VARTAN Claude, Jacques

Par Michel Carvou

Né le 10 novembre 1936 à Paris (XIVe arr.) ; agent technique, cadre administratif (1961-1999) ; secrétaire de la section CFDT chez Électronique Marcel Dassault (EMD) devenu Électronique Serge Dassault (ESD) puis Groupe Dassault Électronique (1970-1999), délégué central CFDT du groupe Dassault Électronique (1995-1999) ; vice président du conseil d’administration de la Caisse primaire d’assurance-maladie des Hauts-de-Seine (1991-2004) ; membre du PS.

Fils de Jehan Vartan, ingénieur électricien d’origine arménienne naturalisé Français et d’Irène Génon, sans profession, Claude Vartan était l’aîné d’une fratrie de trois enfants (un garçon, deux filles). Son père, devenu orphelin à la suite du génocide des Arméniens par les Ottomans en 1915, fut recueilli par une association caritative qui, après l’avoir emmené à Alep en Syrie, l’accueillit dans un orphelinat à Beyrouth au Liban où il fit des études à l’Université américaine. Venu en France faute de pouvoir émigrer aux États-Unis, il tint un commerce de radio à Paris (XVe arr.). Sa mère, issue d’une famille ultra-catholique, fit des études de secrétariat puis préféra élever ses enfants. Élevé dans la religion catholique, Claude Vartan suivit l’école primaire à l’école privée Saint-Louis à Paris (XVe arr.). Il fut marqué à cette période par les contradictions entre adultes quand on lui interdisait, à la maison, de chanter les chants (maréchalistes) qu’on lui apprenait à l’école.

Il commença ses études secondaires au lycée Buffon (Paris XVe arr.) et les continua, à partir de la seconde, au lycée Saint-Louis (Paris VIe arr.). Après son échec à la seconde partie du baccalauréat, qui lui provoqua une dépression nerveuse, il s’inscrivit au collège privé Sainte-Barbe (Paris Ve arr.) où il n’arriva toujours pas à décrocher le baccalauréat. En 1957, il entra à l’École centrale de TSF et d’Électronique (ECTSFE) de la rue de la Lune (Paris IIe arr.) dont il sortit diplômé après deux années d’études. Il fut incorporé à l’issue de son sursis en 1959. Comme il avait fait une préparation militaire supérieure, il fut admis à l’École d’application des transmissions (EAT) de Montargis (Loiret) avec le grade d’élève officier. Il n’y resta que quatre mois. C’était l’époque de la montée de l’OAS, la caserne de Montargis avait pris des mesures de vigilance renforcées pour se prémunir contre une éventuelle attaque de son armurerie. Une nuit où il était de garde, ayant entendu des bruits suspects, Claude Vartan fit usage de son arme. Victime d’un syndrome d’obsession d’avoir tué quelqu’un, il fut envoyé à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris. Il y resta deux mois, fut renvoyé dans ses foyers et réformé au bout d’un an pour incompatibilité avec le milieu militaire.

En janvier 1961, il obtint son premier emploi comme agent technique 1re catégorie (AT1) à la Société alsacienne de construction mécanique (SACM) – qui deviendra Alsthom – à Arcueil (Seine, Hauts-de-Seine) dans un service travaillant pour les équipements de sous-marins. Non motivé par son travail, il quitta cette entreprise au bout de trois semaines pour rentrer à la Compagnie sans fil (CSF) à Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine) dans un service spécialisé sur les ferrites. Celui-ci devant être délocalisé en Bourgogne il partit au bout de trois mois. En mai 1961, il trouva un emploi à la Radiotechnique, rue Ledru-Rollin à Paris (XIe arr.) dans un laboratoire qui développait des applications électroniques dans la vie quotidienne, notamment des balances électroniques. Il y resta trois ans puis rentra en 1964 comme AT2 chez Le transistor industriel (LTI) à Boulogne-Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine), établissement d’une cinquantaine de salariés qui fabriquait des alimentations stabilisées. Il y travailla un an avant d’entrer en 1965 comme agent technique principal chez Électronique Marcel Dassault (EMD) – entreprise de 2 000 salariés, située à Saint-Cloud (Seine, Hauts-de-Seine) – dans un service travaillant sur les premiers circuits intégrés. Il resta dans cette entreprise, dont il connut les nombreuses transformations, jusqu’à la fin de sa carrière professionnelle en 1999. Entre-temps, en effet, l’entreprise Électronique Marcel Dassault devint Électronique Serge Dassault en 1982, puis Groupe Dassault Électronique avant d’être absorbée par Thomson-CSF en 1998. À la suite de la création de l’établissement de Saint-Quentin-en-Yvelines, repris ensuite par Thalès, celui de Saint-Cloud fut fermé. C’est dans cet établissement, comportant 2 500 salariés, que Claude Vartan termina sa carrière comme cadre administratif, à l’âge de soixante-trois ans, suite à un licenciement négocié dans le cadre d’un plan d’incitation au départ. Tout au long de sa carrière, il mit à profit les acquis de la formation permanente pour parfaire sa formation initiale. Il obtint la capacité en droit à Paris X Nanterre, avec mention bien en 1976, le diplôme d’études comptables supérieures (DESCS) en 1980, un certificat de psychologie du travail du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) en 1982 et un certificat de sociologie du travail au CNAM en 1985.

