BRINGER Jean [« Myriel » pseudonyme de Résistance]

Par André Balent

Né le 28 août 1916 à Vincennes (Seine ; Val-de-Marne) ; militaire de carrière ; ingénieur des Eaux-et-Forêts dans l’Aude ; chef de l’AS puis des FFI de l’Aude ; fusillé par les Allemands le 19 août 1944 dans le dépôt de munitions de Baudrigues, Roullens (Aude).

Jean Bringer, alias
Jean Bringer, alias "Myriel"
collection André Balent

Jean Bringer était le fils de Rodolphe Bringer (connu aussi sous le nom de Rodolphe Béranger, 1871-1943), militant pacifiste, collaborateur probable de l’Humanité puis rédacteur du Bonnet Rouge et du Journal du Peuple il fut l’un des fondateurs du Canard Enchaîné auquel il collabora jusqu’en 1935.

Jean Bringer envisagea d’abord de présenter le concours d’entrée à l’école des Arts-et Métiers. Mais il ne put le faire car son inscription fut refusée pour daltonisme.

Jean Bringer contracta un engagement volontaire en 1936. D’abord soldat de deuxième classe, il accéda au grade de sergent en 1938. Il suivit les cours de l’école d’officiers de Saint-Maixent (Deux-Sèvres) et devint en 1939 aspirant de réserve au 75e bataillon alpin de forteresse. Cette unité formée en octobre 1935 était cantonnée dans les Alpes-Maritimes : centrée à Peira Calva, dans la vallée de la Bévéra, au pied du massif d’Authion, elle subit l’assaut des troupes italiennes entre le 20 et le 25 juin 1940.

Jean Bringer demeura dans l’armée d’armistice. Lieutenant, il fut affecté au 24e bataillon de chasseurs alpins, en garnison à Hyères (Var). Avant la dissolution de l’armée d’armistice, il fut d’abord en poste au Bousquet-d’Orb (Hérault) où il exerça les fonctions de commissaire des chantiers de Ce fut là qu’il prit contact avec la Résistance, convaincu par un camarade de l’école d’Infanterie d’Aix-en-Provence. Agent de liaison, il accompagna le général Koenig jeunesse pour une visite des montagnes de l’Hérault. Le Bousquet d’Orb était la localité d’où était originaire sa femme avec laquelle il se maria en 1941.Il fut démobilisé le 27 novembre 1942. Il se reconvertit en ingénieur des Eaux-et-Forêts à compter du 1er décembre 1942 et fut affecté dans l’Aude à Carcassonne.

Il prit bientôt en main la direction de l’AS du département de l’Aude, sous l’autorité du chef départemental des MUR, Lucien Roubaud. Il prit comme pseudonyme le nom d’un célèbre personnage des Misérables de Victor Hugo. Au mois de mai 1944, Bringer devint le chef départemental des FFI de l’Aude et eut ainsi autorité sur toutes les unités armées de la Résistance audoise, AS, FTPF, ORA. Ses activités professionnelles justifiaient des déplacements dans les forêts du département en particulier celles des Pyrénées audoises et de la Montagne Noire). Il déploya efficacement une grande activité dans la structuration des unités audoises issues des maquis. Il put d’abord structurer solidement l’AS audoise en quinze secteurs géographiques et superviser la formation du grand maquis AS de Picaussel dans le Pays de Sault (Pyrénées audoises) dont Lucien Maury (« Frank »), instituteur à Lescale (commune de Puivert), organisateur de l’AS dans le Kercorb, prit la direction. Il devint rapidement un meneur d’hommes clairvoyant qui sut susciter l’adhésion des résistants et des maquisards, de l’AS, de l’ORA, des FTPF, qu’il eut sous ses ordres. Il fut arrêté sur dénonciation — sans doute du fait Pierre Chiavacci alias Ribes", agent de liaison de la Résistance retourné par les Allemands après son arrestation — le 29 juillet 1944 à Carcassonne. Gilbert de Chambrun le remplaça à la tête des FFI par Georges Morguleff. Victor Meyer le seconda au titre des FTPF et le remplaça momentanément à la tête des FFI de l’Aude avant la désignation de Morguleff.

Incarcéré à la prison de Carcassonne, Bringer fut interrogé par les policiers allemands du SD. Torturé, il ne livra aucun nom de résistants. Le 19 août 1944, alors que les Allemands s’apprêtaient à quitter Carcassonne, il fut extrait, ainsi que dix-huit autres résistants dont deux femmes (Voir Batlle Simon), et fut exécuté au château de Baudrigues, à Roullens, où se trouvait un important dépôt de munitions.

Les obsèques solennelles et grandioses de Jean Bringer eurent lieu à Carcassonne le 31 août 1944. L’absoute fut donnée en la cathédrale Saint-Michel par Mgr. Pays, évêque de Carcassonne. Dans le cimetière, le cercueil fut porté à dos d’homme par des chefs de maquis AS ou FTPF (Lucien Maury, Louis Bahi). Le cercueil fut déposé dans le caveau familial de Louis Amiel, président du CLL, maire provisoire de Carcassonne d’août à septembre 1944, puis transféré au cimetière de Pierrelatte (Drôme) en 1945.

