PIANELLI Laurent, Joseph, Antoine

Par André Balent

Né le 17 décembre 1912 à Paris (XIVe arr.), mort le 9 juin 1945 à Bassum (Basse Saxe, Allemagne) ; instituteur ; résistant (MUR, réseaux) à Maureillas (Pyrénées-Orientales) ; déporté à Neuengamme (Ville libre et hanséatique d’Hambourg, Allemagne), mort des suites de la déportation et de l’internement en camp de concentration.

Laurent Pianelli. Arch. Jean Pianelli. reproduction et retouches André Balent
Laurent Pianelli. Arch. Jean Pianelli. reproduction et retouches André Balent

Le père de Laurent Pianelli, Jean Pianelli était corse. Né à Olmeto (Corse, Corse-du-Sud), il avait fait carrière dans l’armée et avait trouvé un emploi dans l’octroi à Paris. Entre temps, il avait épousé à Béziers une Andorrane (La transhumance inverse vers le Bas Languedoc a amené la formation d’une colonie andorrane à Béziers dans le dernier tiers du XIXe siècle), Bonaventura Torres, née à Canillo (Andorre) le 11 octobre 1892. Établis à Perpignan (Pyrénées-Orientales), rue Ferdinand Buisson, ils eurent deux enfants Michel et Laurent.

Laurent Pianelli fut reçu au concours de l’école normale de Perpignan. Après le service militaire, il fut en poste à Bena (commune d’Enveitg, Pyrénées-Orientales) en Cerdagne. Il effectua son service militaire en 1932-1933. Il se maria en 1936 avec Rosalie Marguerite Vives née à Porté (Pyrénées-Orientales, commune qui prit le nom de Porté-Puymorens en 1954) le 16 novembre 1911 qui était devenue institutrice après avoir, elle aussi, été reçue au concours de l’école normale de filles de Perpignan. Elle fut nommée tout d’abord à Marians (commune de Souanyas, Pyrénées-Orientales) dans le Haut Conflent. Après la guerre, elle poursuivit sa carrière d’institutrice à Perpignan, ville où elle vécut jusqu’à deux années avant sa mort, le 8 mai 2005 à Saurat (Ariège). Le couple eut un fils, Jean, né à Perpignan le 23 janvier 1941. Après ses études de médecine à Montpellier (Hérault), il s’installa comme médecin à Saurat (Ariège), commune dont il fut maire (PS) jusqu’en 2001.

À la rentrée scolaire de 1937, le couple Pianelli obtint un poste double à Maureillas (Pyrénées-Orientales) dans le Bas Vallespir.

Laurent Pianelli était, avant guerre, proche du parti socialiste, il connaissait bien Albert Gaillard, instituteur dans la commune voisine de Saint-Jean-Pla-de-Corts, militant actif de la SFIO et du SNI. Gaillard qui avait adhéré à Combat ou à Libération-Sud devint en 1943 l’un des responsables locaux des MUR pour la basse vallée de la Têt et participa à la construction de l’AS dans les PO. La proximité entre Gaillard et Pianelli pourrait expliquer ce dernier ait intégré aussi les MUR avant de spécialiser son activité dans le cadre du NAP. En effet, il a participé, depuis le 1er décembre 1942, à l’action du NAP dont le chef départemental était l’instituteur socialiste retraité Pierre Gineste. À Maureillas, Laurent Pianelli assurait aussi un service complémentaire de secrétaire de mairie fonction à laquelle il fut nommé le 2 janvier 1942. Cette fonction facilita son activité au service de la résistance.