La première démarche militante de Claude Vartan fut, au cours de son adolescence, d’aller vendre Témoignage Chrétien et Temps Présent (publication dominicaine), à la criée, à la station de métro Vaugirard, ceci à l’instigation d’un prêtre de sa paroisse qui lui avait fait découvrir ces hebdomadaires. À quatorze ans, il s’engagea comme secouriste à la Croix-Rouge française. À seize ans, il adhéra aux Jeunesses communistes.

Il rallia les rangs de la CFTC en 1962 dans le cadre d’une démarche collective de quelques collègues agents techniques électroniciens de la Radiotechnique revendiquant une augmentation de leurs salaires. Après une rencontre avec Jean Auger* responsable à l’Union parisienne des syndicats de la métallurgie CFTC (UPSM) chargé de la construction électrique et de l’électronique, ils créèrent ensemble une section syndicale et demandèrent des élections de délégués du personnel. Ils eurent à subir des pressions et intimidations de la part du chef du personnel et la première distribution de tracts annonçant l’organisation d’élections se fit avec l’assistance de l’UPSM. Le quorum ne fut pas atteint au premier tour et Claude Vartan ne fut pas élu cette année-là mais seulement l’année suivante. L’action des délégués permit de faire avancer des revendications salariales. Pour la jeune section CFTC de la Radiotechnique, cette période fut aussi celle du débat du positionnement de la CFTC sur l’indépendance de l’Algérie et sur l’évolution de la CFTC en CFDT qu’elle approuva majoritairement.

Après le départ de la Radiotechnique en 1964, Claude Vartan attendit d’être à Électronique Marcel Dassault pour reprendre une carte syndicale. En 1966, bien qu’il y eût une section CFDT dans cette entreprise, il choisit la CGT qui était l’organisation la plus représentative dans le groupe Dassault. Fin 1967, estimant que les électroniciens se retrouvaient de moins en moins dans la forme d’expression et les revendications portées par la CGT, il revint vers la CFDT. Il fut élu délégué du personnel peu de temps avant les événements de mai 1968. La grève générale avec occupation fut décidée par un vote à bulletins secrets. Celle-ci se passa en bonne entente entre la CGT et la CFDT. À la demande du comité de grève, Claude Vartan accepta la responsabilité de la restauration des grévistes qu’il assura avec efficacité pendant les trois semaines de l’occupation. S’il s’en voulut quelque temps d’avoir accepté une tâche « secondaire » dans la conduite d’un tel mouvement, il retint de cette expérience que l’organisation et la logistique sont au moins aussi importantes que l’idéologie et la politique. La grève se conclut sur des avancées significatives comprenant, entre autres, la cinquième semaine de congés payés, l’alignement des congés d’ancienneté des non-cadres sur les cadres, une programmation de la réduction du temps de travail – alors à 48 heures hebdomadaires –, la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise. La CGT et la CFDT refusèrent de signer l’accord, jugé par elles insuffisant et que seule la CGC signa.

Au sortir de la grève, Claude Vartan dut vite se confronter à la nature d’une direction affichant des convictions économiques et politiques alignées sur celles de son PDG Serge Dassault. Un syndicalisme se revendiquant de la lutte des classes ne pouvait être que « l’ennemi d’une entreprise libérale ». Tout militant de ce syndicalisme était prévenu qu’il devait choisir entre son engagement ou sa carrière. Tout salarié qui s’affichait avec un de ces militants se l’entendait reprocher lorsqu’il demandait pourquoi il n’avait pas eu d’augmentation individuelle. Cette orientation s’exerça concrètement dans le soutien affiché de la direction à « la » bonne organisation, la CGC qui, dans l’entreprise, avait à sa tête des responsables s’affichant comme membres du Front National et militant ouvertement contre ces « rouges » qui voulaient casser une entreprise « poule aux œufs d’or » qui prospérait sur les crédits militaires et pratiquait des salaires entre 20 % et 30 % au-dessus de la profession. La CFDT avait de plus, à leurs yeux, le défaut d’avoir milité pour l’autodétermination du peuple algérien et, crime plus grand encore, d’avoir eu en son sein des « porteurs de valise » pour le FLN, c’est-à-dire des « traîtres à leur patrie ».

