BASTIDE Marius, Antoine

Par Jacques Defortescu, Nathalie Viet-Depaule

Né le 12 septembre 1930 à Saint-Étienne (Loire) ; prêtre de la Mission de France au Havre-Graville (1956) ; prêtre-ouvrier métallurgiste dans la réparation navale (1966) ; secrétaire général du syndicat CGT d’entreprise des établissements Caillard au Havre ; membre de la Commission nationale de la réparation navale de la Fédération CGT de la Métallurgie.

Marius Bastide le 30 mai 1959
Marius Bastide le 30 mai 1959

Issu d’un milieu ouvrier du quartier de Valbenoite (Loire), Marius Bastide connut une jeunesse très marquée par le catholicisme social – son grand-père présidait le cercle paroissial de Firminy (Loire). Troisième d’une fratrie de quatre enfants, ses parents étaient des catholiques pratiquants, vivant un esprit de foi chrétienne dans la vie quotidienne. Sa grand-mère, qui avait reçu une formation traditionnelle de la part des religieuses de son quartier, mourut à l’âge de trente-cinq ans, laissant trois enfants à la charge de son mari. La famille fut alors assistée par les œuvres sociales catholiques. Son père, ouvrier teinturier, sergent pendant son service militaire, s’engagea plus tard dans l’armée. En 1940, fait prisonnier, il refusa de travailler pour l’ennemi et fut interné au camp de Kobierzyn (Pologne). Il devint ensuite contremaître électricien, ce qui l’amena à faire de nombreux déplacements en région parisienne.

Après des études dans une école catholique, Marius Bastide entra au petit séminaire de Montbrison (Loire). Responsable du mouvement Cœurs vaillants, il encadra, comme moniteur, colonies et camps de vacances. Le vicaire le remarqua et lui proposa de devenir prêtre. Il entra, en tant qu’externe, à l’école privée de Saint-Étienne puis en internat au petit séminaire. Il supporta difficilement la discipline du système éducatif d’un autre âge. Il intégra le grand séminaire du diocèse de Lyon à partir d’octobre 1949 puis voulut devenir prêtre-ouvrier. Au retour du service militaire qu’il fit dans l’armée d’occupation à Coblence (1952-1953), il accomplit une nouvelle année d’études et obtint de rejoindre en 1954 le séminaire de la Mission de France à Pontigny (Yonne) pour ses deux dernières années de formation, entrecoupées de stages de travail. Ce fut dans ce cadre qu’il mena en 1955 une grève sur un chantier du bâtiment une grève qui lui valut son premier contact avec la CGT.

Ordonné prêtre en juin 1956, nommé vicaire au Havre-Graville pour remplacer Dominique Lanquetot, il arriva en septembre et fit partie de l’équipe qui comprenait Pierre Merlin, Rémy Couiller, Rémy Géhin, Claude Huret, rejoints par Gilbert Delanoue, Eugène Seroux, Émile Courquet, Didier Rouet et Jean Jansen. Logé dans l’annexe d’une chapelle du quartier, Marius Bastude animait une équipe d’Action catholique ouvrière (ACO). Il prenait part aux ateliers, régional et national, de la Mission de France, donnait volontiers des « coups de main », pour des familles en recherche de logement. En 1964, il fut secrétaire d’une équipe de foot-ball corporative de la cité Chauvin.

Depuis octobre 1963, il était aussi bagagiste occasionnel sur le port, avec l’accord de l’évêque de Rouen et de la Mission de France, pour l’entreprise Debris (auto-factage havrais). Il travaillait « à la corvée » entre une et quatre heures : « Averti la veille pour le lendemain matin ou le matin pour l’après-midi, je n’y suis allé que lorsque mes autres activités me le permettaient », dit-il, bien qu’il souhaitât travailler à temps plein. Manutention et camionnage étaient liés au trafic « bagages » des compagnies maritimes. Après l’arrivée des paquebots, les bagages étaient acheminés vers la douane, la SNCF, la gare marchandises ou d’autres hangars du port, et vice-versa pour le départ des navires. Il travaillait aussi comme chauffeur du fourgon lorsqu’il fallait assurer des remplacements.

Dès 1956, Marius Bastide, grâce à Rémy Gehin, put nouer des relations avec Joseph Lafontaine, et, plus tard, Jean-Marie Huret, les premiers prêtres-ouvriers havrais qui avaient marqué par leur volonté de rester au travail au 1er mars 1954 le mouvement ouvrier havrais. Il recherchait une activité salariée pour se rapprocher de la classe ouvrière et fut tour à tour chauffeur-livreur et ouvrier spécialisé dans une entreprise de chauffage. C’est en 1966, à la suite des sessions de Morsang-sur-Orge (Essonne) et de Lormoy (Essonne) destinées aux prêtres qui avaient été choisis par la Mission ouvrière pour devenir prêtres-ouvriers, que Marius Bastide fit partie d’une équipe de prêtres-ouvriers avec Louis Gehin (prêtre de la Mission de France) et Dominique Leroy (prêtre du Prado), rejoints ensuite par Claude Huret (prêtre de la Mission de France) et Antoine Dujardin (jésuite). Il travailla à plein-temps aux Tréfileries et câbleries de Bourg et du Havre mais, identifié comme prêtre-ouvrier avant la fin de sa période d’essai, il fut renvoyé sur le champ. Grâce à l’inspection du travail et au syndicat CGT, il fut embauché provisoirement à Alsthom-Signaux qui électrifiait la ligne Paris-Le Havre, dans l’attente d’un stage de métallurgie en formation professionnelle des adultes. À l’issue de ce stage, en septembre 1967, il rentra à la Société Caillard SA du Havre qui comprenait deux établissements distincts : la division Construction des grues et engins de levage portuaires (l’usine 1) et la division Réparation navale (usine 2). La société Caillard employa jusqu’à 1 200 personnes.

