BARBÉ Raymond, Jean, Léon dit Cauquil

Par Jean Sagnes, Claude Pennetier

Né le 6 novembre 1911 à Auch (Gers), mort le 9 décembre 2008 à Auch (Gard) ; professeur d’école primaire supérieure ; dirigeant communiste de la Seine-Inférieure [Seine-Maritime] et de l’Hérault ; responsable de la section coloniale du PCF d’août 1945 au début 1950, puis membre de la section économique du PCF ; président du groupe communiste de l’Assemblée de l’Union française.

Petit-fils d’un cultivateur, fils de Louis Barbé, employé de chemin de fer à la Compagnie du Midi (aiguilleur, il fut secrétaire puis trésorier du syndicat des cheminots d’Auch et sympathisant du Parti communiste), et de Thérèse Abadie, sans profession, Raymond Barbé, fut élève du cours complémentaire à Auch 1923-1927élève à l’École normale d’instituteurs d’Auch (1927-1930), de Toulouse (1930-1931), puis à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, de 1931 à 1933. Il adhéra au PCF en janvier 1932, à l’ENS où il milita dans les organisations révolutionnaires d’étudiants. Il fut nommé professeur à l’école primaire supérieure de Rouen à la rentrée scolaire 1933.avoir participé en décembre 1933 à une école de militants de l’enseignement faite par l’Université ouvrière. Il y demeura une année durant laquelle il fut secrétaire régional du Mouvement Amsterdam-Pleyel et secrétaire du Cartel unitaire des fonctionnaires. Ce fut la seule période de sa vie militante où sa participation à l’activité syndicale dépassa le cadre d’une section syndicale de base. En février-mars 1934, il devint membre du bureau régional du Parti communiste pour la Basse-Seine (Eure et Seine-Inférieure). D’octobre 1934 à janvier 1935 il fut déplacé d’office à trois reprises pour son activité contre la guerre : de Rouen à Albert (Somme) où se trouvaient les usines d’aviation Potez, d’Albert à Verdun (Meuse), important centre de garnison où il fut secrétaire de rayon, de Verdun à Saint-Pons (Hérault). Il fut professeur à l’école primaire supérieure (EPS) de Saint-Pons de février 1935 à avril 1940. Il résidait alors à Béziers où il se maria le 31 août août 1935 avec Églantine Peyrottes, sténodactylo, la fille de Louis Peyrottes* ; elle-même fut trésorière du rayon de Béziers et membre du bureau régional des JC jusqu’à la naissance de sa fille en août 1936 ; sympathisante, elle aida les militants communistes en dactylographiant des tracts.

Dès son arrivée dans l’Hérault, Raymond Barbé déploya une très grande activité politique. Il fut élu au bureau régional chargé des jeunesses et au secrétaire régional du PCF pour la région Aude-Hérault lors de la conférence régionale de novembre 1935. Au moment de la séparation de la région communiste en deux, correspondant à chaque département, en décembre 1938, il devint membre du secrétariat de la région de l’Hérault. Il assumait en fait les responsabilités de secrétaire à l’organisation et d’administrateur du Travailleur du Languedoc. À partir de décembre 1938, il fut trésorier régional. C’était aussi un actif propagandiste, de caractère énergique, qui donna des réunions dans de multiples localités. En octobre 1937, il avait été candidat aux élections cantonales à Saint-Pons. Il avait été « délégué auditif » à à la conférence national de janvier 1937, il fut délégué au congrès d’Arles (décembre 1937). Il était membre du syndicat national des personnels d’EPS en 1938

Dans son autobiographie rédigée pour la commission des cadres le 10 septembre 1938, il consacra une vingtaine de lignes au trotskysme, rappelant qu’il avait été un camarade d’École normale de Maurice Nadaud* en 1932-1933. Mais, en Seine-Inférieure, il avait combattu Michel Collinet* et Colette Audry puis dans l’Hérault l’instituteur Marcel Valière*. Il écrivait : « Je considère que le trotskisme ne saurait plus être traité comme un courant idéologique dans la classe ouvrière. Les procès de Moscou, les événements d’Espagne et leur attitude en France montre qu’ils ne sont plus qu’un bloc de provocateurs, d’ennemis sans principe du Parti. » Il se présentait comme un actif propagandiste ayant recruté pur le PCF un membre à Saint-Cloud, une quarantaine à Pont-Audemer (Eure), trois ou quatre membres de l’enseignement en Seine-Inférieure, cinq à Verdun, avant de constituer de nombreuses cellules dans l’Hérault. Il était un lecteur assidu des œuvres de Marx, Engels, Lénine et Staline.