En 1969, la CGC mena campagne en critiquant une opération, qu’elle qualifia de dispendieuse, d’acquisition immobilière conduite par le CE, à majorité CFDT-CGT, dans le but de sortir ses locaux et ses services de l’enceinte de l’entreprise. L’opération peinait à trouver son terme et devenait de plus en plus coûteuse. La CGC obtint la majorité des sièges et ordonna un audit des comptes qui expertisa quatre millions de francs dépensés sans pièces probantes. Elle engagea un procès contre le secrétaire (CGT) et le trésorier (CFDT) sortants qui dura dix ans et se conclut par leur condamnation en première instance qui fut confirmée en appel. Ces événements affaiblirent les sections syndicales. Le soutien ostensible de la direction de l’entreprise à la CGC, « ce syndicat qui ne voulait pas la mort de l’entreprise », dont le journal d’entreprise louait la gestion du CE, qui obtenait des augmentations de salaires deux jours après les avoir revendiquées par voie de tract, ceci doublé d’un message précis avec répercussion sur les augmentations générales et l’évolution de carrière de ceux qui s’étaient engagés du « mauvais côté » disséminèrent les rangs de la CFDT.

En 1970, Claude Vartan accepta néanmoins de prendre la responsabilité de l’animation de sa section et c’est en jeune secrétaire qu’il participa en 1971 à l’émission de télévision « Hexagone » d’Igor Barrère pour débattre de la participation des salariés aux résultats de l’entreprise. En 1972, la CFDT n’ayant pu présenter de candidats aux élections des délégués du personnel, la direction décréta sa non-représentativité et contesta la désignation de Claude Vartan comme délégué syndical. Il dut faire intervenir son syndicat pour se faire confirmer et resta le seul mandaté de la CFDT dans l’entreprise durant un an. Sous son impulsion, sa section décida de mener son action au plus près des préoccupations des salariés de l’entreprise. Elle réinvestit le champ des délégués du personnel et obtint deux sièges dans le collège employés et agents de maîtrise. En 1975, Pierre Moreau, militant de la section, accepta le mandat de délégué syndical ce qui permit à Claude Vartan de s’impliquer dans le CE comme représentant syndical.

Au début des années 1980, la réduction des crédits militaires liée à l’apaisement de la guerre froide changea la donne pour les entreprises d’armement. Claude Vartan décida de mener le combat sur le terrain de la stratégie de l’entreprise. Il reprocha à la direction de ne pas engager les réorientations qui s’imposaient. Après la chute du mur de Berlin en 1989 et la baisse du marché de l’armement qui s’en suivit, il reformula ses critiques. Dans cet esprit, il initia la réalisation d’un dossier, véritable plaidoyer pour l’emploi et contre la perte de compétence, qu’il alla défendre dans les ministères. Quand tombèrent les plans sociaux des années 1995-1996, il conduisit les démarches de sa section syndicale auprès des ministères de la Défense et du Travail qui permirent d’obtenir l’amélioration des mesures du Fonds national de l’emploi (FNE) et la mise en place d’une cellule de reclassement. Celle-ci fonctionna pendant six mois et obtint des résultats en matière de formation pour la reconversion des câbleuses dans les métiers de la bureautique, de mutations internes, de reclassements au sein des établissements Dassault dont ceux de l’aviation, de primes pour la création d’entreprises. Ces actions permirent à la CFDT de reconquérir du terrain en matière de représentativité, d’autant que la rhétorique de la CGC et son jeu avec la direction du « grâce à nous, voyez tout ce que vous obtenez » ne pouvait plus faire illusion. La CFDT obtint des élus au CE dans le collège des employés et agents de maîtrise ainsi que dans celui des ingénieurs et cadres et devint la première organisation en nombre de sièges de délégués du personnel.