Marius Bastide était désormais chaudronnier-tuyauteur. Syndiqué à la CGT, il fut élu délégué du personnel des établissements Caillard Levage puis membre du comité d’établissement en 1969. Élu au comité central d’entreprise, il en fut nommé secrétaire en 1978. Quand en 1971 la section syndicale CGT Caillard était devenue syndicat d’entreprise, il avait pris les fonctions de secrétaire général adjoint, avant d’être secrétaire général en 1973, succédant à André Labbe. Le syndicat Caillard compta jusqu’à 420 adhérents des premier et deuxième collèges. Tuyauteur à bord des navires, Marius Bastide eut le souci, en lien avec les contrôleurs de Caisse régionale d’Assurance maladie et de l’Inspection du travail, de développer la prévention des accidents et des maladies professionnelles.

Entre 1973 et 1980, il organisa l’action syndicale contre quatre vagues de licenciements avec des réductions d’horaires et du chômage technique qui firent descendre le travail hebdomadaire à vingt-sept heures. Il lutta encore contre trois autres vagues de licenciements quand l’entreprise devint AFO (Ateliers français de l’Ouest) en 1981, puis ARNO (Ateliers réunis du Nord et de l’Ouest). Il fallut six mois de négociations avec la direction générale pour obtenir des grilles uniques de salaire, l’extension de la mutuelle et du restaurant d’entreprise à tous les travailleurs, le maintien des garanties de ressources. La lutte contre la fermeture de l’usine nécessitait aussi l’opposition à la répression patronale. En décembre1985, à l’annonce de la remise en cause du statut des ouvriers de la réparation navale, Marius Bastide et ses camarades occupèrent l’usine ARNO pendant 29 jours et nuits, ce qui fut salué par la presse locale comme le combat victorieux des « inflexibles des ARNO ». Marius Bastide fit en sorte les qu’il n’y ait pas de poursuites financières et pénales contre les salariés accusés de violences et dégradations, traduits devant le tribunal du Havre.

Après la fermeture des ARNO, il créa l’association des licenciés, l’ALEARNO (Association des anciens salariés des ARNO). Le syndicat et l’Association dénoncèrent les répercussions de la fin de la réparation navale au Havre. Président de la Mutuelle, Marius Bastide se retrouva face à une diminution considérable des ressources. En 1988, il fallut muter tous les adhérents à la Mutuelle chirurgicale havraise qui intégra ensuite le groupe IMADIES, devenu PREVADIES puis Harmonie.

La vie militante de Marius Bastide se déroula suivant les grandes dates des combats pour la survie de la filière maritime. En 1974, ce fut la lutte pour le maintien en activité du paquebot « France » qui représente 100 000 heures de travail de travaux et d’entretien annuel ; en 1979, l’action avec occupation de la grande écluse François Ier au Havre, pour retarder le départ du « France » rebaptisé « Norway » pour obtenir les travaux de transformation en France et de 1976 à 1981, le combat permanent pour obtenir un nouveau centre de réparations navales adapté à la taille des navires de la nouvelle génération : en 1981 furent mis en service un nouveau dock flottant et deux quais de réparation à flot de grande capacité. Le 17 novembre 1981, son nom figurait dans la liste, publiée par Le Havre libre, des 29 militants de la CGT appelant à défendre les libertés en Pologne.

Marius Bastide ne se soucia pas d’être considéré par la hiérarchie catholique et le patronat comme un contestataire, agissant dans une démarche de foi en l’Évangile et de foi dans l’homme. En 1966, il fut l’un des quatre premiers prêtres-ouvriers à faire partie de l’équipe nationale pour le Nord et l’Est de l’hexagone. Il fut membre de l’équipe organisatrice des week-ends et de la semaine annuelle de réflexion et de formation permanente à Annecy.

En 2005, Marius Bastide était entré au conseil d’administration de l’IHS-CGT 76 (Institut d‘histoire sociale de Seine-Maritime).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157272, notice BASTIDE Marius, Antoine par Jacques Defortescu, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 2 mars 2014, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Jacques Defortescu, Nathalie Viet-Depaule

Marius Bastide le 30 mai 1959
Marius Bastide le 30 mai 1959
Marius Bastide en 2014
Marius Bastide en 2014

SOURCES : Archives Mission de France, 5 K 1-9, 1-10. — Arch. historiques de l’archevêché de Paris, fonds Frossard, 2D1 2, 12. — Courrier PO, octobre 1995. — Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, Une histoire de la Mission de France. La riposte missionnaire 1941-2002, Karthala, 2007. — Interviews de Marius Bastide, Le fil rouge, 44, été 2012. — Notes d’André Caudron.

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