BARDIN Léon [BARDIN Alfred, Ernest, dit]

Par Jean-Michel Brabant

Né le 6 juin 1907 à Virieu-le-Grand (Ain), mort le 17 août 1989 à Rillieux (Ain) ; dessinateur industriel ; frère d’Alexis Bardin et de Joannès Bardin ; membre de la Commission administrative de la Confédération générale du Travail, responsable de la Fédération des techniciens, dirigeant trotskyste.

Alfred Bardin naquit dans une famille modeste ; son père était gendarme puis gérant d’une épicerie Casino et sa mère d’origine paysanne. Membre du Parti socialiste, son père devint maire de la commune de Corbonod (Ain). À quinze ans, Alfred Bardin réussit le concours de l’École normale d’instituteurs de la Loire dont il sortit en 1925. Maître d’internat au collège Chaptal à Paris pendant deux ans, il suivit ensuite les cours de l’École normale supérieure de l’enseignant technique dans la section mathématiques et dessin avant d’entrer à l’École spéciale des travaux aéronautiques en 1929.

Se tournant vers l’action politique, il choisit d’adhérer en 1932 à la Ligue communiste qui défendait les thèses trotskystes. Ce choix était en partie guidé par les critiques qu’A. Bardin formulait contre la théorie du social-fascisme défendue par le Parti communiste à cette époque. Parallèlement, A. Bardin s’engageait sur le plan syndical. Employé chez Amyot comme dessinateur depuis 1933, il fut licencié en février 1934 à l’occasion de la grève déclenchée contre l’agitation des ligues.

Dès ce moment il occupa à l’intérieur de l’organisation trotskyste des responsabilités dirigeantes. En septembre 1934, il devint membre du comité central du Groupe bolchevik-léniniste créé à l’intérieur du Parti SFIO par l’adhésion collective de la Ligue. Dans le cadre de l’activité de sa tendance, il devait, un an plus tard, être nommé au bureau politique tandis que les luttes internes s’aiguisaient et qu’il tentait de jouer un rôle modérateur et conciliateur. Il militait au sein de la 19e section de la SFIO où il était plus particulièrement responsable d’un groupe de « Toujours Prêts Pour Servir », sorte de formation d’autodéfense contre les fascistes et où l’influence des trotskystes était importante. A. Bardin représenta sa tendance à la commission exécutive de la Fédération de la Seine pendant l’année 1935.

De plus en plus nettement, son activité s’orientait vers le domaine syndical. Nommé en 1934 secrétaire du syndicat CGT des dessinateurs de la région parisienne, il travailla en liaison avec l’Union syndicale des techniciens et employés de l’industrie. Sa lutte contre les décrets-lois Laval lui valut, en novembre 1935, son licenciement de chez Lioré-Olivier à Argenteuil où il avait été embauché l’année précédente. A. Bardin fut, dans sa profession, au centre du processus de fusion syndicale qui aboutit au congrès de Toulouse de mars 1936 à la création de la Fédération CGT des techniciens dont il fut élu membre permanent du bureau national. À ce titre, il siégea à la commission administrative de la CGT jusqu’en 1939 tandis qu’il participait aux activités du Cercle syndicaliste « Lutte de classes » de Gustave Galopin* et Michel Collinet*.
Durant cette période il continuait à militer dans le mouvement trotskyste. Au centre de la scission qui déchira le GBL en décembre 1935, alors qu’il était exclu de la SFIO, il choisit de rallier la tendance de Pierre Naville* et Jean Rous* soutenue par Trotsky au détriment de celle de Pierre Frank* et Raymond Molinier*. Il n’abandonna pas l’espoir de réunifier les rangs trotskystes, et ce fut lui qui dirigea la délégation de sa tendance lors des pourparlers qui devaient conduire à la création du Parti ouvrier internationaliste en juin 1936, qui regroupa pendant quelques semaines l’ensemble des trotskystes. Son action lui voulut d’être, le 8 février 1936, exclu définitivement de la commission exécutive de la Fédération de la Seine du Parti SFIO. Candidat bolchevik-léniniste aux élections législatives du 26 avril dans le XIXe arr., A. Bardin mesura le faible impact des idées trotskystes puisque moins d’une trentaine de voix se regroupèrent sur son nom. Membre du comité central et du bureau politique du POI, il s’occupa surtout d’action syndicale qu’il dirigeait avec son frère Joannès. Il participa également à la gestion de l’organe de son parti La Lutte ouvrière. En janvier, il était déjà trésorier de Révolution, organe de la Jeunesse socialiste révolutionnaire. A. Bardin fut d’ailleurs poursuivi avec Suzanne Charpy* et Fred Zeller*, en décembre 1936, pour délit de presse.
Le POI décidant, malgré les divergences internes, d’adhérer, au début de 1939, au Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert*, il refusa cette nouvelle perspective « entriste » qui rééditait celle de septembre 1934 dans la SFIO.
A. Bardin maintint quelque temps, pendant l’été 1939, le sigle du POI que le secrétariat de la IVe Internationale décida de dissoudre. Cette opposition d’A. Bardin se greffait en fait sur une réflexion politique qui l’avait déjà amené à mettre en question la nature sociale de l’État soviétique en relation avec les procès de Moscou et l’opportunité de la création en septembre 1938 de la IVe Internationale par Trotsky.
Alors que de 1940 à 1944 il était employé comme dessinateur à la SIGMA de Vénissieux dans la région de Lyon, il milita dans le cadre du Mouvement de libération nationale. Membre en 1944 du comité consultatif de gestion de Berliet, mis alors en administration provisoire (les deux autres membres étaient Besson, secrétaire de la section syndicale ouvrière des usines Berliet de Vénissieux et Guérin, secrétaire de la section syndicale ouvrière des usines Berliet de Monplaisir, l’un et l’autre membres du PC), il affronta violemment, dans les années qui suivirent, le PC et la CGT de l’entreprise. Il rédigea sur cet épisode une brochure intitulée : L’expérience de Berliet et la grève des cadres. Réélu à la commission administrative de la CGT en mars 1945, sa Fédération fut finalement dissoute et ses militants ventilés dans les Fédérations d’industrie. Ainsi disparaissait la Fédération des techniciens qui, de 1936 à 1939, fut la seule Fédération de la CGT, à avoir conservé à sa direction un foyer d’opposition révolutionnaire critiquant à la fois les tendances réformistes et communistes.
A. Bardin continua sa carrière chez Berliet au poste de directeur technique (1944-1954) puis devint, de 1954 à 1969 directeur général adjoint de la Saviem à Suresnes avant d’être éliminé au lendemain de la grève de mai-juin 1968.
Retraité en juillet 1974, A. Bardin rejoignit cette même année le Parti socialiste, sympathisant avec son aile gauche.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article15693, notice BARDIN Léon [BARDIN Alfred, Ernest, dit] par Jean-Michel Brabant, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 28 juin 2012.

Par Jean-Michel Brabant

SOURCES : Arch. J. Maitron. — Arch. PPo. 315. — La Lutte ouvrière, 1936-1939. — Révolution, 2 janvier 1936. — La Commune, 14 février et 5 juin 1936. — La Crise de la section française de la Ligue communiste internationaliste, Paris 1936-1939. — S. Ketz, De la naissance du GBL à la crise de la section française de la LCI (1934-1936), mémoire de maîtrise, Paris I, 1974. — Notes autobiographiques de l’intéressé.

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