PÉJOT Benoit, Francis [dit Bénédict] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Notice complétée par Laurent Gallet

Né à Lyon (1er arrondissement) le 1er janvier 1861 ; tisseur ; anarchiste de Lyon.

Péjot appartint à la Fédération révolutionnaire de l’Est qui fut fondée en 1881 après la scission d’avec les révolutionnaires partisans de l’action parlementaire. Il fut membre de la section de la Croix-rousse.

Le 4 octobre 1882, à la suite d’une orageuse réunion organisée conjointement par la Fédération de l’Est et par le Parti Ouvrier, à la Croix-Rousse, le commissaire de police dressa plusieurs procès-verbaux destinés à être transmis au procureur de la République, en premier lieu contre les membres du bureau [Courtois / Péjot / femme Laurent / Causse / Boriasse] pour infraction aux articles 8 et 10 de la loi sur la liberté de réunion, ensuite tant contre la femme Madignier que contre Courtois, président du bureau, pour infraction à l’article 40 de la loi sur la liberté de la presse, et enfin contre les orateurs Chapouille de Bordeaux, Bordat et Cyvoct pour avoir directement provoqué à commettre les crimes de meurtre, de pillage, d’incendie. Toutefois, aucune suite ne fut donnée à ces procès-verbaux.

Le 19 octobre 1882, la police perquisitionna les locaux du journal L’Étendard révolutionnaire, saisit les livres de comptabilité et d’abonnements et posa les scellés sur le numéro à paraître. Dans l’après-midi du 22 octobre, la Fédération révolutionnaire lyonnaise tint une grande réunion publique sur « les exploits de la police lyonnaise », réunion particulièrement houleuse au cours de laquelle un tabouret fut lancé en direction du commissaire de police. Au cours de la nuit suivante, fut commis l’attentat de L’Assommoir (voir Cyvoct) attribué aux anarchistes.

Péjot fut l’objet d’un mandat d’arrêt décerné contre lui le 23 octobre et fut arrêté le lendemain lorsqu’il se présenta au bureau du commissaire spécial afin de réclamer les livres de l’administration du journal.

L’inculpation, qui concernait en outre les deux anarchistes Renaud et Joly, reposa sur les chefs suivants :

« 1° de meurtre et d’attentat ayant pour but soit d’exciter la guerre civile en armant ou portant les citoyens ou habitants à s’armer les uns contre les autres soit de porter la dévastation le massacre et le pillage dans une ou plusieurs communes.

2° de complot ayant pour but l’attentat ci dessus qualifié, lequel complot a été suivi d’un acte commis ou commencé pour en préparer l’exécution.

3° Péjot, Renaud et Joly, d’avoir par des discours cris et menaces proférées dans une réunion publique tenue dans la salle de l’Alcazar à Lyon le 22 octobre 1882, et notamment par les propos ci-dessus relatés provoqués directement les auteurs de l’attentat ci-dessus qualifié à commettre ladite action, laquelle provocation a été suivie d’effet.

4° Péjot et Joly, d’outrages à un magistrat de l’ordre administratif dans l’exercice de ses fonctions

5° un inconnu à rechercher de violence et voies de fait envers un magistrat de l’ordre administratif dans l’exercice de ses fonctions.

6° Péjot, Renaud et Joly d’avoir par des discours, cris et menaces proférés dans une réunion publique tenue dans la salle de l’Alcazar à Lyon le 22 octobre 1882, et notamment par les propos ci-dessus relatés, provoqué directement l’auteur des violences et voies de fait ci-dessus qualifiées à commettre ladite action, laquelle provocation a été suivie d’effet.

7° Péjot et Joly, d’avoir par des discours cris et menaces proférés dans une réunion publique tenue dans la salle de l’Alcazar à Lyon le 22 octobre 1882 et notamment par les propos ci-dessus relatés commis une offense au Président de la République ».

À la différence de Renaud et Joly, qui furent condamnés le 6 décembre 1882, Péjot ne le fut pas, sans doute parce que, à la disposition de la justice depuis le 24 octobre, son affaire bascula rapidement vers l’instruction du procès des 66.
Lors des débats, Tressaud lut une déclaration de principes collective à l’audience du 12 janvier dont Péjot fut l’un des signataires. Au cours de son interrogatoire, il accusa Garraud, dit Valadier (voir Garraud) autre inculpé du procès, réfugié en Suisse, d’être un agent que la police avait fait entrer dans les rangs anarchistes. Classé dans la seconde catégorie de prévenus (voir Bordat), il fut condamné le 19 janvier 1883, à trois ans de prison, 500 f d’amende, dix ans de surveillance et dix ans de privation des droits civils, peine réduite le 13 mars 1883, par arrêt de la cour d’appel de Lyon, à deux ans de prison, 300 f d’amende et cinq ans de surveillance et de privation des droits.

Péjot ne reparut qu’en 1895 dans les réunions politiques où il prit parfois la parole.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155945, notice PÉJOT Benoit, Francis [dit Bénédict] [Dictionnaire des anarchistes] par Notice complétée par Laurent Gallet, version mise en ligne le 29 mars 2014, dernière modification le 22 janvier 2019.

Par Notice complétée par Laurent Gallet

SOURCES : Arch. Dép. Rhône 4M307, 4M308, 4M246, 2U433, 2U498 — M. Massard, Histoire du Mouvement anarchiste à Lyon, 1880-1894, DES, Lyon, 1954. — Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la cour d’appel de Lyon, Lyon, 1883.

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