Secrétaire de sa section syndicale de 1970 à 1999, Claude Vartan représenta celle-ci dans les instances professionnelles régionales et nationales. Il participa à la vie de son syndicat, le syndicat parisien des industries aéronautiques et spatiales (SPIAS), puis au gré de l’évolution de l’UPSM rejoignit le syndicat des travailleurs de la métallurgie du 92 centre (STM 92 centre), puis le syndicat des travailleurs de la métallurgie du 92 sud (STM 92 sud) et enfin, après le départ de son entreprise à Saint-Quentin-en-Yvelines, le syndicat de la métallurgie des Yvelines sud (SMYS). Il fut également nommé délégué central du groupe Dassault Électronique par la fédération des mines et de la métallurgie (FGMM-CFDT) de 1995 à 1999 et siégea au conseil de surveillance de la Caisse de retraite interprofessionnelle (CRI) de 1985 à 1991 participant pendant cette période aux travaux des groupes fédéraux et confédéraux de cet organisme.

Présenté par l’Union départementale CFDT des Hauts-de-Seine (UD 92) aux élections de 1983 des administrateurs de la Caisse primaire d’assurance-maladie des Hauts-de-Seine (CPAM 92), il fut successivement élu puis désigné pour le renouvellement de ce mandat qu’il assura durant vingt et un ans. Il y présida la commission conventionnelle pharmaceutique, la commission médico-sociale et la commission conventionnelle des chirurgiens dentistes. Il représenta la CPAM 92 au conseil d’administration de l’Institut Marie Lannelongue (chirurgie cardio-vasculaire), au conseil d’administration du CASH de Nanterre (Centre d’accueil et de soins hospitaliers) et au conseil d’administration de l’ADEP (Association de défense et d’entraide des personnes handicapées). Il fut élu vice-président du conseil d’administration en avril 1991 et reconduit dans cette fonction jusqu’en novembre 2004 lorsque son mandat prit fin pour cause de limite d’âge. Pendant son mandat de vice-président, il fut un défenseur constant de l’indépendance des praticiens-conseil de la Caisse par rapport à l’administration. Convaincu de l’intérêt et de l’enjeu pour l’avenir du système CESAM-vitale qui n’avait pas que des adeptes sur les Hauts-de-Seine, il usa de toute sa force de persuasion pour accélérer sa mise en place et pour convaincre les pharmaciens de l’adopter. Intransigeant sur le bon usage des fonds de la Caisse, il engagea, par lettre du 9 janvier 1998 au directeur régional des affaires sanitaires et sociales, Monsieur Éric Schmieder, un recours contre une décision de subvention de 50 000 francs, destinée à l’Association des élèves de l’école supérieure de commerce extérieure, dépendant du pôle universitaire Léonard-de-Vinci (établissement privé d’enseignement supérieur, créé en 1995 sous l’impulsion de Charles Pasqua président du Conseil général des Hauts-de-Seine). À la suite à ce recours, la subvention votée le 23 décembre 1997 par une majorité du Conseil d’administration, comprenant les représentants des employeurs, la CFTC, la CGC, la FNMF et deux personnalités qualifiées, contre l’avis des représentants CFDT, CGT et FO, fut annulée.

Sur mandat de l’UD-92 CFDT, il siégea au conseil d’administration de l’Office public HLM de Suresnes (Hauts-de-Seine) – renommé OPAC de Suresnes en 1982 – de 2000 à 2008.

Claude Vartan adhéra au Parti socialiste en 2007 et fut candidat aux élections municipales de Suresnes en 2007.
En 1999, il fut initié au Grand Orient de France et fit partie des « dévoilés » de 2007 qui demandèrent à être reçus par le président de l’Assemblée nationale Jean-Louis Debré sur la question de la laïcité.

Claude Vartan s’était marié avec Christiane Balvay en 1962 à Paris (XVe arr.) et avait eu une fille, Florence, née en 1964. Divorcé en 1972, il s’était remarié avec Josette Bouvier le 24 septembre 1977 au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), dont il divorça en 1987.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157273, notice VARTAN Claude, Jacques par Michel Carvou, version mise en ligne le 13 mars 2014, dernière modification le 13 mars 2014.

Par Michel Carvou

ŒUVRE : Les terroristes de l’espérance, première édition 1982, à compte d’auteur.

SOURCES : Archives UPSM. — Archives FGMM. — Archives de l’Union départementale CFDT des Hauts-de-Seine. — Entretiens avec Claude Vartan : 25 janvier, 13 juin 2012 et 12 février 2013.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément