LECHAPT Émile [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean-Luc Pinol, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Né le 19 février 1885 à Paris (XVe arr.) ; scieur de pierre tendre ; anarcho-syndicaliste.

Fils d’une journalière et d’un scieur de pierres, Émile Lechapt adhéra au syndicat CGT des scieurs de pierre tendre de la Seine au début des années 1900.

En mai 1912, il était membre du comité intersyndical du Bâtiment de la Seine, et fut impliqué dans la « 2e affaire du Sou du soldat » (voir Jean-Louis Thuillier). Aux assises de la Seine, il fut condamné le 26 novembre à trois mois d’emprisonnement et 100 francs d’amende.

Il fut délégué des scieurs de pierre tendre de la Seine aux congrès de la Fédération du Bâtiment en 1912 et 1914.
Au moment de la déclaration de guerre, il était membre de la commission de contrôle de la Fédération du Bâtiment et fut mobilisé au 3e Bataillon de chasseurs à pied. En février 1915 il se maria dans le Finistère avec Élisa, Louise Huelgot qui était sa compagne depuis 1905 et dont il avait une fille, Odette, née en 1905 à Paris Ve.

Du 15 au 21 septembre 1919, il fut délégué (minoritaire) au congrès confédéral CGT de Lyon. Il fut, à l’époque, un des artisans de la reconquête de la Fédération du Bâtiment par les révolutionnaires. Durant la vague de grèves de mai 1920, il fit partie de l’équipe de propagandistes envoyée en province par la Fédération du Bâtiment pour épauler les syndicats dans la lutte.
Lors du conseil national fédéral du 23 juillet 1921, Émile Lechapt fut élu à la commission de contrôle de la Fédération du Bâtiment, où les révolutionnaires venaient de reprendre la majorité.

Après la scission confédérale, la Fédération du Bâtiment fut le bastion anarcho-syndicaliste au sein de la CGTU. À son IXe congrès, à Paris, du 4 au 7 juillet 1923, Lechapt fut délégué de plusieurs syndicats parisiens (graveurs, peintres, granitiers), et signa avec Blois et Hubert la motion déposée par Lucien Charbonneau* qui dénonçait la « pénétration occulte » du PCF dans la CGTU. Au cours de ce congrès il fut le seul, avec Liger, à se prononcer contre l’absorption des sections techniques par les syndicats d’industrie. Ce congrès vit l’éviction des communistes du bureau fédéral, et Émile Lechapt fut réélu à la commission exécutive de la fédération.

La Fédération du Bâtiment quitta officiellement la CGTU le 31 octobre 1924. Émile Lechapt vivait alors à Carrières-sur-Seine (Seine-et-Oise, Yvelines).

À son Xe congrès, à Lyon, du 18 au 20 juin 1925, la Fédération du Bâtiment eut à choisir entre le maintien dans l’autonomie et l’intégration dans la CGT. Certains délégués demandèrent à ce qu’on entende le délégué que la CGT avait envoyé au congrès. Lechapt, délégué du syndicat du Bâtiment de Vaires-sur-Marne, s’y opposa, et proposa avec succès que le congrès passe à l’ordre du jour. Le délégué de la CGT ne fut pas entendu. Lechapt s’opposa ensuite à la motion Le Pen qui préconisait l’entrée à la CGT : « On a dit qu’en rentrant Rue Lafayette on allait rénover le syndicalisme, exposa-t-il, quelle illusion ! Nous avons été trop victimes des politiciens verbeux pour tomber une deuxième fois sous leur domination. » À la fin du congrès, le résultat du vote fut extrêmement serré (voir Julien Le Pen) : 30 voix pour l’autonomie, et 29 voix pour l’intégration dans la CGT. Les minoritaires contestèrent le mandat de Lechapt, mais celui-ci fut finalement validé, ce qui donna une voix d’avance à l’autonomie. Au terme du congrès, il fut réélu à la commission exécutive.

À partir de 1928, Lechapt fut membre de la CGT-SR et appartenait à la section des plâtriers du Syndicat unique du bâtiment (SUB). Collaborateur du Combat syndicaliste, il fut délégué en novembre 1934 au Ve congrès de la CGT-SR à Paris. Il était toujours militant CGT-SR en 1936 et collaborait au journal Le Travailleur du Bâtiment.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article156095, notice LECHAPT Émile [Dictionnaire des anarchistes] par Jean-Luc Pinol, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy, version mise en ligne le 17 mars 2014, dernière modification le 17 mars 2014.

Par Jean-Luc Pinol, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

SOURCES : État civil de Paris XVe arr. et de Saint-Pierre-Quilbignon. — Arch. Nat. F7/13647 et F7/13653. — Arch. Dép. Seine, listes électorales et nominatives — L’Humanité du 26 novembre 1912. — Comptes rendus des congrès de la Fédération du Bâtiment de 1921, 1923 et 1925. — Le Travailleur du Bâtiment, mars 1924. — Le Travailleur du bâtiment, mai 1936 — Samuel Jospin, La CGT-SR à travers son journal Le Combat syndicaliste, 1926-1927, mémoire de maîtrise, université Paris-I, 1974. — René Bianco, Un siècle de presse, op. cit. — Boris Ratel, L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment en France entre 1919 et 1939, mémoire de maîtrise d’histoire sociale, université Paris-I, 2000.

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