Il participa, en sa qualité d’agent P2 du NAP (mais une attestation des FFC du juin 1949 dit qu’il fut agent P1 du NAP), à la confection de faux papiers nécessaires, entre autres, aux candidats au franchissement clandestin de la frontière franco-espagnole. Pïanelli fut un agent du réseau Plutus créé par Pierre Kahn et Georges Laût. Issu du mouvement Combat puis lié aux MUR et au NAP, Plutus était le service national de l’identité et des faux papiers de ces derniers et fut homologué sous ce nom comme réseau des FFC. La liquidatrice du NAP, Évelyne Garnier alias « Anne », secrétaire générale adjointe du service NAP dont le chef était Claude Bourdet, a attesté de l’appartenance à ce service de Laurent Pianelli qui, pour son action résistante, fut aussi nommé, le 7 juillet 1947, sous-lieutenant à titre posthume avec prise de rang rétroactive au 1er juin 1944. Laurent Pianelli a contribué aussi par son activité clandestine à l’effort de guerre allié en aidant des militaires américains ou britanniques à passer en Espagne. En témoignent les diplômes, citations décorations ou attestations posthumes envoyées à sa veuve par les Américains et les Britanniques. La liquidatrice du NAP a également attesté qu’il « aidait les résistants et les patriotes traqués à passer en Espagne ». Parmi eux, son propre frère, Michel, qui rejoignit les forces françaises d’Afrique du Nord. Une telle tâche ne pouvait être accomplie dans le cadre d’un réseau comme WI-WI qui avait établi le maillon de l’une de ses filières à Maureillas mais dont l’activité n’était que le renseignement. La filière que la police et la douane allemandes avaient décidé d’éradiquer en utilisant les services de ses indicateurs, Robert Sors (un jeune de vingt ans) et Nessim Eskenazi (un Juif d’origine turque, naturalisé français, déchu de sa nouvelle nationalité et devenu apatride), effectuait des passages de personnes vers l’Espagne.

Laurent Pianelli avait sans doute été contacté par Mathias Barcelo afin d’aider au passage clandestin vers l’Espagne. Nous savons aussi que, le 21 juin 1944, lorsque les deux agents de la douane allemande discutèrent avec Pianelli, ils lui demandèrent, pour le mettre en confiance, de les faire passer en Espagne comme il l’avait fait pour son frère Michel. En ne démentant pas ce fait, il confirmait leurs soupçons et hâtèrent son arrestation, pendant la nuit, à son logement de fonction. Comment Pianelli qui, par ses contacts avec Barcelo avait sans doute « travaillé » pour WI-WI, avait-il aussi contribué aux passages d’aviateurs américains et britanniques ? Quelle fut la chronologie de son activité de passeur ? A-t-il œuvré d’abord pour faire passer en Espagne des messages, ou, au contraire, des personnes ? Dans le cadre de réseaux autres que WI-WI ? Autant de questions qui demeurent en suspens.

Les filières de passages étaient nombreuses en Vallespir, dans les localités limitrophes de Maureillas, comme Las Illas (Voir Dabouzi François) et Céret. Dans cette localité un instituteur, Auguste Bésio était un agent des Allemands qui s’efforçait de démanteler réseaux de passage et filières. Nous savons, par la déposition d’Eskenazi à la Cour de Justice (octobre 1944), qu’il avait été envoyé à Céret afin de démanteler une organisation de passage vers l’Espagne groupant une vingtaine de personnes, organisation à laquelle Pianelli aurait pu appartenir. Eskenazi et Sors avaient contacté Bésio avant de provoquer l’arrestation de citoyens de Maureillas, parmi lesquels Pianelli et de celle de son collègue de l’école de Maureillas, Eugène Françon. Jeanne Camo —fille d’une institutrice de Cerbère (Pyrénées-Orientales) déplacée à Maureillas après l’évacuation par les Allemands des communes littorales— a assisté à l’arrestation. Ayant vu Eskenazi et Sors lorsqu’ils allèrent rencontrer Laurent Pianelli, elle nous a expliqué que ce dernier n’étant pas en classe à ce moment-là, ils allèrent l’attendre devant la mairie afin d’engager la conversation. Jeanne Camo (soeur d’Armande Maillet-Camo) et sa mère virent Sors et Eskenazi à Perpignan quelques temps après qui, les ayant reconnues, prirent la fuite.

Interné ensuite à la citadelle de Perpignan, Laurent Pianelli y fut d’abord interrogé, puis conduit à la prison Saint-Michel de Toulouse (Haute-Garonne) et transféré à Compiègne (Oise). Sa femme a su, après la fin de la guerre, que le 14 juillet 1944, il y eut dans le camp une manifestation de prisonniers qui entonnèrent La Marseillaise. De Compiègne partit, le 15 juillet 1944, le convoi qui en trois jours l’amena au camp de concentration de Neuengamme. Il fut affecté au commando de Bremen Farge où, depuis juin 1943 2000 détenus travaillaient à la construction de l’abri sous-marin « Valentin ». Le 13 avril 1945, affaibli. il fut transféré à Sandbostel, à l’ouest d’Hambourg, dépendance de Neuengamme donnt elle était le mouroir. Le camp fut libéré le 29 avril 1945. Le 7 mai, Pianelli se trouvait toujours à Sandbostel en compagnie de deux autres déportés originaires des Pyrénées-Orientales, Jean Gironès et Roland Pic. Il envoya alors plusieurs lettres à sa femme. La première, datée du 7 mai, était optimiste. Une lettre de Mirabel, coiffeur de Montélimar (Drôme) à sa femme, interné avec Pianelli à Sandbostel, indiquait qu’il se portait bien entre les 10 et 15 mai. Le 22 mai, dans une nouvelle lettre à sa femme, il signalait une « bronchite » mais espérait s’en sortir. Pris en charge par un hôpital militaire à Bossum, près du camp de Neuengamme, Laurent Pianelli était en fait atteint d’une tuberculose galopante dont les médecins furent incapables d’enrayer l’évolution. Laurent Pianellli mourut de la tuberculose le 9 juin 1945 à 13 heures 45. L’issue fatale qu’il avait entrevue avait ravivé la foi de son enfance. En effet, dans la lettre qu’il envoya à la femme de Pianelli après son décès, l’aumônier militaire catholique britannique de Bossum, D. M. Cummings écrivait : « [Laurent Pianelli] recevait le saint sacrement souvent durant les derniers jours ». Il fut enterré au cimetière militaire de Bossum. Par la suite sa femme fit rapatrier son corps qui fut inhumé au cimetière de l’Ouest de Perpignan.

Laurent Pianelli était titulaire, à titre posthume, de la Medal of freedom attribuée le 22 octobre 1946 par le quartier général des forces unies, front Europe. Il obtint aussi la médaille de la Liberté, sans palmes, « pour action exceptionnelle et digne d’éloges ayant aidé les États-Unis dans la poursuite de la guerre de juin 1943 à juin 1944 ». Le 13 juin 1968, Pierre Barcelo, maire socialiste de Maureillas depuis la Libération, faisait savoir par courrier postal à Mme Pianelli que le conseil municipal de la commune nommait rue "Laurent-Pianelli" une nouvelle voie du village dans un quartier nouvellement urbanisé. Le 26 septembre 2013, à l’initiative de la municipalité présidée par André Bordaneil, l’école primaire de Maureillas fut baptisée du nom de Laurent Pianelli, ce qui donna lieu à une cérémonie en présence des autorités politiques et académiques du département et à laquelle fut convié son fils Jean.

Son nom figure sur la plaque commémorative des instituteurs des Pyrénées-Orientales morts pendant les deux guerres mondiales apposée à l’inspection académique de Perpignan.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157142, notice PIANELLI Laurent, Joseph, Antoine par André Balent, version mise en ligne le 26 février 2014, dernière modification le 6 mai 2016.

Par André Balent

Laurent Pianelli. Arch. Jean Pianelli. reproduction et retouches André Balent
Laurent Pianelli. Arch. Jean Pianelli. reproduction et retouches André Balent

SOURCES : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 105 W 6, Cour de Justice des Pyrénées-Orientales, dossier n° 41. — Arch. com. Maureillas, registre des procès verbaux des séances du conseil municipal. — Archives privées Jean Pianelli, fils de Laurent Pianelli. — André Balent, « Les passages clandestins à Maureillas (Pyrénées-Orientales) et la répression allemande (1943-1945) », Le Midi Rouge, bulletin de l’Association Maitron Languedoc-Roussillon, 22, Montpellier, 2013, pp. 33-39. — Marie Blanc, Christian Xancho, « Eskenazi (Nessim) », Nouveau dictionnaire de biographies roussillonnaises, I 1, Pouvoirs et société, A à L, Perpignan, Publications de l’Olivier, 2011, pp. 420-421. — Livre mémorial de la déportation consulté le 29 octobre 2013 sur le site de la Fondation pour la mémoire de la déportation (http://www.bddm.org/liv/index_liv.php)— Entretiens avec Jean Pianelli, Porté-Puymorens, 30 octobre 2013 et 2 décembre 2013. — Conversation téléphonique avec Mme Jeanne Camo (Cerbère), 16 novembre 2013 — Conversation téléphonique avec Jean Pianelli, 2 décembre 2013.

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