GEEROMS Cornille dit "G. ROME" ou Jérôme" [Dictionnaire des anarchistes]

Par Hélène Rannou, notice révisée par Guillaume Davranche et Jean-Jacques Doré

Né le 9 novembre 1871 à Fâches-Thumesnil près de Lille (Nord), mort au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) le 3 juin 1949 ; ouvrier mouleur ; secrétaire adjoint du syndicat CGT des Mouleurs et Fondeurs du Havre de 1906 à 1912 ; secrétaire de l’Union locale du Havre de 1910 à 1912 ; anarchiste.

Fils d’un journalier et d’une ménagère, Cornille Geeroms (parfois prénommé Corneille ou Camille par erreur) militait au sein du syndicat des métallurgistes de Lille et était connu par les agents de police pour son « exaltation » lors des réunions syndicales.

Marié (?) avec Laure Flament et père de trois enfants, Geeroms fut embauché avec son fils aîné Constant, âgé de 15 ans, à l’usine Westinghouse du Havre en 1905. Fiché au carnet B du département du Nord, il fut l’objet d’une étroite surveillance à son arrivée au Havre.

Dès 1906, il devint l’adjoint d’Isidore Le Goff le secrétaire du syndicat CGT des Mouleurs et Fondeurs du Havre. Piètre orateur mais doué d’un brin de plume agile, il savait le mettre au service de ses idées. Anarchiste déclaré (il appartenait avec Adrien Briollet en 1908 au Groupe libertaire du Havre) il voyait dans le socialisme le moyen de prendre en charge les outils de production et dans le syndicalisme la maîtrise de la production et de la consommation. Auteur en 1902 de l’Oeuvre syndicale, dialogue Henri et Jean, brochure de propagande éditée par la Fédération locale des syndicats de Lille, il participa en septembre 1906 à la création de Vérités qui deviendra l’organe de la future Union locale du Havre. Il y signa "G. Rome" de nombreux articles à teneur antiparlementaire, antimilitariste et néo malthusienne jusqu’en 1912. Il fut également à partir de 1909 correspondant de la Vie ouvrière de Pierre Monatte puis en 1911 celui de La Bataille syndicaliste.

En 1907, il était membre du bureau de la Fédération des Chambres syndicales née en 1896 qui n’existait en fait que sur le papier, largement éclipsée par la Bourse du Travail du Havre créée en 1897. Les deux organismes furent absorbés par l’Union locale du Havre fondée le 17 novembre 1907 et dont le premier secrétaire fut Gustave Chauvin.

De novembre 1909 à février 1910, il anima avec Le Goff la grande grève des mouleurs de Westhouse et représenta de nombreux syndicats du Havre lors des congrès confédéraux de la CGT en 1908 (Marseille 10e), en 1910 (Toulouse 11e) et en 1912 (Le Havre 12e).

En octobre 1910, il succéda à Adrien Briollet comme secrétaire permanent de l’Union locale, assisté d’Ernest Lécaudé (secrétaire adjoint), Louis Labay (trésorier) et Edmond Le Fèvre (trésorier adjoint). C’est lui qui réalisa le projet de dispensaire ouvert aux syndiqués voulu par Briollet et dont la création fut décidée en novembre.

Par un acte sous seing privé dressé devant notaire le 22 novembre 1910, furent déposés par Cornille Geeroms et René Votte les statuts d’une société civile immobilière au capital social de 24 500 frs. réparti en 245 parts de 100frs.. Outre le Comité de direction composé du docteur Houdeville (médecin-directeur), de Cornille Geeroms (président), de René Votte (secrétaire), d’Achille Delaunay et Ernest Boursier (membres), les treize autres porteurs de parts étaient des élus des syndicats CGT du Havre. Inaugurés en décembre 1910, les locaux du dispensaire étaient situés au Havre, à l’angle des rues Rollin et Tourneville.

