GUILLOT René (GUILLOT Gaston, René) [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier. Notice complétée par Rolf Dupuy

Né le 22 décembre 1914 à Montigny (Cher), mort le 29 janvier 1975 à Malakoff (Hauts-de-Seine) ; maçon, militant dans diverses organisations anarchistes dans le Cher et à Saint-Étienne, individualiste, pacifiste, espérantiste.

Fils d’un marchand de tissus ambulant installé à Azy (Cher), René Guillot s’était abonné dès l’âge de 15 ans à plusieurs organes libertaires dont Le Libertaire, Le Semeur et L’En-Dehors. Lors de l’incendie du Reichstag en février 1933, il fit une grande propagande dans la région en faveur de Marinus Van der Lubbe accusé d’en être l’auteur et qui fut exécuté par les nazis. En avril 1934 Guillot correspondit avec plusieurs objecteurs de conscience emprisonnés à Fresnes et ne se présenta pas au cours de l’année au conseil de révision. Il effectua toutefois son service à Nancy en 1937. Selon la police il était « réputé intelligent et continuait de s’instruire en lisant beaucoup… étudiant l’espéranto ».
Il s’installa ensuite en 1938 à Saint-Etienne où il travailait comme maçon et était le trésorier du groupe local de la Fédération anarchiste de langue française (FAF), qui selon la police comptait de 60 à 80 membres et appartenait au cercle de l’Entraide. A la demande de Voline avec qui il était en relations, il collabora alors au journal Terre Libre (Nîmes, 1937-38, Paris, 1939) de A. Prudhommeaux*, où il fit paraître son premier article sur le néo malthusianisme. En avril il fut arrêté en possession d’ouvrages d’horlogerie (métier qu’il était en train d’apprendre) par la police qui notait toutefois que « les papiers trouvés sur Guillot ne [font] pas apparaître celui-ci comme un terroriste ». A la même époque il effectua trois jours de prison préventive pour « complicité » avec deux compagnons ayant participé à un hold-up et fut une nouvelle fois arrêté avec Emery de Lyon pour sa participation à la propagande pacifiste. Lors des perquisitions effectuées à son domicile la police avait saisi une correpondance avec Voline et avec le militant de Nîmes H. Bene*.
A la fin de la guerre d’Espagne, Guillot participa activement au soutien des compagnons réfugiés ou de passage. Jusqu’au déclenchement de la seconde guerre mondiale, il entretint une importante correspondance en espéranto en Norvège, au Japon et même en URSS où à Odessa il était en relations avec un professeur « très communiste » au sujet duquel il écrivit plus tard : « Je peux dire que sous Staline, j’ai pu, en esperanto, correspondre très librement et critiquer en toute volonté le régime soviétique et l’armée rouge. Les lettres, par bateau, mettaient un mois pour parvenir, mais je me suis toujours aperçu et étonné que ce camarade répondait point par point à toutes mes questions. Ce qui prouve que, durant trous ou quatre ans, jusqu’à la guerre, notre correspondance ne fut jamais interceptée ».

Après la guerre René Guillot, qui habitait 10 rue de la Résistance, était membre du groupe Sébastien Faure de la Fédération anarchiste et collaborait à plusieurs titres de la presse libertaire dont Ce Qu’il Faut Dire (Paris, 60 numéros de décembre 1944 à novembre 1948) de Louis Louvet* et Simonne Larcher*. En 1949 il était le délégué à la propagande au bureau de la 8è région de la FA. Lors de la prise de contrôle de la FA, devenue FCL, par Georges Fontenis*, il collabora au regroupement de militants qui allaient récréer une nouvelle Fédération anarchiste et éditaient le bulletin L’Entente Anarchiste (Le Mans, 5 numéros d’octobre 1952 à février 1953). Il participa au congrès de refondation de la Fédération anarchiste les 25-27 décembre 1953 salle Marcadet à Paris. A l’automne 1952 il fut membre avec entre autres P. V. Berthier* du Centre de recherches philosociales qui chaque samedi organisait des débats à la salle des sociétés savantes.

René Guillot était dans les années 1950 membre de l’Union Syndicale des travailleurs anarchistes (USTA), un regroupement formé autour, entre autres, de Fernand Robert*, Jean Perrin* et R. Beaulaton* et qui deviendra par la suite l’Alliance Ouvrière Anarchiste (AOA). Il collaborait à cette époque à L’Anarchie (Paris, 5 numéros de janvier à juin 1954) organe de l’USTA et au Rail Enchaîné (Paris, 11 numéros d’avril 1953 à juin 1954).

Pendant la guerre froide et à propos du stalinisme, il écrivait dans Contre Courant (19 janvier 1953) : "...individualiste anarchiste... prenant surtout la nette conscience de ne pouvoir que très peu agir en dehors du "moi" strictement personnel, je suis tenu à considérer le communisme étatique comme le plus grand adversaire de la liberté individuelle... l’individualiste ne légitime l’autorité d’aucun État ouvrier ou politique. Avec sagesse, spectateur ou acteur contraint, l’individualiste choisit le moindre mal et, objectivement, situe aujourd’hui le stalinisme comme l’ennemi n°1 de sa liberté propre".
Dans les années 1960-70, il collaborait et souscrivait régulièrement au Monde Libertaire, organe de la FA, et collaborait entre autres aux Cahiers individualistes Ego (Marseille, 12 numéros de juin 1968 à 1er trimestre 1971) édités par Pierre Jouventin* ainsi qu’à L’Homme Libre (Saint-Étienne, n°1, octobre 1960) édité par Marcel Renoulet*, qui au cours des années 1980 versera dans le négationnisme. En 1964 il avait été l’un des éditeurs du livre E. Armand, sa vie, sa pensée, son œuvre.

René Guillot est décédé à Malakoff le 29 janvier 1975.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article156073, notice GUILLOT René (GUILLOT Gaston, René) [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Claude Pennetier. Notice complétée par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 18 mars 2014, dernière modification le 26 mai 2018.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier. Notice complétée par Rolf Dupuy

SOURCES : Arch. Dép. Cher, 25M137 – Arch. Dép. Gard, 1M 750. — Autobiographie manuscrite. — Notice par J. Maitron et Claude Pennetier, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, op. cit. – R. Bianco, Un siècle de presse, op. cit. — Terre Libre, année 1937. — APpo BA 1899, rapport du 20 mars 1941. — Contre Courant, année 1952 — Cahiers de amis de Han Ryner, 1er trimestre 1979.

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