PIOGER Louise, Henriette [dite Louise Quitrime] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Marianne Enckell

Née le 29 juin 1848 à Mézières-sous-Ballon (Sarthe) ; giletière ; chansonnière anarchiste à Paris.

Louise Pioger, 1894,
Louise Pioger, 1894,
Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Veuve depuis 1884 d’Alphonse Lefèvre, avec lequel elle s’était mariée le 7 janvier 1868, Louise Pioger vivaitt maritalement avec Louis Duprat.
Elle publia vers 1889, sous le nom de « Louise Quitrime » (souvent orthographié Quitrine), un petit recueil de Rondes pour récréations enfantines. Fernand Planche a attribué ce recueil à Louise Michel, sans raison. Une chanson se chante sur l’air de La Carmagnole, une autre dit :

« Maintenant que nous savons / Que les rich’s sont des larrons

Si notre pèr’ notre mère / N’en peuvent purger la terre

Nous quand nous aurons grandi / Nous en ferons du hachis. »

Louise Pioger était membre du groupe Réveil de la femme à Paris. Elle avait deux filles dont l’une était mariée avec Morel qui fut arrêté en même temps qu’elle et l’autre avec Leballeur, demeurant 96 bld Magenta, qui fut arrêté début mars 1894.
En 1893, Duprat et Louise ouvrirent un cabaret, 11 rue Ramey à Paris 18e, fréquenté par nombre d’anarchistes et étroitement surveillé par la police. Ils durent s’exiler un temps à Londres. Elle rentra de Londres le 5 mars 1894, un an avant son compagnon, avec la fille de Duprat, Péronne Pellaz, et Auguste Bordes, le jeune fils de Guillaume Bordes, que Duprat avait chargé de reprendre son cabaret,
Le fonds de commerce fut vendu, mais continua d’être fréquenté par les anarchistes. Le 7 mars 1894, à dix heures du soir, la brigade de recherches de la Préfecture de police, sous les ordres de M. Fédée, assisté d’une quarantaine d’agents fit irruption dans l’établissement. Selon le journal La Justice, « ils se précipitèrent sur les consommateurs, et sans autre forme de procès, commencèrent à frapper à coups de poings et à coups de canne ; ne sachant au juste à qui ils avaient affaire, les gens attablés cherchaient à se défendre. La lutte dura près d’une demi-heure . Enfin les tables cassées, les verres brisés, les consommateurs à moitié assommés, la police resta maîtresse du champ de bataille. Dix-sept personnes, dont trois femmes (parmi elles, Louise Pioger), aussitôt arrêtés, furent conduites au poste de la mairie du 18e arrondissement, où M. Fédée a passé une partie de la nuit à les interroger ». Parmi les arrêtés se trouvait également Auguste Bordes, serveur du restaurant.
Louise Pioger déclara lors de son interrogatoire : « l’anarchie ferait le bonheur de tout le monde, attendu que si elle était réalisée, il n’y aurait plus de malheureux et de déshérités » et que c’est parce qu’elle « croit dans l’espoir de voir arriver cette ère de bonheur général, que je me dis anarchiste ». « C’est par la persuasion que Duprat par exemple est arrivé à me faire apprécier les théories anarchistes et c’est ainsi que j’estime qu’il y a possibilité de les faire apprécier par tout le monde ».
Louise Pioger fut emprisonnée à Saint Lazare le 9 mars 1894 et mise en liberté provisoire le 2 mai. Le 25 juin 1895, le juge d’instruction Meyer délivra une ordonnance de non lieu, concernant l’inculpation d’association de malfaiteurs.

« Louise Quitrime » aurait aussi publié des pièces de théâtre comme Les Communardes, épisode de la Semaine sanglante.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article156126, notice PIOGER Louise, Henriette [dite Louise Quitrime] [Dictionnaire des anarchistes] par Marianne Enckell, version mise en ligne le 9 mars 2014, dernière modification le 13 février 2020.

Par Marianne Enckell

Louise Pioger, 1894,
Louise Pioger, 1894,
Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

ŒUVRE : Rondes pour récréations enfantines, Librairie du Père peinard, s.d., 14 p. (un exemplaire à l’IISG Amsterdam).

SOURCES : Arch. de Paris D.3 U6 carton 50 — Caroline Granier, Les briseurs de formules, Ressouvenance, 2008 — Gaetano Manfredonia, La Chanson anarchiste en France des origines à 1914, L’Harmattan, 1997 — Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie, Savine, 1892 — Félix Dubois, Le Péril anarchiste, Flammarion, 1894 – Le Gaulois, La Croix, Le Figaro, 8 mars 1894, La Justice, 8 et 9 mars 1894 (Gallica) – Etat-civil — Album Bertillon, 1894 – notes de Dominique Petit et de Christel Rousseau.

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