Le sculpteur surréaliste audois René Iché (1897-1954), résistant du réseau parisien du Musée de l’homme et beau-père de Robert Rius, est l’auteur (1948) du monument carcassonnais du square Gambetta dédié à Jean Bringer et aux résistants de la Montagne Noire. Le nom de Jean Bringer figure aussi sur l’un des trois monuments — celui qui lui est tout particulièrement dédié — de Baudrigues, à Roullens ; sur le monument commémoratif du maquis de Picaussel à Puivert (Aude) ; sur une plaque commémorative du square de l’armistice à Carcassonne ; sur le monument aux morts de Pierrelatte (Drôme). Son nom fut donné à deux rues, à Carcassonne et au Bousquet-d’Orb (Hérault).

Jean Bringer accéda à titre posthume au rang de chevalier de la Légion d’honneur et fut décoré de la Croix de guerre avec palme.

En janvier 2014 sa veuve donna les archives de son mari à la Société des arts et des sciences de Carcassonne. Elles furent déposées aux archives départementales de l’Aude. En mars 2014, elle donna à la même société savante un buste de Jean Bringer, oeuvre d’Hélène Cannac-Vauret.

Jean Bringer se maria en 1941 au Bousquet-d’Orb (Hérault) avec Claire Dreuilh. Leur fils unique, Jean-Marie Bringer (1943-2011) fut professeur. Laïque militant il adhéra au pastafarisme, religion parodique créée en 2005 au États-Unis pour ridiculiser les créationnistes et les ennemis de la science.

Voir Lieu d’exécution de Roullens (Aude), château et dépôt de munitions de Baudrigues.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157329, notice BRINGER Jean [« Myriel » pseudonyme de Résistance] par André Balent, version mise en ligne le 9 mars 2014, dernière modification le 3 octobre 2018.

Par André Balent

collection André Balent "> Jean Bringer, alias "Myriel"
Jean Bringer, alias "Myriel"
collection André Balent
Baudrigues, plaque posée à côté du monument à la mémoire de Jean Bringer
Baudrigues, plaque posée à côté du monument à la mémoire de Jean Bringer
Texte gravé sur la plaque : "Ici le corps de Jean Bringer dit Myriel a été découvert assassiné par les nazis le 19 août 1944. Les temps n’effaceront jamais sa mémoire"
Photographie André Balent
Carcassonne, square Gambetta, monument à la mémoire de Jean Bringer et en l'honneur de la Résistance. Oeuvre de René Iché (1948)
Carcassonne, square Gambetta, monument à la mémoire de Jean Bringer et en l’honneur de la Résistance. Oeuvre de René Iché (1948)
Texte : "À la mémoire de Jean Bringer Myriel et de ses compagnons d’héroïsme qui périrent suppliciés dans la lumière d’août 1944"
Photographie : André Balent, 10 novembre 2015
Carcassonne, square Gambetta, monument à la mémoire de Jean Bringer et en l'honneur de la Résistance. Oeuvre de René Iché (1948)
Carcassonne, square Gambetta, monument à la mémoire de Jean Bringer et en l’honneur de la Résistance. Oeuvre de René Iché (1948)
Vue générale (1)
Photographie : André Balent, 10 novembre 2015
Carcassonne, square Gambetta, monument à la mémoire de Jean Bringer et en l'honneur de la Résistance. Oeuvre de René Iché (1948)
Carcassonne, square Gambetta, monument à la mémoire de Jean Bringer et en l’honneur de la Résistance. Oeuvre de René Iché (1948)
Vue générale (2)
Photographie : André Balent, 10 novembre 2015
Carcassonne, square Gambetta, monument à la mémoire de Jean Bringer et en l'honneur de la Résistance. Oeuvre de René Iché (1948)
Carcassonne, square Gambetta, monument à la mémoire de Jean Bringer et en l’honneur de la Résistance. Oeuvre de René Iché (1948)
Détail (3)
Photographie : André Balent, 10 novembre 2015

SOURCES : Lucien Maury, La Résistance audoise (1940-1944), Carcassonne, Comité d’Histoire de la Résistance du département de l’Aude, 1980, tome I, pp. 303-304, 339-340, tome II, pp. 306, 344, 396]. — Julien Allaux, La seconde Guerre mondiale dans l’Aude, Épinal, Le sapin d’or, 1986, 254 p. — Yannis Bautrait, Jean Blanc, Sylvie Caucanas, Françoise Fassina, Geneviève Rauzy, Résistances et clandestinité dans l’Aude, catalogue par les Archives départementales de l’Aude, présentée à Carcassonne du 11 octobre 2010 au 7 janvier 2011, Carcassonne, Archives départementales de l’Aude, 2010, 71 p. — Jean-Louis H Bonnet, "La Libération de Carcassonne d’après les témoins (19 et 20 août 1944), Mémoires de l’Académie des Arts et sciences de Carcassonne, années 2012-2015, 6e série, tome IV, volume 55, pp. 139-177. — Site http://musiqueetpatrimoine.blogs.lindependant.com/archive/2013/08/22/les-funerailles-de-jean-bringer-chef-ffi-176715.html consulté le 7 mars 2014. — Site http://www.memorial-genweb.org consulté le 8 mars 2014. — Site http://academiedesartsetdessciencesdecarcassonne.blogs.midilibre.com consulté le 8 avril 2014. — Divers témoignages oraux.

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