MOLMERRET, Joseph, Camille [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche, Dominique Petit

Né à Lyon le 20 novembre 1865 ; graveur lithographe ; dessinateur ; anarchiste de Valréas (Vaucluse), de Lyon (Rhône), de Paris et de Londres.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Joseph Molmerret était né de père inconnu, sa mère le reconnut le 1er décembre 1876.
Profitant d’une réunion publique et contradictoire à Valréas (Vaucluse) en mai 1893, organisée par un groupe d’électeurs, Molmerret y prenait la parole, et démontrait que la Révolution seule pouvait faire sortir de la misérable situation actuelle. Il distribua aux ouvriers nombre de brochures anarchistes, et l’on y fonda un cercle d’études sociales, dont faisait également partie Raoul Chambon qu’il avait initié à l’anarchisme.
Molmerret mettait à la disposition de tout camarade en tournée désirant faire des conférences à Valréas, tous les moyens pécuniaires, nourriture, logement. Le 20 août 1893, il avait été candidat abstentionniste lors des élections législatives. Il envoyait tous les mois 10 francs au journal La Révolte.
Début août 1893, dans une réunion organisée par le candidat socialiste Barbier, Molmerret critiqua vigoureusement « tout le boniment électoral ».Il fut brutalement assailli, et ce n’est que grâce au concours de quelques compagnons qu’il sortit sain et sauf de la salle.
Joseph Molmerret militait à Lyon au début des années 1890 avec notamment Napoléon Lombard et Raoul Chambon.
Le 26 mai 1894, M. Antona, commissaire de police du quartier Bonne-Nouvelle, procédait à l’arrestation de trois personnes, dans un hôtel garni de la rue Beauregard : Molmerret, sa femme, et Chambon. Dans la malle de Molmerret, on découvrit une somme de 4,000 fr. en quatre billets de mille. Interrogé sur la provenance de cette somme, Molmerret a déclara que c’était le produit d’une prime d’assurance sur la vie, qui, de son aveu, était destinée à la propagande du parti anarchiste. La police paraissait convaincue que ces 4,000 fr. avaient été remit à Molmerret par les bailleurs de fonds ordinaires des compagnons anarchistes. Dans la chambre de Chambon on avait découvert des papiers, des brochures, des journaux anarchistes.
Ils furent interrogés dans la soirée par M. Meyer, juge d’instruction. Mme Molmerret était remise en liberté. Son mari et Chambon, conservés à la disposition de la justice. On les soupçonnaient de faire partie d’une association d’anarchistes à laquelle était affilié Lombard, que le tribunal de Lyon venait de condamner, par défaut, et qu’on recherchait. Ils avaient quitté cette ville, traqués par la police qui les avait signalés à la préfecture de Paris.
Tous deux furent inculpés en août 1894 dans le procès dit « Procès des trente » qui mêlait militants anarchistes connus et cambrioleurs illégalistes et qui se tint devant les Assises de la Seine du 6 au 12 août.
Molmerret était accusé d’avoir fait de la propagande anarchiste et il résultait des renseignements recueillis sur lui qu’il se proposait de faire paraître un opuscule fournissant des formules chimiques pour la fabrication des bombes :
« L’Accusé. J’ai cru en avoir le droit ; mais depuis les nouvelles lois, je me suis abstenu.
- M. le Président. N’avez-vous pas changé de nom plusieurs fois ?
- L’Accusé. Quel mal y a-t-il à cela. Quand les voyageurs veulent voyager incognito, ne prennent-ils pas ce système que je n’ai point inventé ?
- M. Le Président. On vous appelait « le Terrible ». Ce fait, vous ne le nierez pas diverses correspondances l’établissent. Pourquoi ce sobriquet ?
- L ’Accusé. Je vais vous le dire. C’est beaucoup moins grave que vous ne le pensez. Je suis exubérant et aime cette locution, que j’emploie souvent « C’est terrible ». De là cette appellation ; tous mes amis vous le diront.
En terminant, Molmerret mit l’accusation ait défi de lui prouver qu’il ait préparé un opuscule fournissant des formules chimiques pour la fabrication des bombes.
L’avocat général Bulot abandonna, au cours du procès, l’accusation contre Molmerret. Comme la plupart des inculpés il fut acquitté.
A la sortie du procès, Molmerret, son baluchon sous le bras, la pipe aux lèvres répondit aux questions d’un journaliste :
« — Vous voilà content d’être libre ? disons-nous,
— Content, moi ! Ah ! ne croyez pas cela. Il n’aurait plus manqué qu’on me condamne ! Mon acquittement m’est dû et me voilà sur le pavé, sans travail ! Qui réparera tout cela ? »
Et il s’en va grommelant. »
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°335.918.
Le 18 avril 1896, V.B. De Valréas demanda au Libertaire l’adresse de Molmerret qui répondit ne pas la connaître.
Dans le Libertaire du 18 juillet 1896, Molmerret fit savoir aux copains de Valréas qu il était en villégiature à Thonnon-les-Bains.
Figurant sur une liste d’anarchistes établie par la police des chemins de fer pour "surveillance aux frontières", il gagna par la suite l’Angleterre où en 1900 il était signalé comme vivant à Londres avec sa femme.
Le 16 mars 1914, il se maria à Neuilly-Plaisance avec Thérèse Boesch, ménagère. Il habitait 54 rue de la Marne à Neuilly-Plaisance (Seine-Saint-Denis).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155931, notice MOLMERRET, Joseph, Camille [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, Dominique Petit, version mise en ligne le 28 mars 2014, dernière modification le 15 octobre 2021.

Par Guillaume Davranche, Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES :
Constance Bantman, « Anarchismes et anarchistes en France et en Grande-Bretagne, 1880-1914 », thèse soutenue à l’université Paris-XIII, 2007 — Le Journal des débat 27, 28 mai, 15 juillet, 6 au 13 août 1894 — Archives Départementales du Gard 4U5302 — La Révolte 5 mai, 18 août 1893 — Le Petit Parisien 7 août 1894 — Le rappel 8 août 1894 — La Gazette de France 10 août 1894 — Le Phare de la Loire 14 août 1894 — La Liberté 28 mai 1894 — La Semaine mondaine 18 juillet 1894 — Le Petit Parisien 7 août 1894 — La Libre parole 9 août 1894 — Archives de la Préfecture de police Ba 1500 — Notice Joseph Molmerret du Dictionnaire des militants anarchistes — Archives départementales du Rhône — Etat civil Archives départementales de Seine-Saint-Denis.

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