et sénateur (communiste puis apparenté) de la Guadeloupe (1986-1995).

[Sénat]

Quand Henri Bangou naquit à Pointe-à-Pitre, ses parents étaient séparés, et son père se remaria.

Son père Edward Bangou était comptable à la Compagnie Générale Transatlantique, sa mère Andrée Bellevue lingère au lycée de Pointe-à-Pitre. Le mauvais état de santé de sa mère fit qu’Henri Bangou fut dans son enfance souvent hébergé chez sa grand-mère paternelle. Quoique catholique (il y eut une messe le matin où le petit Henri Bangou passa avec succès le concours des bourses), sa famille était d’influence socialiste : son grand-père avait été actif aux côtés d’Hégésippe Légitimus (voir Jean Légitimus, fondateur du parti socialiste à la Guadeloupe et animateur du mouvement « négriste ». Son père, franc-maçon, socialiste se situait dans cette lignée. Lorsque Henri Bangou, étudiant en France, devint communiste et épousa une militante française, son père lui écrivit pour lui reprocher cette double entorse à la tradition socialiste et négrière.

Admis au lycée Carnot de Pointe à Pitre, Henri Bangou fut un bon élève faisant du latin et du grec, brillant en rédaction, se liant avec ses camarades de classe créoles, où on n’allait pas les uns chez les autres. Bachelier scientifique (la première partie du baccalauréat s’appelait alors à la Guadeloupe « brevet de capacité coloniale »), Henri Bangou embarqua en 1943 à bord de l’Oregon à destination du Maroc pour continuer ses études. Il resta dix ans hors de la Guadeloupe, faisant son service militaire au Maroc, avant de gagner la métropole. Venu à Paris pour faire des études de physique, il bifurqua vers la philosophie en Sorbonne, obtenant licence et DES, puis la rencontre d’une étudiante communiste en médecine, Marcelle Montauriol, qu’il épousa, l’orienta vers cette discipline et vers le Parti communiste.

Vivant mal de sa bourse, multipliant les petits travaux pour faire vivre sa femme et le petit Jacques qui venait de naître, Henri Bangou mena à Paris une vie militante active, partagée entre l’Association des étudiants guadeloupéens qu’il recréa et présida jusqu’en 1952, les groupes de langue de la fédération de la Seine du PCF, le comité de liaison anticolonialiste dont il était responsable avec Jacques Vergès*, et enfin l’UNEF, où il fut élu vice-président aux affaires coloniales au congrès de Pâques 1949 au Touquet. Dans ses mémoires, Annie Kriegel plus de cinquante ans après, évoquera avec une certaine sympathie la personnalité d’Henri Bangou. Il représenta aussi les étudiants coloniaux auprès de l’UIE (union internationale des étudiants, basée à Prague), occasion de plusieurs séjours dans les démocraties populaires, ayant même été selon ses mémoires décoré « ouvrier de choc » pour sa participation à la construction en Yougoslavie de la voie ferrée Samak-Sarajevo. Une telle activité n’alla pas sans conséquences : menacé de voir supprimer sa bourse, Henri Bangou ne put rester qu’un an à la Cité universitaire, pour avoir présidé le comité du pavillon de la France d’Outre-Mer. Au congrès d’Arcachon de l’UNEF en 1950, le quitus lui fut refusé par une majorité qui s’orientait à droite.

Rentré en Guadeloupe en 1953 « un peu par hasard », Henri Bangou s’y installa comme médecin cardiologue (plus tard son fils devint gynécologue obstétricien, et sa fille sage-femme) et demeura un communiste actif. Hostile à l’assimilationnisme, il fut de ceux qui préparèrent le congrès constitutif du parti communiste guadeloupéen en 1958, dont il fut membre du bureau politique. Élu en 1959 premier adjoint du nouveau maire communiste Hector Dessout, son ancien professeur au lycée, il fut amené à le remplacer souvent, avant de l’emporter sur celui-ci, qui s’était rallié au gaullisme en 1963, lors des élections municipales de 1965. Il s’efforça alors de supprimer les bidonvilles de Pointe à Pitre. Élu conseiller général et constamment réélu jusqu’en 1985, il fut également conseiller régional de 1975 à 1986, et fut élu sénateur en 1986, communiste puis apparenté. En juin 1991 en effet, la section de Pointe à Pitre du PCG mit en cause nombre d’orientations du mouvement communiste à la lumière des événements qui se déroulaient en URSS et Europe de l’Est, et se transforma trois mois plus tard en PPDG (parti progressiste démocratique guadeloupéen) dont Henri Bangou fut élu président.

Conservant jusqu’à ce jour (2004) son mandat municipal, Henri Bangou a écrit, outre ses mémoires, de nombreuses études historiques sur la Guadeloupe et les Antilles et sur la question coloniale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article15578, notice BANGOU Henri, Marie par Alain Monchablon, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 23 janvier 2016.

Par Alain Monchablon

[Sénat]

ŒUVRE : Histoire de la Guadeloupe de 1 492 à nos jours, 3 volumes, 1962, 1963, 1970. — Le PS français de Jules Guesde à François Mitterrand, le cas de la Guadeloupe, 1985. — Mémoire du présent, 1992

SOURCES : Archives UNEF (Archives natioales 46 AS). — Correspondance avec le militant. — RGASPI, Moscou, 495 203 12.

Version imprimable Signaler un complément