Exempté de service militaire, Raymond Barbé ne partit pas aux armées en août 1939. De cette date à avril 1940, il dirigea le PC dans l’Aude et l’Hérault avec son frère Gilbert Barbé. Malgré son exemption, il fut alors mobilisé et cette « mobilisation » signifiait en fait, en raison de son affectation dans les compagnies spéciales, l’internement dans un camp surveillé. Aussi s’évada-t-il le 6 juin 1940 et entra-t-il dans la clandestinité. Il fut rapidement désigné comme responsable régional du PC à Marseille. Mais le 19 octobre 1940, il était arrêté dans cette même ville sur filature. Il refusa de fournir tous renseignements sur son activité ainsi que sur son identité véritable, mais il revendiqua devant le tribunal militaire sa qualité de communiste. Il fut jugé avec 91 autres inculpés, du 28 avril au 2 mai 1941. Condamné à cinq ans de prison, il fut transféré à Saint-Étienne (Loire). Après deux tentatives infructueuses, il put s’évader le 26 septembre 1943 avec quarante autres détenus. Le PC l’envoya alors dans les FTPF où il devint, en février 1944, commissaire technique adjoint du comité militaire de la zone Sud. Après les arrestations qui décimèrent ce comité en mai 1944, il prit le maquis, avec d’autres rescapés, dans la vallée de l’Azergues, à 25 km au nord-ouest de Lyon. Il devint bientôt le responsable des maquis de cette vallée. Commandant le 3e bataillon du régiment La Marseillaise, il participa, à partir du 25 août, aux combats qui libérèrent l’agglomération lyonnaise : son bataillon tenait le centre routier et ferroviaire d’Oullins, au sud-ouest de Lyon. Il fut grièvement blessé le 29 août et reçut la Croix de guerre et la Légion d’honneur. À sa sortie de l’hôpital, il fut affecté au 4e bureau de l’État-Major de la 14e région militaire à Lyon, jusqu’à sa démobilisation en juin 1945. Il avait alors le grade de commandant. À partir du mois d’août 1945 et jusqu’au début de 1950, il fut responsable de la section coloniale du Parti communiste et participa à la direction de plusieurs Écoles centrales, pour militants coloniaux. Du congrès de Strasbourg (juin 1947), au congrès de Gennevilliers (juin 1950), il siégea au comité central. Il se souvient d’être intervenu à la commission politique de ce dernier congrès en faisant une remarque très vive sur l’insuffisance d’aide de Marty ; en fait, il semble qu’il ait compris très vite que l’autorité du mutin de la mer Noire n’était plus aussi assurée. En 1949 et 1950, avec Élie Mignot, il n’hésitait pas à contester les positions de Marty et à critiquer les cours de celui-ci sur la question nationale (Arch. Thorez). Conseiller de l’Union française et il présida le groupe communiste de cette assemblée de sa convocation, en novembre 1947, à sa disparition à la fin de 1958 avec l’entrée en vigueur de la constitution de la Ve République. Le 9 mars 1949, alors qu’il était inscrit pour une intervention sur la guerre d’Indochine, l’Assemblée prononça la clôture. R. Barbé demeura à la tribune et prononça son discours dans lequel il demandait l’ouverture de négociations immédiates avec le gouvernement d’Ho Chi Minh mais il se vit infliger la censure (son discours ne fut pas inséré au Journal Officiel) et il fut expulsé de l’Assemblée après les sommations du colonel commandant la Garde. Lors de l’instruction de l’affaire Marty, il rédigea, le 22 septembre 1952, pour la commission d’enquête un rapport de 23 p. sur « L’activité d’André Marty relative aux questions coloniales » (Arch. comité national, dossier affaire Marty).

Depuis 1950, il était membre de la section économique du Parti communiste. Il signa plusieurs études relatives aux problèmes économiques et sociaux dans les pays soumis au colonialisme puis au néo-colonialisme français. Il fut candidat du Parti communiste à cinq reprises, dans le IXe arr. de Paris, de novembre 1958 à juin 1968. À la fin de 1968, il démissionna du Parti communiste afin de « protester contre la direction du parti réprouvant l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie pour y sauvegarder le socialisme » (lettre du 25 septembre 1974). Il quitta alors le lycée Decour pour demander un poste à Auch, sa ville natale, où il profitait encore de sa retraite en 2004.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article15637, notice BARBÉ Raymond, Jean, Léon dit Cauquil par Jean Sagnes, Claude Pennetier, version mise en ligne le 4 septembre 2017, dernière modification le 17 octobre 2018.

Par Jean Sagnes, Claude Pennetier

ŒUVRE : R. Barbé a publié de nombreux articles notamment dans les revues Économie et Politique et Les Cahiers du Communisme.

SOURCES : RGASPI, 495 270 257, autobiographie du 10 septembre 1938 et questionnaire biographique de 1950 ; Arch. du comité national du PCF, dossier « affaire Marty » ; Arch. Nat, archives Thorez (Cl. Pennetier, Paul Boulland). — Le Travailleur du Languedoc, 1935-1939. — Les Communistes de l’Hérault dans la Résistance, s.d. — Lettres de R. Barbé en date des 25 septembre et 21 octobre 1974. — Interview d’Étienne Fabre. — M. Lafon, La Lutte du Parti communiste français contre le colonialisme, Paris, 1962. — Entretien téléphonque avec le militant (Cl. Pennetier). — État civil.

ICONOGRAPHIE : Les Communistes de l’Hérault dans la Résistance, op. cit. p. 50.

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