JACOT Charles, Émile [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Né le 14 août 1857 à Allenjoie (Doubs), mort probablement le 9 décembre 1925 à Allenjoie. Colporteur anarchiste, indicateur de police à Paris.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Le 16 août 1893, Jacot comparaissait devant la 3e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Il était poursuivi pour infraction à un arrêté d’interdiction de séjour pris en 1892. Cette affaire était sa douzième condamnation pour mendicité et vagabondage.

Il fut condamné à 6 mois de prison et à la peine de relégation. La peine prononcée, Jacot s’écria : "Vive l’anarchie ! Tout pour la révolution sociale ! À bas la police !"
Il avait été arrêté au moment où il recueillait des souscriptions pour publier "les œuvres complètes" du candidat "académicide" Achille Leroy. En échange de leur obole, il promettait aux souscripteurs le compte-rendu des visites de Leroy chez les académiciens et le texte du discours qu’il avait prononcé sur les marches du Panthéon.

Jacot racontait que s’il n’avait pas déféré aux prescrptions de l’arrêté d’interdiction de séjour, c’était que la police le lui avait demandé, le jugeant plus utile à Paris. Menacé de relégation s’il ne travaillait pas pour la police, il dut accepter d’être indicateur. En mai 1893, il entrait en relation avec Hamard, secrétaire du contrôle de la Préfecture de police. Durant une vongtaine de jours, il fit des comptes rendus de réunions publiques pour lesquels il reçut la somme de 65 francs. Dès sa rupture avec la police, il fut arrêté.

Le 25 septembre 1893, il comparaissait devant la cour d’appel, se défendant seul. La peine de 6 mois de prison était confirmée mais il n’y avait pas lieu de maintenir la relégation. Jacot accueillit la lecture du jugement en criant : "Honneur aux magistrats indépendants et libres ! A bas la police ! " Puis il se retira enchanté en saluant la cour.

Incarcéré à la Santé, il ne fut libéré que le 10 janvier 1894, jour de la condamnation de Vaillant.

Le 8 mars 1894, il était arrêté à son domicile, 36 rue de Quimcampoix à Paris, par M. Fédée, chef des brigades des recherches, dans le cadre d’une opération contre les anarchistes, pour association de malfaiteurs et mis à la disposition du juge Meyer. Un non-lieu fut prononcé dans cette affaire. Son dossier à la Préfecture de police portait le n°237.140.

Le 28 avril 1894, il fut de nouveau condamné à 3 ans de prison pour infraction à interdiction de séjour. Le 5 mai, il sortait de la prison de Mazas pour être conduit au Dépôt, puis quelques jours plus tard à Poissy. De cette prison, il écrivit au Préfet de police pour lui annoncer des révélations sur les attentats. Le préfet de police délégua M. Fédée pour l’entendre. Il fut ensuite mis au "secret", pendant un mois.

Le 17 octobre 1897, il était arrêté à son domicile, rue de Bièvre, par les agents de la 3e brigade des recherches, pour infraction à un arrêté d’interdiction de séjour et conduit au dépôt, malgré un appel du 28 août 1897 qui avait annulé la relégation.

Il menaça de faire des révélations sur l’assassinat de Carnot et à plusieurs reprises mit au courant ceux que la police menaçait, se jouant de la police tout en lui prenant son argent ; son jeu fut découvert et il fut alors interné le 4 janvier 1901, à la 5ème division de Bicêtre d’où il se plaignit de ne pouvoir sortir malgré l’avis favorable des médecins. Il se disait persécuté par la police depuis qu’il avait cessé de lui fournir des renseignements.

En 1901, Charles Jacot fit paraître une brochure, L’anarchie policière, 1891 à 1894, mémoire d’un séquestré. Les dessous de l’affaire Ravachol et Vaillant, dans laquelle il expliquait que la bombe de Vaillant était un coup monté de la police et que Ravachol avait été armé par un agent de de la 3ème brigade des recherches de la préfecture de police.

Lors d’une réunion naturienne, le 7 juin 1901, Georges Renard (?) fit la lecture de la brochure, signée Jacko de Bicêtre et éditée 161 ou 171 rue St Denis. Renard déclarait que cette brochure le visait surtout lui et l’indiquait comme ayant reçu de l’argent pour pousser Vaillant à confectionner sa petite bombe parlementaire. Il nia de toutes ses forces.

Le 25 mars 1902, l’ordre de sortie de Jacot, détenu à Bicêtre comme fou, était signé par le docteur Féré mais la préfecture de police s’y opposa. En août 1902, il était toujours interné à Bicêtre. Charles Malato, à l’occasion d’une série d’articles parus dans l’Aurore sur les détentions arbitraires dans les asiles, attira l’attention sur le cas de Charles Jacot.

Jean Grave dans ses mémoires déclara : "Cependant, je le répète, personne, parmi nous, n’a jamais entendu parler de ce Jacot".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article156737, notice JACOT Charles, Émile [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 24 février 2014, dernière modification le 17 novembre 2020.

Par Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

ŒUVRE : L’anarchie policière, 1891-1894, mémoire d’un séquestré, A. Malvege éditeur, 1901, 14 p. BnF

SOURCES : Journal des débats, 17 août et 26 septembre 1893 — La Croix, 11 juillet 1894 — Le Matin, 16 octobre 1897 — L’Aurore, 27 février, 18 juillet, 4 et 24 août 1902 — XIXème Siècle, 10 mars 1894 et 18 octobre 1897 — Ernest Raynaud, « Souvenirs de police », Mercure de France, 1er juin 1926, p. 297 et 298 — Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchiste, Flammarion 1973, p. 298-299 — Arch. PPo Ba 1500, 1508 — "Jacot. Charles, Émile. 36 ans, né à Allenjoie (Doubs). Colporteur Anarchiste. 8/3/94", photo 216 de l’album des 434 anarchistes de Bertillon [Mugshots of Suspected Anarchists from French Police Files] The Metropolitan Museum of Art, New York. — Etat civil.

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