PIETRI Élisabeth [Jeanne, Élise, dite], épouse Hulot [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Née le 23 octobre 1921 à Montpellier (Hérault), morte à Montrouge (Hauts-de-Seine) le 14 août 2003 ; médecin ; résistante (groupes Vény de l’AS) ; communiste puis libertaire.

Elisabeth Pietri
Elisabeth Pietri
Coll. Michel Hulot/Archives d’AL

Le père de Jeanne Pietri, d’origine corse, était médecin dans la marine marchande. Sa mère était d’origine juive russe. Étudiante en médecine, elle avait participé à la Révolution de 1905 et avait dû se réfugier en France. Elle recommença ses études de médecine à Montpellier, où elle rencontra son futur mari. Ils eurent une fille, Jeanne (« Élisabeth » pour la famille et les amis).
Dans l’entre-deux-guerres, les parents d’Élisabeth divorcèrent, et son père confia la jeune fille à sa famille, catholique conservatrice, en Algérie. Elle se politisa en découvrant le sous-développement, le racisme et le colonialisme. Pendant la guerre, elle revint en France où elle retrouva sa mère, et fut interne des hôpitaux de Montpellier.

Son oncle par alliance étant Jean Vincent (colonel Vény dans la Résistance), elle rendit divers services aux « groupes Vény », formations paramilitaires clandestines (Armée secrète) actives dans la zone sud.

Ici, une parenthèse est nécessaire sur l’itinéraire de Jean Vincent. Militaire professionnel, saint-cyrien, le colonel Vincent avait eu avant 1940 un parcours singulier puisqu’il avait demandé sa mise en disponibilité pour se mettre au service de gouvernement républicain de Madrid dès l’automne 1936. Écœuré par l’incurie de l’armée républicaine, il avait ensuite rejoint les Brigades internationales et travaillé avec André Marty. Par la suite, il devait systématiquement défendre Marty des accusations portées contre celui que l’extrême droite avait surnommé le « boucher d’Albacete ». À la Libération, promu général, Jean Vincent fut envoyé en inspection en Indochine. Il dénonça, dans un rapport, la corruption de l’armée française et l’exploitation des indigènes. À son retour, il adhéra clandestinement au PCF. Il écrivit quelques billets anonymes pour L’Humanité, jusqu’à ce que les communistes – sans doute en raison de sa proximité avec André Marty – le « brûlent » en signant un de ses billets de son nom et de son grade. Il fut aussitôt mis aux arrêts et placé en demi-solde. Ce général indiscipliné, abonné au Canard enchaîné et acheteur occasionnel du Libertaire, mourut le 19 avril 1958 à Nice.

À la Libération, Élisabeth Pietri acheva ses études et travailla comme médecin alternativement dans des dispensaires, en sanatorium, dans des écoles, des hôpitaux, etc. Elle fréquenta les milieux artistiques et littéraires progressistes, ainsi que le mouvement libertaire, mais sans y adhérer. Elle rejoignit le PCF où elle fut proche d’André Marty, qu’elle connaissait personnellement par son oncle.
Lors de l’exclusion d’André Marty du PCF, en décembre 1952, Élisabeth Pietri fut exclue à son tour pour l’avoir soutenu. Elle revint alors vers le mouvement libertaire.

Après l’insurrection de la Toussaint 1954, elle milita avec le Mouvement de lutte anticolonialiste, essentiellement animé par la Fédération communiste libertaire (FCL). Elle collabora à l’époque à diverses publications, dont L’Observateur, avec Claude Bourdet. Elle fut également chargée de démarcher discrètement les éditeurs pour le livre qu’André Marty préparait, L’Affaire Marty.

Cette proximité d’Élisabeth Pietri, sympathisante de la FCL, avec André Marty, peut expliquer la connexion FCL-Marty au cours de l’année 1955. L’extrême gauche (PCI comme FCL) soutenait André Marty, en espérant détacher du PCF des militants écœurés par le procès stalinien qui lui était fait. Quant à Marty, il était depuis son exclusion à la recherche d’« un germe d’organisation révolutionnaire loyale ». Il est donc possible qu’Élisabeth Hulot ait joué le rôle de trait d’union entre la FCL et l’ancien dirigeant des Brigades internationales dont, fidèle au récit de son oncle Jean Vincent, elle aura toujours nié les exactions en Espagne (sur ce point, lire André Marty, l’homme, l’affaire, l’archive, Codhos, 2005).

À partir de 1957, elle eut pour compagnon Michel Hulot, un militant actif de la Fédération communiste libertaire. Ils se marièrent le 30 juin 1958.

En 1965, elle s’installa comme médecin généraliste conventionnée à Montrouge. (Hauts-de- Seine). Pendant toute sa carrière et après sa retraite, elle participa à des activités solidaires. Au sein de Médecins du monde, elle assura des consultations pour les sans-logis. Elle rédigea également la rubrique médicale de Vie nouvelle, périodique des retraités-CGT. En 1989, elle dirigea la publication de La Médecine malgré elle, un témoignage sévère sur l’idéologie médicale française.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155949, notice PIETRI Élisabeth [Jeanne, Élise, dite], épouse Hulot [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 29 mars 2014, dernière modification le 5 avril 2018.

Par Guillaume Davranche

Elisabeth Pietri
Elisabeth Pietri
Coll. Michel Hulot/Archives d’AL

ŒUVRE : Élisabeth Hulot-Pietri (sous la dir.), La Médecine malgré elle. Témoignage sur l’idéologie médicale française, L’Harmattan, 1989.

SOURCE : Témoignage de Michel Hulot.

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