DROUILLARD Guy [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 19 avril 1929 à Le Bouscat (Gironde) ; instituteur communiste à Khenchela au pied des Aurès de 1952 à 1955 ; organisateur de grèves à partir de l’Union locale CGT, et de la dernière campagne électorale du PCA (Parti communiste algérien) en avril 1955 ; interdit de séjour dans le Constantinois ; rentré en France en 1956, militant au SNI contre la guerre d’Algérie.

Fils d’Antoine Drouillard, ébéniste, et de Yvonne Ducasse, sans profession, sur recrutement en France, Guy Drouillard entre en octobre 1951 à l’École normale d’instituteurs de Constantine ; il était en France déjà militant communiste à l’Union des Jeunesses démocratique. Il crée un cercle de l’UJDA à l’École normale, comptant au début six membres dont trois Algériens. À la rentrée d’octobre 1952, il est nommé instituteur à Khenchela ; il va bien vite être appelé à la ronde : « le communiste de Khenchela. », y compris par ses collègues du SNI (Syndicat national des instituteurs).

Des militants algériens viennent de relancer dans un pauvre local d’ancienne épicerie l’Union locale CGT. Il en fait dès le début de 1953, une base d’accueil, d’agitation et d’action. Il est le seul « Européen » du bureau. La syndicalisation des ouvriers sur les chantiers du bâtiment et du bois, les scieries et parmi les ouvriers agricoles s’étend jusqu’à quatre vingt kilomètres dans le bled et avancent des revendications qui contestent les pratiques sans frein des employeurs margoulins et des négociants en moutons. Deux grèves (une de trois semaines sur un chantier de travaux publics, l’autre de six jours dans le bâtiment) imposent pour la première fois, malgré les interventions policières, un minimum de salaire interprofessionnel et une réglementation sociale, le paiement des prestations. Pour faire de l’agitation, il est candidat aux élections municipales dans le premier collège en avril 1953 ; il obtient vingt cinq voix (3,2 % des suffrages exprimés) sur une liste du PCA. L’administration le menace d’un déplacement d’office que l’Union départementale CGT de Constantine réussit à faire rapporter.

L’Union locale de Khenchela monte un comité de chômeurs ; on compte 700 chômeurs dans la ville. Pour avoir organisé une manifestation qui rassemble 500 personnes devant la mairie en juillet 1953, Guy Drouillard est arrêté et comparaît devant le tribunal correctionnel de Batna. La tension monte et tout est prétexte à provocation, comme en juin 1954, une conférence sur Charlie Chaplin sous l’égide du foyer rural. L’Aurès est aux portes et l’insurrection frappe le 1er novembre ; s’ajoute le retentissement de la mort malheureuse de l’instituteur Monneret au pied du car. Le 2 novembre 1954, Guy Drouillard est le seul « Européen » arrêté avant d’être relâché après dix jours d’incarcération. Il répond aussi aux appels à l’aide du couple d’instituteurs André Castel* et Annick Pailler*, en butte aux rétorsions des militaires français et de l’administration dans leur école de village en montagne.

Il est encore candidat du PCA aux élections cantonales d’avril 1955 avec Laïd Lamrani* qui a ses contacts avec les maquisards de l’ALN. C’est au meeting de Khenchela qu’Ahmed Akkache*, secrétaire du PCA, déclare que la seule voie qu’il reste aux Algériens est l’insurrection armée. Deux jours avant le scrutin, le 15 avril 1955, les autorités notifient à l’instituteur candidat, une interdiction de séjour dans le département de Constantine en application de la loi sur l’état d’urgence. Il quitte les Aurès pour Alger.

Après les congés d’été passés en France, l’administration refuse de lui donner un poste en Algérie. Replié en France, il assure alors auprès du SNI, la coordination de la quinzaine d’enseignants expulsés d’Algérie. Malgré des appels du PCA, Guy Drouillard « décide de rester en métropole » selon la formule encore en usage, prenant part à l’action communiste pour la paix en Algérie. Il est réintégré dans l’Éducation nationale en Dordogne en 1956.

Il s’était marié le 25 septembre 1954 à Lannion (Côtes-d’Armor) avec Suzanne Madec.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article156870, notice DROUILLARD Guy [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 11 mars 2014, dernière modification le 11 mars 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : Témoignage d’Annick Pailler-Castel dans A. Dore-Audibert, Des Françaises d’Algérie dans la guerre de libération , Karthala, Paris 1995. — Notice préparée par Alain Prigent pour le cédérom DBMSMO, op. cit., t. 4, 2008. — État civil.

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