BREGLIANO Luca [Dictionnaire des anarchistes]

Par Françoise Morel Fontanelli et Rolf Dupuy

Né le 6 octobre 1901 à Ospedaletti (Ligurie, Italie), mort à Marseille en 1967 ou 1968 ; horticulteur, journalier ; anarchiste.

Luca Bregliano
Luca Bregliano
AD Bouches-du-Rhône

Fils de Luigi Bregliano et de Margherita Curti, il arriva à Marseille en 1921. Marié à Pierrina Villino dont il était séparé, il était père de trois enfants. Il fut réformé au service militaire. En 1923, il demeurait 16, rue de Milly et était journalier à l’Huilerie Magnan à Arenc. Dans la seconde moitié des années 30, il demeura également 59, Avenue de Siegfried à la Cité des Chartreux (5° arr) de Marseille.
Déjà actif en 1923, c’est lui qui proposa, sans succès, aux manifestants venus protester contre l’emprisonnement de Sacco et Vanzetti de se rendre devant le consulat des États-Unis. À partir de 1929, il écrivait pour Il Monito, pour Fede en 1930, Lotta Anarchica en 1932, Lotte Sociali en 1933, Nella Mischia en 1934, Le Combat Syndicaliste en 1937 et Volontà en 1967. En 1929, dans les colonnes de Il Monito, il s’opposa violemment à Paolo Schicchi et à la polémique injurieuse qu’il menait contre de nombreux compagnons dans le journal La Diana.

Fiché au Casellario Politico Centrale, il fut inscrit au bulletin des recherches italien comme « anarchiste dangereux à arrêter ».

Bregliano se frotta aux différentes composantes de l’antifascisme et travailla au sein du Comité mixte d’agitation de Marseille avec les républicains, les giellistes, les socialistes réformistes et les maximalistes. En décembre 1932, il adhéra au comité Pro Perseguitati Cociancich créé pour venir en aide à Pietro Cociancich et en fut l’un des plus ardents défenseurs. Le 29 janvier 1933, il rendit hommage à Sbardellotto et à Schirru lors d’une conférence d’Emilio Lussu sur la Révolution italienne. En 1934, il était membre du groupe Aurora, adhérent de la Fédération Anarchiste du Sud. Le 20 janvier 1934, il invita Carlo Rosselli, venu pour une conférence à Marseille, à adopter des méthodes plus efficaces contre le fascisme. Il fut semble t-il assesseur de Casanova à la CGT-SR.

Il fut par ailleurs très proche de la Fédération Anarchiste Ibérique. En novembre 1934, il figurait sur la liste des suspects terroristes (Etat 763). Il fut inscrit au carnet B en 1935, la même année il fut présent pour l’inauguration de l’Université Prolétaire de Marseille. Le 20 janvier 1935, il assista à la conférence de Silvio Trentin sur « Il crepusculo del diritto e dello stato borghese », conférence durant laquelle des tracts affirmant la nécessité de la constitution des conseils de fabrique furent distribués, des tracts vraisemblablement imprimés par Bregliano et Giulio Bacconi. En 1936, il fut un des cinquante membres de l’Athénée Libertaire, animé par Joseph Gleize*. Le 1er mai 1936, il défila avec d’autres libertaires italiens dans le cortège du Front Populaire derrière le drapeau noir porté par la fille d’Ercolino Bardini. Il présida le meeting du 4 octobre 1936 organisé à la Bourse du Travail sur la guerre civile espagnole. Le 11 avril 1937, lors du premier Congrès régional des groupes anarchistes italiens des Bouches-du-Rhône, du Var et du Sud, il intervint en faveur de Fancella en tant que délégué du comité de Défense Sociale. Il fut membre du comité de Défense de la République Espagnole et prit part à la récolte de vivres et de médicaments pour l’Espagne. Figurant sur la deuxième liste des individus suspects de terrorisme du 16 avril 1937, il aurait été expulsé le 2 septembre 1937. En 1938, il fut inscrit sur le registre des anarchistes qui aux termes des instructions ministérielles du 5 avril 1935 prévoyait la tenue d’une liste des anarchistes en résidence dans le département.

