DUBOIS Marius, Casimir dit MARIUS-DUBOIS [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né et mort à Aubenas (Ardèche) : 10 octobre 1890-7 septembre 1976 ; socialiste SFIO depuis 1912 en France ; instituteur en Oranie (Algérie) après la guerre de 1914-1918 ; conseiller général SFIO d’Oran en 1931 ; élu député en 1936 dans une élection triangulaire, socialiste pacifiste rejoint Vichy en 1940 ; exclu de la Fédération SFIO d’Oranie en 1945, réintégré à la SFIO par la Fédération de l’Ardèche en 1954-1956 ; maire socialiste de Saint-Andréol-de-Vals en 1966.

Fils de directeur et directrice d’école dans l’Ardèche, Marius Dubois suit l’école primaire de son père, passe à l’École primaire supérieure d’Aubenas, entre à l’École normale d’instituteurs de Privas. Pour des raisons climatiques, il enseigne à Tunis puis en Algérie. Il est membre de la SFIO depuis 1912 et de la Grande loge de France. Il s’engage en 1914 pour faire la guerre par patriotisme socialiste d’Union sacrée, mais est réformé pour maladie. Ce sont ces raisons de santé qui le poussent à revenir instituteur en Algérie. Il avait déjà été avant guerre en poste à Lamoricière [Aïn Nahala] puis directeur d’école à La Tenaia près de Sidi-Bel-Abbès et à Lalla-Marnia ; il poursuit après 1919 à Oued Tania et à Palikao [Tighenif] avant d’aboutir à Oran en 1924, à l’École Lamur, quartier de nouveaux arrivants, puis être muté à l’école du quartier de La Marine, quartier populaire d’immigration espagnole devenant française.

Cette fois, il peut faire carrière politique locale au parti socialiste ; non pas au premier rang parce qu’il est précédé par un autre directeur d’école, Henri Bertand* qui tient le SNI et se fait seconder par le jeune instituteur Joseph Begarra*. Il s’installe à la section SFIO de la ville et devient en 1929, par répartition des rôles entre enseignants socialistes, le secrétaire de la Fédération socialiste du département d’Oran qu’il n’a en rien fondé puisqu’elle existait déjà avant-guerre, et opère une remontée depuis la scission communiste. Il participe au congrès des fédérations socialistes nord-africaines qui se tient à Alger les 1er et 2 novembre 1929 ; les discours se livrent à une surenchère assimilationniste française, civilisatrice par l’école et le syndicat, pour préparer le centenaire colonial en 1930. Mais le socialisme est encore rouge ; le 23 août 1930, Marius Dubois comparaîtra en tant que secrétaire fédéral au tribunal d’Oran parce qu’un drapeau rouge avait été arboré au siège du journal Le Semeur et à la Fédération socialiste. Il est relaxé.

En mars 1931, il est élu conseiller général SFIO d’Oran, comme l’avait été bien avant lui André Julien qui était ensuite passé un temps au Parti communiste (voir à Charles-André Julien*), mais il échoue aux élections municipales en 1934 ; la démagogie de l’Abbé Lambert est la plus forte. Sa grande heure arrive en mai 1936, élu député SFIO, non par triomphe de Front populaire mais grâce à une élection triangulaire. La Fédération SFIO ne pensait pas qu’il serait élu.

Le candidat de droite du Front national républicain, Marcel Gatuing arrive en tête au premier tour suivi par l’Abbé Lambert qui ne roule que pour lui et ne se désiste pas ; comme Marius Dubois est en troisième position et le devance, le candidat communiste Henri Zannettacci* lui apporte ses voix. Le docteur Amoyal*, socialiste à la tête de la Ligue des droits de l’homme, dénonce l’antisémitisme à droite, ce qui exalte la citoyenneté française et le vote républicain à gauche de la population vilipendée comme juive. Comme le maire socialiste Gonzalès* l’a déjà prouvé au port voisin de Beni-Saf, la deuxième génération d’immigration espagnole ou plus, est devenue citoyenne française ; elle va voter en masse en écho des affrontements révolutionnaires et bientôt contre-révolutionnaires en Espagne ; la droite et la gauche mobilisent, mais le succès du deuxième tour vient des quartiers populaires d’immigration ancienne.

Le député Marius Dubois siège à Paris dans plusieurs commissions ; il préside la Commission d’enquête parlementaire qui se rend en 1938 en Tunisie où la répression du mouvement national néo-destourien est sanglante, tandis que le socialiste antillais Lagrosillière conduit celle qui vient en Algérie. En fait d’anticolonialisme, Marius Dubois demande le rattachement de l’Algérie à la France pour que les lois françaises nivellent les privilèges des colons. Il soutient bien sûr le projet Blum-Viollette, mais peu l’alliance du Front populaire et du Congrès musulman. Son journal, c’est Oran socialiste, et il ne s’engage pas dans l’entreprise coopérative d’Oran républicain. Membre suppléant de la CAP, qui est l’instance d’orientation de la SFIO, il appartient au courant dit « pacifiste », c’est-à-dire opposé à la guerre avec l’Allemagne, de Paul Faure ; de là ses positions en 1940 et ses méchants articles contre Léon Blum.

Certes il n’a pas voté les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain ; débarquant du Massilia, le bateau qui transporte les parlementaires, il n’était pas encore arrivé à Vichy. Il y demeure jusqu’en 1942. En socialiste rallié à l’entente avec l’Allemagne, il collabore au journal l’Effort et écrit encore en juillet 1941 un article intitulé : « La révolution nationale (celle de Pétain), sera sociale ». C’est par la suite par un retournement du pétainisme au gaullisme de gauche, qu’il rejoindra le mouvement France d’abord jusqu’à être condamné pour avoir fait faire de fausses cartes d’identité pour protéger des Juifs en danger. En 1946, il pourra recevoir la médaille de la Résistance.

Il conserve l’idée de renouer sa carrière politique en Algérie. Mais en novembre 1944, le gouverneur général, le socialiste Chataigneau,* lui interdit le passage par bateau ; dans une lettre au ministre de l’intérieur, Adrien Tixier*, socialiste lui aussi, il avance pour motif : "En l’état actuel de la situation politique à Oran, la présence de M. Dubois serait de nature à provoquer de vives controverses au sein du Parti socialiste et à affaiblir dangereusement l’unité indispensable des partis républicains." Il revient cependant se porter candidat en 1945 au conseil général. Il est alors exclu par la Fédération oranaise de la SFIO, et largement battu.

Il se retire alors à Aubenas et ne ménage pas sa peine pour être réintégré à la SFIO ; il finit par gagner le vote de la Fédération de l’Ardèche en 1954 et du conseil national en 1956 sous Guy Mollet. Il peut alors se faire élire conseiller municipal de Saint-Andréol-de-Vals et maire en 1966.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article156932, notice DUBOIS Marius, Casimir dit MARIUS-DUBOIS [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 21 février 2014, dernière modification le 21 février 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : Arch. Nat., Paris, F 13 085. — Arch. de l’Ours (SFIO), Paris et arch. municipales citées dans la notice par J. Raymond, DBMOF, op. cit., t.26. — F. Koener, « Les répercussions de la guerre d’Espagne en Oranie (1936-1939) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, juillet-septembre 1975. — Notice par J.-L. Planche dans Parcours, op. cit., n° 9, 1988, Paris. — Nouvelle notice dans le Maitron en ligne signée Gilles Morin et Justinien Raymond, développant les vicissitudes internes à la SFIO, les résultats électoraux, et revenant sur la période de Vichy.

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