DEBABÈCHE Alidin ou Ali [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 3 mars 1911 à Biskra (Algérie), 1er plus important des quatre frères Debabèche pour l’action communiste dans la région de Biskra ; membre de la direction communiste depuis 1934 ; membre du bureau politique du PCA en 1937 ; en 1947-1948, à Paris chargé auprès du PCF, de l’émigration algérienne ; actif encore à Biskra au début des années 1950.

La famille Debabèche est une famille bourgeoise notable de Biskra qui donne des collaborateurs de l’administration coloniale par l’intermédiaire du Bachaga Bengana qui règne sur les oasis et le sud saharien. Un oncle des quatre frères Debabèche qui sont devenus communistes, est conseiller général, « élu administratif » selon la formule. Dès l’école primaire, camarades de Maurice Laban* qui devient très tôt un activiste communiste, Azouzi, Mahmoud et surtout Rachid et plus encore l’aîné, Alidine dit Ali ou encore Adel, vont être des communistes influents de la région de Biskra.

Bilingue après des études secondaires partielles, Alidine Debabèche est employé de commerce à Constantine quand, militant déjà connu, il entre au Comité de la Région communiste d’Algérie après la Conférence de réorganisation d’avril 1934 conduite par l’envoyé de Paris, André Ferrat*. Il devient secrétaire du rayon de Biskra (ancienne appellation dans la Région communiste) qui au dire de Maurice Laban compte 110 militants en 1936. Depuis 1937, Alidin Debabèche est membre du bureau politique du PCA et secrétaire pour la région constantinoise (ancien département). Dans un meeting à Djidjelli (Jijel) en août 1937 il réclame l’instauration d’une République soviétique en France. La presse notamment Le Républicain de Constantine se déchaîne contre lui.

Il est alors un animateur du double mouvement de rassemblement qui deviendra Front populaire s’adressant d’abord aux « Français Européens », et du Congrès musulman en 1936 et 1937 qui rassemble Oulémas, « Élus indigènes » de gauche, militants dont le nationalisme est pris entre le projet franco-musulman de Ferhat Abbas et le radicalisme de Messali*, et dont le PCA, en création, est acteur. Alidin Debabèche est secrétaire du Comité constantinois pour la réunion du Congrès muslman. Les frères Debabèche mènent campagne contre le Dr Bendjelloul qui démissionne du Congrès musulman, et sa Fédération des Élus du Constantinois.

C’est peut-être pour échapper aux menaces et pour suivre aussi une formation auprès de la Section coloniale du PCF qu’A. Debabèche passe l’année 1938 à Paris. Il reprend place à Biskra comme dirigeant du PCA avant l’interdiction du parti à l’ouverture de la guerre de 1939. Quand en janvier 1941, Lisette Vincent*, qui participe à Alger aux côtés de Maurice Laban à la réorganisation clandestine du PCA, vient à Biskra auprès de la famille Laban, elle sollicite A. Debabèche pour qu’il vienne les rejoindre à Alger et entre au Comité central clandestin. En effet autour de Thomas Ibanez*, une conférence restreinte vient de doter le parti d’une direction, cooptée donc, et qui lance un appel à l’indépendance dans La Lutte sociale. Alidine Debabèche gagne Alger ; il est arrêté le 29 mars 1941. Son cas est joint à la préparation du procès des soixante et un communistes qui aura lieu à Alger en février-mars 1942 ; comme « indigène », il est déjà envoyé au camp de Lambèse, fer aux pieds, dont il sortira à l’été 1943.

En 1945, il devient conseiller municipal de Biskra, élu sur la liste d’Union démocratique et antifasciste conduite par l’instituteur socialiste Tahrat* et le pharmacien Alloua Abbas*, neveu de Ferhat Abbas. Il séjourne à Paris en 1947-1949, chargé par le PCF qui le rattache comme permanent à la Fédération communiste de la Seine, de s’occuper de l’encadrement des travailleurs algériens. S’il assure la publication d’un périodique L’Algérien en France avec le concours de Kaddour Belkhodja*, il n’obtient pas la constitution d’un groupe de langue pour les Algériens émigrés dont la responsabilité reste en suspens entre PCA et PCF ; il en va de même pour les étudiants. Découragé, Ali Debabèche abandonne ses fonctions, ouvre un café et végète avant de rentrer à Biskra.

Toujours figure du PCA, lui (ou un frère plus jeune) est encore conduit au dépôt à la fin d’année 1954 après ce qu’on appelle « le Réveillon de Biskra », un débordement raciste des militaires français frappant notamment des femmes musulmanes ou juives (voir au nom de Maurice Laban*).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article156890, notice DEBABÈCHE Alidin ou Ali [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 20 février 2014, dernière modification le 20 février 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : Arch. Nat. Outre-mer, Aix-en-Provence, 9H36, 9H42 et 49. — Dépouillement de presse locale par L.-P. Montoy pour la notice du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, op. cit. t.24. — Alger Républicain, 1954-1955. — Interviews de N. Zannettacci et P. Estorges par Jean-Louis Planche, Alger 1976-1977. — J. L. Einaudi, Un rêve algérien. Histoire de Lisette Vincent, une femme d’Algérie, Dagorno, Paris 1994 et Un algérien Maurice Laban, Le cherche midi, Paris 1999. — Entretiens de Kaddour Belkhodja avec J.-L. Planche, Paris, 1987.

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