Il fut en 1910-1911 l’un des principaux organisateurs de la campagne de soutien à Jules Durand ; l’Union locale était alors à son apogée, elle représentait 20 syndicats, 16 sections et plus de 12 000 adhérents.

Le 14 janvier 1912, le congrès de l’Union locale auquel assistaient 27 délégués de syndicats, l’accusa d’avoir profité de l’intempérance à l’alcool du trésorier Louis Labay pour détourner des fonds. Un blâme lui fut infligé par 14 voix contre 13. Le procès verbal stipulait que ce blâme ne « saurait en aucune façon porter atteinte à l’honneur de Cornille Geeroms, sa probité n’étant nullement suspectée". Geeroms ne se représenta cependant pas au poste de secrétaire et fut remplacé par Henri Vallin.
Dès février 1912, il reporta ses efforts sur le dispensaire de l’UL où il cumula les fonctions de président et de secrétaire à temps complet ; il le fit visiter aux congressistes de la CGT au mois de septembre.
Cependant, la gestion du dispensaire fut à nouveau contestée et, cette fois-ci, Geeroms fut radié de la CGT.

Marié ou remarié au Havre le 30 avril 1913 avec Marie Desgarceaux, il devint représentant en produits pharmaceutiques et finit même par renier ouvertement ses idées révolutionnaires. Le 6 avril 1914, il fut radié du Carnet B « en raison de son retour à la sagesse ».

Cette même année, Vérités ne se priva pas de se faire l’écho dans un article intitulé "Colle, colle" d’une cocasse mésaventure de Geeroms. Lors de la campagne électorale des législatives de mai 1914, il se mit au service du candidat radical, le docteur Fauvel et réclama en justice de paix le remboursement des fournitures achetées pour coller ses affiches : " A cette audience, il nous a été donné le plaisir de constater que, pour un ex-antivotard, la colle pour ses électeurs n’avait pas été ménagée" (...) " L"avocat de Geeroms, dans sa plaidoirie, se plaisait à répéter que son client n’était lié par aucune affinité politique à M. le docteur Fauvel et qu’il se réclamait plutôt du parti auquel il appartenait : le Parti socialiste." "Nous tenons à dire que jamais au Havre Monsieur Geeroms n’a appartenu à aucun titre au Parti socialiste." (...) "L’audience fut inénarrable, avocats, agents d’affaires présents et assistants, et jusqu’au juge de paix, M. Contray, qui cachait le sourire en caressant la barbe, s’en payèrent à cœur joie. Quel charabia ! Et combien on a ri de voir cet ex-syndicaliste patauger dans la colle pour préparer une élection, des ordres du jour, des réunions qui n’ont pas eu lieu, et réclamant à ce malheureux candidat en lui disant qu’il avait remporté une véritable victoire républicaine. Nous appellerions cela plutôt une veste." Geeroms fut débouté de sa requête.

Fut-il vraiment victime de ce que Monatte nommait « l’usure militante » ? Il ne fit plus parler de lui après la Première Guerre mondiale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article156721, notice GEEROMS Cornille dit "G. ROME" ou Jérôme" [Dictionnaire des anarchistes] par Hélène Rannou, notice révisée par Guillaume Davranche et Jean-Jacques Doré, version mise en ligne le 30 novembre 2020, dernière modification le 30 novembre 2020.

Par Hélène Rannou, notice révisée par Guillaume Davranche et Jean-Jacques Doré

ŒUVRE : L’Œuvre syndicale, dialogue. Henri et Jean, Fédération locale des syndicats de Lille, 1902.

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Maritime, 1 M 531, 2 Z 48, 2 Z 157. — Direction des affaires sociales de la préfecture, dossiers non versés aux archives. — Arch. Nat. F/713619. — Patrice Rannou, Les 110 ans de l’union locale CGT du Havre, Éditions du Libertaire, 2007.— Note de Jean-Luc Dron et de Gilles Pichavant. — "Vérités" passim.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément