SITT Monique, Marthe, Paulette, Marie, épouse LECHANTRE

Par Michel Carvou

Née le 16 avril 1938 à Rueil-Malmaison (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine), morte le 6 mars 2020 à Rueil-Malmaison ; secrétaire ;
responsable fédérale de la JOCF (1954-1960) ; militante syndicaliste CFTC-CFDT, déléguée du personnel, déléguée au comité d’entreprise ; militante PSU-GOP-PLC (1968-1976) ; présidente du Collectif nantérien/enfants/parents/professionnels (CNEPP) les Arlequins (2000-2006).

Fille de Robert Sitt et d’Huguette Dehors, Monique Sitt était l’aînée de huit sœurs et un frère. Son père, ancien jociste ayant exercé des responsabilités fédérales, avait été ouvrier spécialisé à Heudebert en 1939 avant d’être mobilisé, puis fait prisonnier de guerre et libéré en septembre 1945. Il avait ensuite exercé les métiers de coiffeur et de dessinateur industriel à la Télémécanique. Syndiqué à la CFTC puis au syndicat autonome de la Télémécanique, il avait été membre du MRP, président des parents d’élèves et militant au conseil de son quartier. Sa mère, ancienne jociste, qui éleva ses enfants, avait été présidente de l’Association des femmes de prisonniers de guerre de Rueil-Malmaison (1942-1945), animatrice des Cœurs Vaillants, membre du Mouvement populaire des familles (MPF), conseillère municipale de Rueil-Malmaison (1945-1947), élue avec trois autres femmes à l’issue du premier scrutin donnant le droit de vote et d’éligibilité aux femmes.

Monique Sitt fit sa scolarité à l’école Notre-Dame de Rueil-Malmaison (1944-1954) d’où elle sortit avec le BEPC et un diplôme de sténo-dactylo. Elle fit partie des Âmes Vaillantes du patronage de Rueil-Malmaison (1945-1950), adhéra à la JOCF en 1953 et devint responsable d’une équipe locale.

Le 1er septembre 1954, elle débuta son premier emploi chez Adrien-Claude à Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine), entreprise du bâtiment de 250 salariés, où elle fut embauchée comme standardiste dactylo. Continuant son engagement à la JOCF, elle devint présidente de la fédération de la Vallée-de-la-Seine (1955-1960), milita pour l’instauration d’une convention collective pour les employées de maison et développa les liens avec l’Action catholique en milieu indépendant (ACI). Elle fut marquée par sa première assemblée générale nationale, où se débattait la position de la JOC sur le référendum du 28 septembre 1958, lancé par le général de Gaulle pour l’instauration de la Ve République. Le débat montrait un fort désaccord entre celles qui pensaient que la JOCF n’avait pas à prendre position et celles, dont elle était, qui défendaient le contraire. Il se conclut par un appel à voter non.

En septembre 1957, elle quitta l’entreprise Adrien-Claude pour un emploi de dactylo à la Télémécanique électrique, entreprise de la métallurgie de 2 000 salariés. Elle y resta six ans, jusqu’en juillet 1963, travaillant successivement dans les établissements de Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine), puis de Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine). Elle décida de se syndiquer à la CFTC en 1958, dans une démarche commune avec un militant jociste qui allait devenir son mari, Gérard Lechantre. En l’absence de section syndicale dans leurs entreprises respectives, ils se syndiquèrent comme « adhérents isolés » auprès de Claude Lepennec*, permanent interprofessionnel CFTC, chargé du secteur « Vallée de la Seine » basé à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise).

En 1961, après une rencontre avec Simone Troisgros* permanente confédérale, elle créa avec Gaby Ibert, un collègue de son entreprise, une section CFTC membre de l’Union parisienne des syndicats de la métallurgie (UPSM) CFTC puis CFDT. Gaby Ibert et elle se présentèrent aux élections de délégués du personnel et furent élus, lui titulaire et elle suppléante. Très vite, la jeune section qui ne comptait que deux adhérents au démarrage dut se confronter au syndicat maison majoritaire et reçut pour cela le soutien de la CGT également implantée dans l’entreprise. Elle mena l’action sur les conditions de travail, contre la mise en compétition par la maîtrise des dactylos travaillant en pool, fit venir l’inspecteur du travail pour des problèmes d’hygiène et de sécurité concernant des ouvrières et ouvriers à la chaîne, soutint des réclamations sur les horaires de travail inadaptés aux horaires des bus. Dans une entreprise paternaliste, qui favorisait le syndicat maison pour contrer les syndicats ouvriers, ces actions revendicatives ne convenaient pas à la politique de la direction. Elle se vit muter trois mois pour des raisons de « discipline » dans l’établissement de Rueil-Malmaison.

Monique Sitt s’était mariée avec Gérard Lechantre le 21 mai 1960 à Rueil-Malmaison. Après la naissance de leur deuxième fille, elle ne reprit pas son activité salariée pour se consacrer à l’éducation de ses enfants et quitta la Télémécanique électrique le 30 juillet 1963. À son départ de l’entreprise, la section syndicale comptait dix adhérents. Gaby Ibert en poursuivit l’animation et la section syndicale réunit bientôt une trentaine d’adhérents.

Après une interruption de sa vie professionnelle pendant onze ans, Monique Sitt reprit un emploi de secrétaire dans l’Éducation nationale, au GRETA de Rueil-Malmaison, qui démarrait et dont elle était la deuxième salariée. Elle y resta dix ans (1974-1985) pendant lesquels elle fut adhérente au Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) CFDT. En septembre 1985, elle entra comme secrétaire de direction à l’association Buzenval de Colombes (Hauts-de-Seine), association de 90 salariés, concernant l’Action éducative en milieu ouvert (AEMO) et la protection de l’enfance. Elle adhéra au syndicat Santé-sociaux CFDT des Hauts-de-Seine, fut élue déléguée du personnel et déléguée au Comité d’entreprise dont, elle fut secrétaire, et où elle anima la commission culturelle. En décembre 1995, elle se porta volontaire pour partir à la retraite dans le cadre du dispositif ARPE, destiné à créer un départ pour une embauche.

L’interruption de sa carrière professionnelle, de 1963 à 1974, n’interrompit pas pour autant ses engagements militants. Ayant adhéré à l’Action catholique ouvrière (ACO) en 1960, peu après son mariage, elle fut plusieurs fois responsable d’équipe et de secteur : « Vallée de la Seine » (1960-1964), « La Boucle » (1964-1969) où elle prépara la création du secteur 92 centre avec Raymond Villiers, et fut déléguée aux assemblées nationales de 1968 et 1996. Adhérente à la Fédération des conseils des parents d’élèves (FCPE) de 1965 à 1971, elle exerça les responsabilités de secrétaire puis de présidente du Conseil d’école de son quartier à Rueil-Malmaison.

En 1964, avec Françoise Villiers*, Claude Tarrière* et son mari, Gérard Lechantre, elle participa à la création de l’Association syndicale des familles (ASF) des « Gibets » – du nom de la cité HLM de Rueil-Malmaison où elle était implantée –, association membre de la Confédération syndicale des familles (CSF). Elle en fut présidente de 1967 à 1976 et représenta la CSF au Conseil départemental de l’UDAF de 1971 à 1972. L’ASF des Gibets développa des actions culturelles, de loisirs et de soutien scolaire pour les enfants. Elle initia des projets intergénérationnels pour favoriser les échanges entre adultes et adolescents. Elle mit en place une action contre les violences et le racisme dans le quartier en constituant un collectif de défense juridique initié par Henri Leclerc, animé par de jeunes avocats, avec paiement des frais par une contribution solidaire des jeunes, de leurs familles et de bénévoles. En 1970-1971, avec un regroupement d’associations et de syndicats, elle avait lutté contre les expulsions sauvages et pour le relogement des habitants des bidonvilles et cités d’urgence de Rueil-Malmaison.

Monique Sitt avait adhéré au PSU en 1968, trois ans avant l’éclatement de ce parti. Avec Marc Heurgon, Emmanuel Terray* et Alain Lipietz*, elle s’engagea alors dans le « courant cinq » qui prendra successivement les noms de Gauche ouvrière et populaire (GOP), Gauche ouvrière et paysanne et Pour le communisme (PLC), et milita jusqu’en 1976 dans le groupe dit « de Chatou » (Yvelines).

Après son départ en retraite en 1995, elle s’engagea à Nanterre-Palestine qu’elle allait quitter en 2008. Elle entra au conseil d’administration de l’« ASSOL, Maison des chômeurs », association de solidarité pour l’emploi, la formation et la créativité (1995-2010) située à Nanterre (Hauts-de-Seine), milita dans les collectifs de soutien aux « sans-papiers » de Colombes et de Nanterre (1997-2000) et assura une présence jour et nuit auprès des femmes du collectif de Colombes qui avaient entamé une grève de la faim en 1998.

Avec Marie-Louise Terray, qui en fut l’initiatrice, et un groupe de femmes bénévoles à l’ASSOL Maison des chômeurs, elle participa à la création du Collectif nanterrien enfants/parents/professionnels (CNEPP), les Arlequins. Cette crèche associative, située dans un quartier d’habitat social de Nanterre, proche du quartier de La Défense, ouverte de six heures à vingt-deux heures, avait pour but de permettre aux mères de famille sans qualification ou en insertion, de travailler dans des emplois adaptés à leurs possibilités (ménage, grande distribution, milieu hospitalier). Elle était adossée à une structure d’accompagnement et de soutien social développant des activités socio-éducatives et d’aide à l’emploi et à la parentalité. Monique Sitt en assura la présidence de 2000 à 2006. À partir de 2007, elle participa à l’association « les Aygues », ayant pour but la gestion d’une maison familiale d’une capacité de soixante lits à Ruynes-en-Margeride (15), offrant des séjours de vacances et de loisirs culturels à des personnes et des familles modestes, voire en grande difficulté. Elle fut secrétaire de son conseil d’administration

Monique Sitt partagea la plupart de ses engagements avec son mari, Gérard Lechantre, né comme elle à Rueil-Malmaison, ouvrier tôlier puis dessinateur en carrosserie chez Renault, militant jociste, militant CFDT, militant politique (PSU-GOP-PLC), et associatif, membre de l’Action catholique ouvrière (ACO). Ils eurent quatre enfants : Marie-Claire (9 juillet 1961), Myriam (1er mai 1963), Isabelle (18 décembre 1968) et François (7 décembre 1970) à Rueil-Malmaison.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157409, notice SITT Monique, Marthe, Paulette, Marie, épouse LECHANTRE par Michel Carvou, version mise en ligne le 13 mars 2014, dernière modification le 26 septembre 2020.

Par Michel Carvou

SOURCES : Archives UPSM-CFDT. – Fonds personnel de Monique Sitt, épouse Lechantre. –Entretiens, février 2012.

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