DELOCHE Robert [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 20 septembre 1909 à Lyon ; ouvrier fourreur devenu permanent du PCF à la section coloniale à Paris ; à Alger, instructeur auprès du PCA de la fin de 1936 à 1938 ; maire de Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) de 1944 à 1953.

Jusqu’en octobre 1935, Robert Deloche habite chez sa mère, dont il est fils naturel, dans le quartier du Parc de Saint Maur à Champigny-sur-Marne, au sud-est de Paris où il milite au parti communiste. Il a travaillé en 1928 comme commis de bibliothèque au bureau d’édition de l’Humanité et en 1929 au service de propagande du PC (agit-prop). Après le service militaire, de 1932 à 1935, il alterne les périodes de chômage et de travail comme ouvrier fourreur. Il est notamment licencié en 1932 après une arrestation pour distribution de tracts. Il est élu trésorier adjoint du syndicat CGTU des ouvriers fourreurs de la confection de la Seine ; à partir d’avril 1934, il est membre du Comité de Saint-Maur de lutte contre la guerre et le fascisme. Dans la marche au Rassemblement populaire, il participe ensuite au titre du PCF de la région de Paris-Est à des rencontres avec la fédération de la SFIO de Seine et Marne ; l’accord de front commun est réalisé.

À partir d’octobre 1935, il vit à Joinville-le-Pont avec Marie Kundmann dont il a une fille et qu’il épouse en 1939 (ils se séparent vers 1950). Conduisant la liste communiste aux élections municipales en mai 1935, il est un des élus communistes au conseil de la ville. En 1936, il devient membre du bureau de la Région Paris-Est du PCF qui le présente aux élections législatives ; il se désiste au deuxième tour pour faire élire le candidat de la SFIO. Il est alors appelé pour travailler à la Section coloniale du parti dont il devient secrétaire-adjoint en octobre 1936. Il avait déjà fait un passage en Algérie en 1934 et une mission de propagande au Maroc en juillet-août 1936.

À la fin de 1936 ou en 1937, il est envoyé en Algérie pour « suivre » le Parti communiste algérien qui vient de se constituer en octobre 1936. Il succède à Jean Chaintron connu sous le nom de Barthel*. Au IIe congrès du PCA, en décembre 1937, il est compté parmi les membres du bureau politique du PCA. Au congrès du PCF d’Arles, à la fin de décembre 1937, il est rapporteur de la Commission coloniale. La police relève son rôle actif à Alger dans la campagne des élections cantonales de juillet 1938. Il revient ensuite à Paris au siège de la Section coloniale, mais fait encore des tournées en Algérie en 1939.

Robert Deloche semble avoir appliqué avec brutalité la nouvelle politique du PCF en matière coloniale, qui accordait la priorité à l’union avec la France dans la lutte contre le fascisme et la guerre, au détriment de l’objectif d’indépendance. Ses articles dans les Cahiers du bolchevisme et La Lutte sociale concentrent l’attaque sur les mouvements nationalistes, contre le Parti du Peuple algérien de Messali* assimilé au Parti populaire français, et contre le Néo-Destour tunisien (reportage sur la Tunisie paru dans La Lutte sociale de mai-juin 1938). Son comportement, de surcroît, paraît avoir été autoritaire et cassant, tant à l’égard des intellectuels (exclusion d’Albert Camus*) que de certains de ses camarades algériens à la tête du PCA.

En août 1941, Robert Deloche est arrêté pour son action communiste clandestine et interné aux centres de détention de Châteaubriant (Loire-inférieure) puis de Voves (Eure et Loire) dont il s’évade en juillet 1942 et rejoint les FTPF. À la libération à l’automne 1944, il était commandant des FTP, responsable de la région Paris-Est. Il est alors désigné à la tête de la Délégation spéciale qui tient la mairie de Joinville-le-Pont. Élu conseiller municipal communiste en 1945, il devient maire de la ville en octobre 1947 et le reste jusqu’à sa démission quelque peu forcée en mars 1953. Il était aussi conseiller général depuis 1945 et démissionne pour « raison de santé » en novembre 1951. Depuis 1945, il assurait le secrétariat de la Région communiste Paris-Est. Le PCF prononce son exclusion en décembre 1952 pour « suffisance fractionnelle » et pour faire montre « d’un train de vie au-dessus de ses moyens ». Il s’agit vraisemblablement d’abus dans la gestion des finances municipales.

Après l’indépendance, Robert Deloche revient en Algérie au cabinet d’Amar Ouzegane*, ancien secrétaire du PCA lui aussi sanctionné, avant de rentrer prendre sa retraite dans le midi de la France. Outre du malin plaisir d’A. Ouzegane, ce retour à Alger, tient aussi au fait que Robert Deloche est l’un des rares anciens cadres communistes coloniaux à faire état de ses « erreurs » en ce qui concerne ses responsabilités en Algérie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article156937, notice DELOCHE Robert [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 21 février 2014, dernière modification le 21 février 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : Arch. Préfecture police de Paris, Arch. Dép. et Arch. communales, Arch. Jean Maitron citées dans la notice par J. Maitron et C. Pennetier du DBMOF, op. cit. t.24. — Cahiers du bolchevisme, mai 1937. — La Lutte sociale, 1936-1939. — Interviews d’A. Ouzegane et B. Boukort* par Jean-Louis Planche, 1976-1977. — Notes d’Omar Carlier.

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