GARCIA ABADILLO Patricia, Hyacinthe [Dictionnaire des anarchistes]

Par Elisabeth Claude, Hélène Hernandez

Née le 10 janvier 1954 à Paris (10e arr.) ; syndicaliste, féministe et anarchiste.

Patricia Garcia est née d’un père militant à la CNT, ouvrier espagnol, et d’une mère féministe, blanchisseuse française. Son père, Juan Garcia-Abadillo (né en 1914 à La Solana, Espagne, mort en 2006 à Paris), travailla dès l’âge de 7 ans comme ouvrier agricole. Il fut emprisonné en 1934 pour son activité syndicale.

En 1936, il fut dénoncé : il fuit son village et vécut dans la clandestinité à Barcelone. Il milita avec Durruti, participa à des actions pour financer le mouvement puis passa les Pyrénées et travailla chez Beghin-Say en Normandie. Là, il fut moqué par des ouvriers polonais catholiques car Juan ne faisait pas sa prière. C’était en tant que livreur en triporteur, à Paris, qu’il rencontra Rose Ambroise (née en 1915 à Saint-Denis, morte en 1972 Paris). Ils se marièrent en 1953. Il était alors ouvrier chez Chausson, à Asnières. Rose, elle, venait d’une famille communiste et n’était pas baptisée. Elle a conduit sa vie de manière féministe en voulant son autonomie financière et en supportant mal l’autorité.

Après avoir obtenu un baccalauréat technique puis un BTS au CNAM, Patricia Garcia devint comptable. De 1973 à 1980, elle travailla chez Wonder, à Saint-Ouen. Syndiquée à la CFDT, assidue dans les grèves, elle subit une forte répression, ses affaires furent déménagées, son salaire ne progressa pas. Elue au comité d’entreprise, elle milita aussi au syndicat CFDT 93 de la Métallurgie, à l’union locale CFDT de Saint-Ouen, et à la commission femmes de l’Union parisienne des syndicats CFDT de la Métallurgie.

Elle participa à un groupe femmes contre les jouets sexistes, au BHV de la rue de Flandres à Paris et se fit traiter avec ses camarades de « mal baisée ». Lors de la lutte du Parisien libéré, elle fit partie des groupes militants qui retiraient les journaux des kiosques et les déchiraient. Elle participa à la lutte chez Chaix (imprimeur des horaires SNCF) et aux grandes manifestations : Lip en 1973, les sidérurgistes en 1979, à quelques semaines de son accouchement.

Lorsque l’occasion se présenta, elle refusa le poste de permanente syndicale. Patricia Garcia quitta le navire quand se profilaient les licenciements, sous l’ère Tapie.

En 1981, elle entra dans une petite entreprise du secteur social, la TVAS-Paris 17e où elle occupa un poste de secrétaire comptable. Elle intégra le syndicat de l’Action sociale CFDT et y fut très vite une des plus actives. Elle participa à la grande lutte menée pour la mise en place de la convention collective « Aides à domicile » en 1983. Elle représenta le syndicat à l’UD-CFDT et assura des formations syndicales.

En 1988-1989, elle fit partie des « moutons noirs » : le syndicat fut mis sous tutelle par la fédération, et ses militants rejoignirent le CRC Santé-Sociaux avec les exclus des syndicats santé et sociaux CFDT. Le départ fut long à se décider – six mois –, et cela entraîna une hémorragie d’adhérents. Pour Patricia Garcia, ce fut une erreur politique d’attendre si longtemps. Le syndicat devint peu après syndicat social-santé privée CRC. Durant cette période, avec un autre militant du syndicat, Maurice Aubry, et afin de ne pas perdre les liens interprofessionnels, elle assura la représentation du CRC au Groupe des Dix (future Union syndicale Solidaires).

A la constitution de la fédération SUD santé-sociaux, le mandat lui fut retiré par la « tendance » trotskyste de SUD. Pour son syndicat, elle assura le poste de trésorière et la représentation par un mandat tournant à la fédération. Elle fut conseillère prud’homale à partir de 2002 sur Paris.

Elle continua de participer à toutes les luttes de la convention collective 1966 (secteur social), des aides à domicile, des travailleuses familiales mais aussi de tous les travailleurs précaires, les sans-voix, afin qu’ils aient un espace de parole malgré l’hégémonie des infirmières dans la fédération. En septembre 2010, elle accepta le mandat de permanente fédérale à mi-temps.

Sur le plan politique, Patricia Garcia a commença à militer vers 1971 au groupe Louise Michel de la Fédération anarchiste, où elle rencontra Suzy Chevet* et Maurice Joyeux* qui lui proposèrent de faire le ménage et de plier le journal (Le Monde libertaire). Elle vécut avec Jacques Leleu de 1974 à 1981, avec qui elle eut deux filles jumelles, Sandra et Vanessa.

Jacques milita avec Patricia à la Fédération anarchiste, puis à l’ORA (très peu de temps), à la CFDT et à l’Alliance syndicaliste. Elle n’eut pas d’autres engagements politiques, car moins disponible après la naissance des jumelles en 1979. Elle maintint en revanche son activité syndicale. Durant la scolarité de ses filles, elle fut investie dans la FCPE : présidente de la section Balzac à Paris.

A partir de 1984, elle vécut avec Alain Bonnet qui était éducateur, militant à la CGT, à la CFDT puis à SUD santé-sociaux, sans engagement politique affiché, mais abstentionniste.

Ayant toujours milité en région parisienne, Patricia Garcia habita à Paris 19e, puis Paris 17e.

Elle contribua à la presse syndicale SUD par des articles, elle participa à des émissions comme « Chroniques syndicales » sur Radio libertaire, radio qu’elle a soutenue à partir de 1995.

Quant à la place qu’a tenu son père militant dans son engagement, elle en disait, en 2011 : « Cela fait tellement partie de mon quotidien, ça ne peut pas en être autrement. Ce n’est pas un fardeau héréditaire. Le rêve de mon père : que je sois institutrice ou professeur et mère de famille. » Elle ajoutait : « Mon militantisme m’a permis de m’affranchir de mon père. » Au début, il ne la prenait pas au sérieux et ne l’a pas encouragée. Il œuvrait beaucoup pour la transmission de savoirs afin de permettre une ascension sociale. Patricia, elle, aimait la tradition ouvrière.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article156050, notice GARCIA ABADILLO Patricia, Hyacinthe [Dictionnaire des anarchistes] par Elisabeth Claude, Hélène Hernandez, version mise en ligne le 22 mars 2014, dernière modification le 5 décembre 2016.

Par Elisabeth Claude, Hélène Hernandez

SOURCES : témoignage direct, 2011.

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