BATLLE Simon [« El Manyot » ; « le Manchot » ; « Cornet », pseudonymes de résistance].

Par André Balent

Né le 1er septembre 1908 à Argelaguer (province de Gérone, Espagne), fusillé par les troupes allemandes le 19 août 1944 à Roullens (Aude) ; scieur de douelles ; berger ; militant communiste ; résistant (FTPF) des Pyrénées-Orientales.

Taurinya (Pyrénées-Orientales), plaque commémorative de l’incendie du chalet du Canigou du Club alpin français qui avait servi de cantonnement au maquis Henri Barbusse et qui fut détruit par les Allemands le 8 juillet 1944
Taurinya (Pyrénées-Orientales), plaque commémorative de l’incendie du chalet du Canigou du Club alpin français qui avait servi de cantonnement au maquis Henri Barbusse et qui fut détruit par les Allemands le 8 juillet 1944
Photographie : André Balent, 1er août 2006

Simon Batlle i Abel (Abel est son patronyme maternel) était natif d’Argelaguer, localité de la Garrotxa, région frontalière qui jouxte le Vallespir. Son père était prénommé Jean. Sa mère s’appelait Carmen Abel. Tous deux étaient décédés en 1944. Sa famille s’était installée à Céret, la principale localité du Vallespir région qui était liée à la Garrotxa par des liens de toutes sortes, économiques et familiaux. Il demeura célibataire.

Pendant son enfance et son adolescence, il vécut à Céret (Pyrénées-Orientales) où il fut employé comme ouvrier d’une scierie. Il perdit un bras dans un accident de travail ce qui lui valut le surnom de « Manchot » (« Manyot » en catalan). À Céret, militant de gauche, il se lia d’amitié avec Pierre Mau. Il se rapprocha du PC et milita notamment au Secours rouge international. Dans le cadre du rassemblement populaire, il réussit, en 1936, à rassembler autour de lui, à la même tribune les candidats du PC, Léopold Roque et de la SFIO, Louis Noguères lors d’une réunion publique à Reynès près de Céret.

Pendant la guerre civile espagnole, il franchit la frontière pour lutter du côté des républicains. Il est douteux, que du fait de son infirmité il ait appartenu aux Brigades internationales comme ont pu l’écrire certains. Nous ignorons tout de son activité en Espagne. Au moment de la Retirada, il rentra clandestinement en France. Il délaissa le Vallespir pour s’établir à Estoher (Pyrénées-Orientales) en Conflent, où il trouva à s’employer comme berger.

Résistant, il intégra la compagnie des FTPF du Conflent le 3 septembre 1943.
Avant le 6 juin 1944, depuis Estoher, près de Vinça (Pyrénées-Orientales), où il était berger, Il recueillit des résistants qui cherchaient des planques. Il s’efforça de regrouper les réfractaires du Conflent qui avaient formé quelques petits maquis à l’existence précaire Rigarda, Nohèdes, à proximité du col de Jau dans la commune de Mosset, Belloc ou le plateau d’Embullà près de Villefranche-de-Conflent. Il eut aussi l’occasion de rentrer en contact avec des éléments du maquis FTPF qui se repliaient depuis Pleus qu’ils avaient été contraints d’abandonner [Voir Mestres Gilbert ; Morer George (sic)]. Devenu en juin 1944, agent de liaison du maquis Henri-Barbusse replié dans le massif du Canigou et regroupé par ses soins d’abord près de Fillols (Pyrénées-Orientales), Batlle accepta des missions périlleuses. Après le combat du pic Cogolló, près de Fillols, le 28 juin 1944, le maquis se replia au chalet des Cortalets, propriété du Club alpin français. Le 8 juillet après une attaque conjointe par la Milice et les Allemands, le chalet fut incendié et le maquis dut se replier, d’abord à Valmanya puis à l’ancienne mine de fer de la Pinosa. Après l’attaque du chalet, Batlle fut capturé par les Allemands le 10 juillet alors qu’il ramenait du ravitaillement au maquis Henri-Barbusse. Interné d’abord à la citadelle de Perpignan (Voir : Citadelle de Perpignan), il fut ensuite transféré, le 17 juin, à la prison de Carcassonne (Aude) avec d’autres détenus de Perpignan, eux aussi résistants. Il fut détenu avec ses compagnons de voyage et des résistants audois. Il fut sauvagement torturé.

