ANDRÉ Paul, Marius, dit Marius-André Paul

Par Élie Fruit, Justinien Raymond, Antoine Olivesi, Julien Chuzeville

Né le 25 juillet 1870 à Valence (Drôme), mort le 23 janvier 1915 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; poète, employé, journaliste ; militant socialiste (POF, PSdF, SFIO) ; syndicaliste CGT.

Petit-fils de Marius André, député du Var en 1848, Paul-Marius André étudia aux Beaux-Arts à Lyon. Il fit paraître à partir de 1889 la revue littéraire Le Faune, qui n’eut que trois numéros. Fréquentant les milieux artistiques, il correspondit notamment avec Mallarmé. Il a régulièrement été confondu par erreur avec son quasi-homonyme Marius Philippe André (1868-1927).
P.-Marius André écrivit à cette période dans plusieurs revues comme La Caravane artistique et littéraire, et publia des poèmes. Socialiste, il écrivit en 1890 dans Le Combat, « organe socialiste quotidien » dirigé par Antide Boyer. Il milita d’abord dans la Drôme par l’intermédiaire du groupe des originaires de la Drôme de Paris au sein des groupes du POF. Il fut délégué au congrès de Paris, salle Japy (1899), à tous les congrès nationaux du POF et du PS de F. de 1897 à 1905, et au congrès international d’Amsterdam (1904). Il représentait la fédération de la Drôme au conseil national du POF puis au conseil central du PS de F.

Il fut délégué au congrès de Paris, salle Japy (1899), à tous les congrès nationaux du POF et du PS de F. de 1897 à 1905, et au congrès international d’Amsterdam (1904). Il représentait la fédération de la Drôme au conseil national du POF puis au conseil central du PS de F.
Après l’unité, son action s’étendit aux départements de l’Aisne, du Nord et des Bouches-du-Rhône. Il était un habitué des congrès nationaux du Parti socialiste SFIO. Il représenta la fédération de l’Aisne au congrès d’unité de la salle du Globe à Paris (avril 1905) et aux congrès de Chalon-sur-Saône (octobre 1906) et de Limoges (novembre 1906) qui tous deux le nommèrent membre suppléant de la CAP du Parti socialiste. Toujours délégué de l’Aisne au congrès de Nancy (août 1907), il fut élu membre titulaire de la CAP et y siégea en cette qualité jusqu’en 1912. Aux congrès de Toulouse (octobre 1908) et de Saint-Étienne (avril 1909) il représenta la fédération du Nord. Puis son action s’attacha au département des Bouches-du-Rhône. Il en représenta la fédération au congrès de Nîmes (février 1910). Fidèle à ses positions guesdistes, il condamna la proposition de loi établissant les retraites ouvrières avec un versement ouvrier de 2 % du salaire. Il n’acceptait que des retraites « payées par la classe capitaliste ». « Les patrons, avança-t-il, qui doivent prévoir dans leurs entreprises les frais d’amortissement de leur matériel, sont tenus pour les mêmes raisons de prévoir les frais d’amortissement de leur matériel humain... » (C. rendu, p. 158). Il fut encore aux congrès de Paris (juillet 1910) et de Saint-Quentin (avril 1911).

Employé à la compagnie des chemins de fer PLM comme secrétaire administratif à partir de 1894, Marius-André, très actif et bon orateur, devint le secrétaire de l’Union syndicale de ce réseau et après 1900, fut un des meilleurs artisans de l’essor du Syndicat national, notamment sur le réseau de l’Est où, avec Grandvallet, il développa une forte action de propagande. André appartenait à la majorité réformiste du Syndicat national. En 1906, il eut des démêlés avec le secrétaire du syndicat, Eugène Guérard, qui lui reprochait de s’être compromis dans un banquet de l’Union PLM (société coopérative dont André était le secrétaire), présidé par le directeur de la Compagnie, Noblemaire. En outre, le congrès de la fédération de la Seine lui demanda de se retirer de la CAP et déposa une demande de contrôle à son égard : sur ce problème de discipline, Compère-Morel rapporta devant le congrès de Toulouse qui vota l’ordre du jour pur et simple. En octobre 1908, Marius-André assista à Marseille au XVIe congrès national corporatif - 10e de la CGT. Il était parvenu au rang de sous-chef du bureau quand il fut révoqué lors de la grève des cheminots d’octobre 1910 pour avoir signé, comme membre de la CAP, le manifeste du Parti socialiste qui affirmait le caractère légal d’une grève aux motifs professionnels et dénonçait la répression gouvernementale.
Questionné vers 1911 par l’étudiant en droit Carcanagues, sur ses conceptions syndicalistes, Marius André se prononça sur les points suivants :
1°) Adhérent de la CGT, il en acceptait « sans restriction », les « principes » mais « avec restriction », les « modes de représentation » ;
2°) Il considérait que « le mode de votation des congrès de la CGT était une prime aux minorités anarchisantes » ;
3°) Défavorable à une scission au sein de la CGT, il pensait que « mieux valait une seule CGT ayant déposé le limon de politique anarchiste que deux » ;
4°) La création éventuelle d’un « Labour Party » français lui apparaissait comme une superfétation du Parti socialiste ;
5°) Il estimait que les rapports, « inévitables », entre le Parti socialiste et la CGT, dans toutes les questions ouvrières, seraient « beaucoup plus réguliers » lorsque les syndicats français seraient délivrés des anarchistes » ;
6°) a) l’antimilitarisme n’avait pour lui « rien à voir avec l’action corporative » ;
b) la grève générale, « difficilement réalisable pour une ou plusieurs corporations en vue de revendications de métier », était « utopique » s’il s’agissait de l’« étendre à l’universalité des travailleurs dans un but politique » ;
c) l’arbitrage obligatoire était « un emplâtre sur une jambe de bois » :
d) la capacité civile et commerciale des syndicats, « accordée ou non », ne serait « pas utilisée par les syndicats, organisation de lutte »
7°) L’application des méthodes réformistes avait permis au Syndicat national des chemins de fer d’obtenir du Parlement la loi des retraites pour tous les cheminots ;
8°) Les coopératives de production représentaient « beaucoup d’efforts pour des résultats médiocres » ;
9°) Le militant ne voyait « aucun inconvénient », « s’il n’y avait pas d’avantages », à ce que les ouvriers fassent partie du Conseil supérieur du travail.
À l’époque de cette enquête, André était délégué de la Bourse du Travail de Lille à la CGT.

Après sa révocation, André continua à militer. Il avait longtemps collaboré à divers organes socialistes parisiens et surtout au Socialisme de Jules Guesde. Il dirigea, à Marseille, La Provence, quotidien socialiste dû à son initiative, mais qui n’était pas sous le contrôle du parti et qui ne parut que quelques mois en 1912. À quatre reprises, il se présenta, sans succès, aux élections législatives, le plus souvent contre des adversaires de marque. En 1902, après une courte campagne menée au nom du POF dans l’arr. de Nyons (Drôme), Marius André groupa un nombre respectable d’électeurs. En 1906, il recueillit 2 600 suffrages contre Paul Doumer dans la 2e circonscription de Laon (Aisne). En 1910, dans la 2e circonscription d’Aix (Bouches-du-Rhône), il affronta Camille Pelletan et obtint 5 142 voix. Dans la même circonscription, en mars 1912, il groupa 2 389 suffrages au premier tour de scrutin et 4 483 au scrutin de ballottage contre 7 317 à l’élu radical-socialiste Girard.
Désormais, Marius-André ne quitta plus Marseille.
En 1914, André était encore secrétaire de l’agglomération marseillaise du Parti SFIO (cf. Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/10810, rapport du 18 juin 1914). Il participa notamment à un meeting en faveur de la paix le 21 juin 1914 (Ibid., 21 juin) et il dirigeait encore le journal hebdomadaire La Provence à Aix (Ibid., 18 juin 1914 ; un exemplaire de La Provence au dossier).
Il s’était marié le 7 novembre 1896 avec l’institutrice Gabrielle Coste, également originaire de la Drôme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157, notice ANDRÉ Paul, Marius, dit Marius-André Paul par Élie Fruit, Justinien Raymond, Antoine Olivesi, Julien Chuzeville, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 19 novembre 2020.

Par Élie Fruit, Justinien Raymond, Antoine Olivesi, Julien Chuzeville

ŒUVRE : P. Marius-André fut l’auteur de plusieurs brochures. Nous n’avons retrouvé que les trois suivantes : Les Travailleurs des chemins de fer et le Parti ouvrier (1899). — La fin des grèves (1911). — La Sériciculture, la filature de la soie et le tissage au point de vue socialiste (1898, préface de Jules Guesde).
Publication de deux textes poétiques dans Entretiens politiques et littéraires, "Fragment d’une ode à Mallarmé" le 10 mars 1893 et "Choeur antique", avec dédicace à Bernard Lazare, le 25 juillet 1893.

SOURCES : Arch. Nat., F7/13661. — Carcanagues, Sur le mouvement syndicaliste réformiste, Thèse de droit, Paris, 1912 : « Enquête faite auprès de divers militants ou anciens militants du syndicalisme réformiste ». — Syndicat national des chemins de fer, Compte rendu du 19e congrès, 1908, p. 78 à 94. — Ch. Vérecque, Dictionnaire du Socialisme, op. cit., p. 17. — Hubert-Rouger, La France socialiste, op. cit., p. 48, 50, 141 et Les Fédérations socialistes I, op. cit., p. 29, 173, 181, 248. — Compère-Morel, Grand Dictionnaire socialiste, op. cit., p. 41. — L’Humanité, 28 septembre 1908 et 25 mars 1912. — et 31 janvier 1915 (la nécrologie de Bracke parue dans ce numéro est également reproduite par Le Populaire du Centre le 2 février 1915). — René Cabannes, « Poignée de souvenirs : Marius André », Le Populaire, 29 septembre 1931. — Claude Willard, Les Guesdistes, op. cit., (p. 604 et 747). — État civil de Paris. — Les archives Kautsky de l’IISG (Amsterdam) contiennent une lettre de P.-M. André à Karl Kautsky du 10 avril 1902 (cote DII50, il s’agit de remerciements pour une souscription). — Paul Schneebeli, « Paul-Marius André, poète et militant », L’œil bleu, n° 8, mars 2009. — Notes de Gilles Candar.

ICONOGRAPHIE : La France socialiste, op. cit., p. 141.

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