À partir de 1936, il fut avec Jacques Casanova l’un des principaux animateurs de la Fédération Anarchiste Provençale. Au sein du groupement, les positions de l’Union Anarchiste furent vivement combattus et son orthodoxie lui fut reprochée ; le groupe Germinal de Schiano, proche de l’Union Anarchiste, quitta la Fédération Anarchiste Provençale en novembre 1937. En effet, Bregliano et la FAP avaient une conception communiste libertaire tout en repoussant le marxisme et adhéraient à la conception fédéraliste de Proudhon et de Bakounine. Lors d’une réunion en janvier 1939, chaque camarade proposa d’acheter un terrain pour le cultiver et ainsi fonder de nombreuses colonies agricoles en supprimant par ce moyen "l’exploitation de l’homme par l’homme". Partisans du malthusianisme, ils n’en acceptaient pas pour autant la stérilisation préconisée alors par Aristide Lapeyre.
D’après le témoignage de Martial Desmoulins, "Bregliano a été critiqué surtout par ses compatriotes qui ne l’aimaient pas car il mettait souvent les pieds dans le plat (...). Bregliano était un homme d’action, un garçon très courageux, même téméraire. Il a toujours répondu présent pour des besognes très dangereuses pendant la révolution espagnole…"

Resté en France grâce à une série de brefs permis de séjour, début 1939, il fréquentait Stefano Romiti à peine rentré d’Espagne. Le 14 février 1939, il fut astreint à la résidence en Arles après s’être livré à une rébellion contre agent à Marseille. Rentré illégalement à Marseille, en novembre 1939, il fut incarcéré à la prison Saint-Pierre sous le numéro d’écrou 5778 et purgea une peine de 6 mois pour infraction à arrêté d’expulsion.

Après-guerre, il resta en France et fut membre de la Fédération Anarchiste. Avec Pedro Sayas et Martial Desmoulins, il fut l’un des organisateurs de la CNTF et fut membre de sa 19° Union Régionale. Trésorier, dans un premier temps, il en devint le secrétaire en 1952. Les 19 et 23 juillet 1953, il participa avec Renée Lamberet comme délégué de la CNTF au 8° Congrès de l’AIT tenu à Puteaux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article156329, notice BREGLIANO Luca [Dictionnaire des anarchistes] par Françoise Morel Fontanelli et Rolf Dupuy, version mise en ligne le 4 mars 2014, dernière modification le 14 mai 2020.

Par Françoise Morel Fontanelli et Rolf Dupuy

Luca Bregliano
Luca Bregliano
AD Bouches-du-Rhône

ŒUVRE : « Assiomi », Nella Mischia, n°2, années 30—« Anno nuovo, vita nuova », Lotta Anarchica, n°21, 17/01/1932, « Dal taccuino d’un vagabondo », Lotta Anarchica, n°26, 6/08/1932, « Riflessioni d’attualità », Lotta Anarchica, n°34, 20/08/1933—« Saggio », Il Risveglio Anarchico, n°932, 2/09/1935, « Nella strada »’, Il Risveglio Anarchico, n°934, 19/10/1935—"L’essere e la sessualità", Volontà, juin 1967.

SOURCES : Arch. Dép. (13) 1 M 805 rapports du 23/11/1936, du 31/07/1937, du 11/01/1939, 1 M 926 rapport du 3/05/1923, 4 M 2023, 4 M 2366, 4 M 2423, 4 M 2425 rapport n°3259 du 8/06/1937, 2 Y 1136—Arch. Dép. (30) 1 M 757 Menées terroristes — Arch. Nat. Fontainebleau 19940500 art. 241 rapport n°381 du 11/01/1939— Il Risveglio Anarchico, n°968, 12/03/1937, n°973, 15/05/1937— Le Combat Syndicaliste, 13/08/1937—"Souvenirs ou la fin d’une vie" de Martial Desmoulins", Bulletin du CIRA, Marseille n°19-20, 20/05/1983—Anne et Henri Dalgon, Le Mazet du Raïol ou une symphonie dans la tourmente, éditions Lacour, Nîmes, 1988—Morel Françoise, Le mouvement anarchiste marseillais entre les deux-guerres, maîtrise, Aix-Marseille I, 1997— Fontanelli Morel Françoise, « I comitati Pro Vittime Politiche d’Italia » à Marseille dans l’entre-deux-guerres. Histoire d’une organisation anarchiste en exil, Master II, Aix-Marseille I, 2011.

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