Il a été fusillé avec d’autres résistants par les Allemands sur le point de quitter la région de Carcassonne au dépôt de munitions de Baudrigues (commune de Roullens, Aude), près de Carcassonne. La fiche militaire d’états de services de Simon Batlle (reproduction in Gual & Larrieu, 1998, p. 971) indique « qu’il fut fusillé le 18 août 1944 » à Carcassonne, alors qu’il s’agit en fait, de la commune de Roullens près de cette ville. Son acte de décès indique qu’il est « mort pour la France » également le 18 août 1944. Il précise également qu’il était sergent chef des Forces françaises de l’intérieur. Cet acte de décès fut transcrit sur le registre de l’état civil de Céret le 9 juillet 1951. Évoquant le massacre de Baudrigues, Lucien Maury, historien de la résistance audoise, indique qu’il eut lieu le 19 août (et non le 18). D’ailleurs, c’est le 19 août que l’on commémore chaque année le souvenir des victimes du massacre de Baudrigues. Les dix-neuf détenus furent fusillés. Les Allemands firent sauter le dépôt de Baudrigues. On ne retrouva que des débris de corps humains. Furent formellement identifiés : Jean Bringer, alias « Myriel » chef de l’AS de l’Aude ; Pierre Roquefort ; Aimé Ramond, fonctionnaire de police, l’un des animateurs du NAP de l’Aude ; Gilbert Bertrand, du Corps franc de la Montagne Noire ; Jean Hiot, du maquis de Trassanel ; Léon Juste. Sur le coup, l’identité des treize autres victimes de la tuerie, parmi lesquelles deux femmes et Simon Batlle ne put être établie. D’autres victimes furent identifiées ultérieurement, Maurice Sévajols de Perpignan en troisième lieu. Le 5 mai 1945, un juge d’instruction accompagné d’un médecin a identifié d’autres personnes dont Simon Batlle (écrit à tort « Baills » dans le blog cité dans les sources qui reprend une interprétation erronée corrigée par Lair, Rivals et Roou, op. cit., 1995), René Avignon natif de Montpellier (Hérault) arrêté à Perpignan, Jacques Bronson (né le 16 février 1923 à Saint-Pé-de-Bigorre, Hautes-Pyrénées), André Gros communiste charentais FTPF de l’Aude, et Gilbert Bertrand un Parisien, maquisard (AS) dans l’Aude. André Torrent, de Saint-Hippolyte (Pyrénées-Orientales) considéré comme mort en déportation a été reconnu plus tard comme l’une des victimes de la tuerie de Baudrigues. Les deux femmes ne purent être identifiées ; Suzanne Last le fut beaucoup plus tard. Dans les vestiges du parc du château de Baudrigues, trois stèles rappellent le souvenir du massacre. Dans les Pyrénées-Orientales a circulé une version erronée de sa mort selon laquelle il aurait été assassiné par l’explosion d’un bâton de dynamite dans sa bouche (mais on a pu lui mettre un détonateur dans celle-ci ou à proximité).

À Céret, le nom de Simon Batlle a été donné à un boulevard de la ville. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la ville. Ses restes reposent dans le carré des corps restitués (1939-1945) du cimetière de Céret.

Voir Lieu d’exécution de Roullens (Aude), château et dépôt de munitions de Baudrigues.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157319, notice BATLLE Simon [« El Manyot » ; « le Manchot » ; « Cornet », pseudonymes de résistance]. par André Balent, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 3 juin 2018.

Par André Balent

Taurinya (Pyrénées-Orientales), plaque commémorative de l’incendie du chalet du Canigou du Club alpin français qui avait servi de cantonnement au maquis Henri Barbusse et qui fut détruit par les Allemands le 8 juillet 1944
Taurinya (Pyrénées-Orientales), plaque commémorative de l’incendie du chalet du Canigou du Club alpin français qui avait servi de cantonnement au maquis Henri Barbusse et qui fut détruit par les Allemands le 8 juillet 1944
Photographie : André Balent, 1er août 2006

SOURCES : Arch. dép. Aude, 3 J 2871, fonds Jacques Bronson, manuscrit d’André Biaud, de Maureillas, transféré de Perpignan à Carcassonne le 17 août 1944 en compagnie d’autres détenus de Perpignan dont Simon Batlle. — Arch. com. de Céret, état civil. — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II b, De la Résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, 1998, 687 p. [pp. 545, 547 (photo), 548-549, 550, 552, 559, 919, 970 (portrait), 972]. — Roger Lair, Claude Rivals, André Roou, Aimé Ramond. De Montgeard à Carcassonne, itinéraire d’un policier résistant, préface de Julien Allaux, Montgeard, Amicale culturelle, cercle d’histoire Aimé Ramond, 1995, 137 p. [en particulier, les pp. 119-121]. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Prades, Terra Nostra, 1994, 400 p. [p. 284, p. 302]. — Lucien Maury, La Résistance audoise (1940-1944), tome II, Carcassonne, Comité d’Histoire de la Résistance du département de l’Aude, 1980, 441 p. [p. 344, 396]. — Georges Sentis, Les communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales. Biographies, Lille, Marxisme / régions, 1994, 182 p. [p. 145] ; Dictionnaire biographique des résistants et des civils des Pyrénées-Orientales tués par les Allemands et les collaborateurs, Perpignan, 2012, 28 p. [p. 14-15]. — http://musiqueetpatrimoine.blogs.lindependant.com, Musique et patrimoine de Carcassonne, blog d’informations sur la culture, l’histoire et le patrimoine de Carcassonne, consulté le 6 mars 2014.

ICONOGRAPHIE : Gual & Larrieu, op.cit., 1998, p. 970. Simon Batlle à Rigarda, 1940.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément