MARTIN Jean, Auguste, Noël [Pseudonyme dans la Résistance : Louis]

Par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

Né le 7 mars 1910 à Saint-Rémy (Saône-et-Loire), fusillé après condamnation à mort le 5 août 1943 à L’Épine (Marne) ; artisan menuisier-ébéniste ; militant communiste ; résistant ; Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France ; FTPF-FFI.

Jean Martin
Jean Martin
SOURCE : L’Union

Jean Martin était le fils de Jean François et Marie Martin. Il avait épousé le 3 septembre 1932 à Saint-Rémy Marie Juliette Brondeault (ou Brandeaux selon la transcription du jugement déclaratif décès). Le couple était domicilié à Saint-Rémy où Jean Martin exerçait la profession d’artisan-menuisier-ébéniste.

Militant communiste de Saône-et-Loire passé à la clandestinité fin octobre 1942, Jean Martin fut envoyé à Reims par le Front national de lutte pour la la libération et l’indépendance de la France sous le pseudonyme de Louis. Au début de 1943, il accueillit et hébergea Michel Sicre, secrétaire avant guerre du syndicat CGTU de la Société des transports en commun de la région parisienne (TCRP) qui, après avoir organisé le Front national en Bourgogne et en Franche-Comté, assura dans la Marne la direction départementale du mouvement.
Jean Martin organisait la diffusion de tracts hostiles à l’occupant et était chargé du recrutement de résistants dans toute la région, de Château-Thierry (Aisne) à Rethel (Ardennes). Membre des FTPF, il rassemblait des armes, des munitions, des engins incendiaires qu’il se procurait auprès de résistants ardennais comme Raymond Gavart, et qu’il entreposait dans un immeuble situé rue de Trianon à Reims.

Le 15 février 1943, une perquisition de la Police française à Reims (Marne) découvrit le dépôt d’armes dans un appartement meublé et aboutit à l’arrestation de Jean Martin et de cinq camarades, parmi lesquels Maximilien Thomas, déporté le 11 novembre 1943 à Natzweiler, mort en déportation.
Jean Martin fut incarcéré à la prison de Reims. L’instruction de son procès a d’abord été menée par le parquet de Reims. Le procureur de la République de Reims, procureur de l’État français aux ordres du gouvernement de Vichy, a fait transférer Jean Martin au quartier allemand de la prison de Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne) et a transmis le 24 juin 1943 le dossier et les caisses de munitions saisies par la Police française comme pièces à conviction au tribunal militaire allemand FK 531 siégeant à Châlons-sur-Marne.
Jean Martin a été condamné à mort le 27 juillet 1943 par le tribunal militaire de la FK 531 pour « détention d’armes et activité communiste » et a été fusillé le 5 août 1943 sur le terrain de la Folie à L’Épine (Marne). Il a été le premier condamné à mort à être fusillé en ce lieu.

Un jugement déclaratif du tribunal civil de première instance de Châlons-sur-Marne rendu le 27 août 1943 et transcrit à l’état civil de cette ville le 7 septembre 1943, le déclare « décédé à Châlons-sur-Marne le 5 août 1943 à seize heures cinquante-trois minutes ».

Un extrait de la dernière lettre de Jean, Auguste Martin adressée à son épouse et à ses enfants a été publié dans L’Union du 13-14 septembre 1947 :

Soyez tous forts et courageux. Aujourd’hui à cinq heures du soir je serai dans un monde meilleur. Je suis victime de circonstances malheureuses. Hélas, si les peuples se comprenaient, il n’y aurait plus de sang versé. Je souhaite que cette guerre soit la dernière et que tous les peuples vivent en frères. Je n’aurai hélas pas le bonheur de le voir. Séchez vos larmes, cela n’avance à rien. Soyez forts et courageux, ne vous laissez pas abattre.
Adieu, vive la France.

Inhumé dans le cimetière de l’Est de Châlons, le corps de Jean Martin a été exhumé le 28 juillet 1948 et a été transféré dans un cimetière dont la localisation n’a pas pu être déterminée.

Jean Martin a été reconnu « Mort pour la France » en 1945 et a été homologué FFI. Le titre d’Interné-résistant lui a été décerné ainsi que la Médaille de la Résistance par décret du 7 novembre 1958 publié au JO du 3 décembre 1958.

Dans la Marne, le nom de Jean Martin est inscrit sur la plaque commémorative de la Butte des fusillés à L’Épine.
En Saône-et-Loire, il est inscrit sur le monument aux morts de Saint-Rémy.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157437, notice MARTIN Jean, Auguste, Noël [Pseudonyme dans la Résistance : Louis] par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson, version mise en ligne le 11 mars 2014, dernière modification le 15 avril 2020.

Par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

Jean Martin
Jean Martin
SOURCE : L’Union
Butte des fusillés à L’Épine
Butte des fusillés à L’Épine
Sur la plaque commémorative</br>de la Butte des fusillés à L’Épine
Sur la plaque commémorative
de la Butte des fusillés à L’Épine
SOURCE : 
Photos Jean-Pierre et Jocelyne Husson

SOURCES : SHD, Vincennes, GR 16 P 397986. – Arch. CH2GM-Marne, Direction de l’état civil et des recherches, dossier de Brinon, B7/878, n° 014976. – Arch. Dép. Marne, M 7463, exécutions par les Allemands 1941-1944 ; fusillés ou exécutés par les Allemands, Liste dressée à la demande du ministère de l’Intérieur en octobre 1944. – L’Union (dernière lettre), 13-14 septembre 1947. – Pierre Gillet, « Châlons sous la botte. Souvenirs de la Résistance à Châlons-sur-Marne et dans l’arrondissement (1940-1945) », Cahiers châlonnais, no 3, Châlons-sur-Marne, 1983, réédité en 1998. – Jean-Pierre et Jocelyne Husson, La Résistance dans la Marne, dvd-rom, AERI-Département de la Fondation de la Résistance et CRDP de Champagne-Ardenne, Reims, 2013. – État civil, Saint-Rémy (acte de naissance) ; Châlons-en-Champagne, (transcription du jugement déclaratif de décès).

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