MOSQUERA Y PICH Pedro [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Françoise Morel Fontanelli

Né le 22 septembre 1876 à Barcelone (Catalogne, Espagne) ; terrassier ; syndicaliste Confédération des Travailleurs du Monde (CTM) ; anarchiste.

Fils de Pedro Mosquera et d’Angèle Pich, Pedro Mosquera y Pich fut recensé comme anarchiste pour la première fois à Marseille en 1905. En décembre 1904, il demeurait au 26, rue des Petites Maries (Ier arr). D’après les nombreux avis de recherche le concernant, il semblerait que son père ait lui aussi été anarchiste en résidence dans la cité phocéenne.
En janvier 1913, de retour d’un séjour à Paris, Mosquera Pedro fit une causerie au siège du groupe anarchiste 63, allées des Capucines devant 25 personnes dont Jean-Louis Vars et sa femme Marie Mauger. Il y insista sur le devoir de chaque compagnon de faire de la propagande anarchiste dans tous les milieux et cela au détriment de sa liberté et de son existence. Il déclara "Pour triompher l’idéal anarchiste a besoin de martyrs".

Le 5 mars 1921, la police le soupçonna d’avoir affiché un placard annonçant un meeting antimilitariste interdit par le Préfet. En 1922, il demeurait rue Mazagran (1° arr) à Marseille. Il fut avec Jullian Valles l’un des huit membres connus de la Confédération des Travailleurs du Monde fondée vers la fin de l’été 1920 à Marseille par Léon Péricat, Louis Boisson et Martinien Long. Cette confédération à l’existence éphémère disparut des sources à la fin de 1923 selon Jean Maitron et René Bianco. Cependant, un organe, CTM, dont on ne connaît qu’un seul numéro, vit le jour en septembre 1920. Ce syndicat fondé autour de la corporation du Bâtiment, entrée en dissidence, a vraisemblablement attiré d’autres catégories socio-professionnelles.

En mars 1922, Mosquera intervint avec Pedro Sayas sur l’individualisme anarchiste lors d’une causerie organisée au Bar Bruno, siège de l’Union Anarchiste marseillaise. Il s’opposa à l’orateur Galand qui soutenait que « l’individualisme détruisait l’esprit de solidarité, indispensable dans tout groupement ». Selon lui, « le communisme sera d’autant plus solide que les individus seront plus conscients ».

Le dimanche 2 avril 1922, il fut présent lors du congrès des groupes anarchistes de la région sud-est au Bar Bruno sur le Marché des Capucins. Une quarantaine de délégués représentants l’Union Anarchiste marseillaise, le Comite Pro Presos et le groupe anarchiste italien de Marseille ; les groupes anarchistes de l’Estaque (Marseille, XVI° arrt.), de Saint-Henri (Marseille XVI° arrt.), de la Ciotat, de Martigues, de Miramas, d’Aix-en-Provence et d’Arles pour les Bouches-du-Rhône ; les groupes de Nice, de Toulon, de Béziers, d’Alais, de la Grand Combe et de Nîmes. Un congrès sous la présidence de Pascal de l’Union Anarchiste et de Denegri du groupe de la Ciotat. Les travaux occupèrent deux séances, une le matin et une l’après-midi. Les représentants votèrent à l’unanimité :

1, La création de la Fédération ; 2, La création de Terre Libre, organe de la Fédération Anarchiste du Sud.

Il fut décidé que Marseille abriterait le siège fédéral de la Fédération et que les différents groupes resteraient en relation entre eux. La fédération ne devait pas empêcher l’action autonome des groupes adhérents et permettait aux membres de ces groupes de se connaître, de faciliter la propagande et de préparer l’action lorsque le moment serait venu. Terre Libre devait être financé au moyen de souscriptions volontaires et imprimé à Béziers et la rédaction restait à Marseille. Le premier numéro devait paraître lorsque l’on aurait réuni la somme de 2000 Francs. Enfin, il serait rédigé en trois langues : français, italien, espagnol. Dans Terre Libre (n°1 du mardi 20 juin au mercredi 5 juillet 1922), on pouvait lire "constitution sur les bases du plus pur fédéralisme, de la Fédération des anarchistes du sud comprenant les éléments du département de l’Hérault juqu’à celui des Alpes Maritimes (...) Son but principal sera l’éducation, le débourrage de crânes, la clarté, la mise au grand jour de certains agissements plus ou moins propres mais qui ne trouverait pas l’écho voulu dans tout autre feuille".

Selon la police marseillaise, Mosquera aurait été "estropié d’un pied, pour les uns à la suite d’un accident du travail, pour les autres à la suite d’une blessure par arme à feu". N’exerçant plus aucune activité professionnelle et ayant, aux dires de la police, une influence négative dans les milieux révolutionnaires espagnols, le commissaire spécial estima qu’il y avait lieu de prendre à son égard une mesure d’expulsion.

Pedro Mosquera participa à toutes les réunions organisées par le Comité Pro Presos marseillais, mais nous perdons sa trace après 1924. Sans doute fut-il victime comme nombre de ses compatriotes, d’une expulsion.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article156592, notice MOSQUERA Y PICH Pedro [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Françoise Morel Fontanelli, version mise en ligne le 3 mars 2014, dernière modification le 21 novembre 2020.

Par Jean Maitron, Françoise Morel Fontanelli

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 4 M 2410 dossier individuel, 4 M 2422 rapport n°26 du 6/01/1913, 1 M 805 rapport s n°893 du 5/03/1921+ notice individuelle, n° 1.191 du 28/03/1922, n° 1.436 du 8/04/1922. — DBMOF. —M-C de Golbery-Sanges et Annie Lesaignoux, Les Espagnols à Marseille de 1920 à 1936, mémoire de maîtrise, Aix-en-Provence, 1971. — Morel Françoise, Le mouvement anarchiste marseillais dans l’entre-deux-guerres, mémoire de maîtrise, Aix-Marseille I, 1997.

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