QUENTIN Édouard, Robert, Jules

Par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

Né le 18 août 1920 à Reims (Marne), fusillé comme otage le 13 janvier 1942 à Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne, Marne) ; ouvrier caviste ; syndicaliste ; résistant ; Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France.

Le mur des fusillés, caserne Tirlet à Châlons
Le mur des fusillés, caserne Tirlet à Châlons
SOURCE : 
Maison du combattant
de Châlons-en-Champagne

Édouard Quentin était le fils de Jules Augustin Quentin, caviste, et de Marie Augustine Badet, ménagère. Il avait épousé Simone Rolande Gauché le 31 décembre 1938 à Reims (Marne). Le couple qui avait un jeune enfant né en 1940, était domicilié à Reims, où Édouard Quentin exerçait la profession de caviste chez Heidsieck-Monopole.

Militant communiste, il rejoignit le Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France et participa à des distributions de tracts.
En septembre 1941, deux de ses camarades cavistes furent arrêtés par la police française, Marcel Chatton à Reims et André Crépin à Troyes (Aube). Le 6 novembre 1941, Édouard Quentin a été arrêté à son tour, en même temps que son camarade Georges Dardenne. Ils avaient été dénoncés par André Denis, membre de la Ligue française, parti collaborationniste, qui les accusait d’avoir distribué sur leur lieu de travail des tracts se faisant l’écho d’un appel lancé par le général de Gaulle sur les ondes de la BBC fin octobre et appelant à un arrêt de travail de cinq minutes sur le tas le 11 novembre.
André Denis, accompagné du chef départemental de la Ligue française, André Philibert, s’était rendu auprès de la police allemande, qui les avait renvoyés au commissariat central de Reims, où André Denis avait réitéré ses accusations. Alertée par André Philibert venu dénoncer l’inertie de la police française sur cette affaire, la police allemande se fit livrer Marcel Chatton, André Crépin, Georges Dardenne et Édouard Quentin, qui ont été déférés le 17 décembre 1941 devant le tribunal militaire allemand FK 608 de Châlons-sur-Marne. Lors du procès, André Denis affirma sous serment qu’il avait vu Georges Dardenne et Édouard Quentin placer des tracts sur des chariots élévateurs, alors que le directeur d’Heidsieck assura devant le tribunal n’avoir jamais vu de tracts communistes dans son entreprise.
Georges Dardenne et Édouard Quentin ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité par la FK 608, et finalement fusillés comme otage avec un autre Rémois, Marcel Mélin, le 13 janvier 1942 à la caserne Tirlet de Châlons-sur-Marne, à la suite d’un attentat commis à Dijon (Côte-d’Or) contre un officier allemand, le lieutenant Winiker grièvement blessé par balle.

Un jugement déclaratif de décès rendu par le tribunal de première instance de Châlons le 13 mars 1942 et transcrit le 19 mars 1942 sous le numéro 278 à l’état civil de cette ville, le déclare « décédé le 13 janvier 1942 à 11 heures 40 à Châlons-sur-Marne ».

Édouard Quentin a été reconnu « Mort pour la France » et a été homologué FFI. La Médaille de la Résistance lui a été décernée à titre posthume par décret du 3 juillet 1946 publié au JO du 11 juillet 1946.

Le corps d’Édouard Quentin a été inhumé dans le cimetière de l’Est de Châlons, où Jules Quentin, venu se recueillir sur sa tombe, a été foudroyé par une crise cardiaque en voyant la croix portant le nom de son fils. Le 21 novembre 1944, son corps a été exhumé, et transféré le lendemain à Reims dans le cimetière du Sud, où il repose dans la même sépulture que son camarade Marcel Chatton.

Marcel Chatton avait été condamné à mort et fusillé le 23 décembre 1941 dans la cour de la caserne Tirlet de Châlons-sur-Marne. André Crépin, père de sept jeunes enfants, fut acquitté, remis aux autorités françaises, interné et finalement déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne), d’où il n’est pas rentré.

Le 27 avril 1945, le dénonciateur, André Denis, a été condamné à la peine de mort par la cour de justice de la Marne, peine immédiatement commuée en travaux forcés à perpétuité, puis en 1949 en vingt ans de travaux forcés. Il bénéficia ensuite de plusieurs remises de peine, et a été finalement amnistié en 1959.

Au cours de son procès devant la Haute Cour de justice en 1949, l’ancien préfet de la Marne, René Bousquet, a déclaré être allé déposer des gerbes de fleurs tricolores sur les tombes de Georges Dardenne, Édouard Quentin et Marcel Mélin, ce qui lui aurait valu d’être convoqué par les autorités allemandes et menacé d’arrestation immédiate.

À Reims, une plaque commémorative a été apposée en 1947 par la municipalité au domicile d’Édouard Quentin, 45 rue Fléchambault. La maison ayant été détruite, une plaque refaite à l’identique conserve son souvenir au square des Victimes-de-la-Gestapo, 18 rue Jeanne-d’Arc. Son nom est inscrit sur le monument aux martyrs de la Résistance et de la Déportation et sur la plaque apposée à la Bourse du travail, aujourd’hui Maison régionale des syndicats.
À L’Épine, Édouard Quentin figure sur la plaque commémorative érigée sur le site de la Butte des fusillés.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157457, notice QUENTIN Édouard, Robert, Jules par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson, version mise en ligne le 12 mars 2014, dernière modification le 14 avril 2020.

Par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

Édouard Quentin
Édouard Quentin
SOURCE :ÃNACR
Le mur des fusillés, caserne Tirlet à Châlons
Le mur des fusillés, caserne Tirlet à Châlons
SOURCE : 
Maison du combattant
de Châlons-en-Champagne
Sur la plaque commémorative</br>de la Butte des fusillés à L'Épine
Sur la plaque commémorative
de la Butte des fusillés à L’Épine
Dans le cimetière du Sud à Reims
Dans le cimetière du Sud à Reims
Square des victimes de la Gestapo à Reims
Square des victimes de la Gestapo à Reims
Maison régionale des syndicats à Reims
Maison régionale des syndicats à Reims
Sur le monument</br>aux martyrs de la Résistance de Reims
Sur le monument
aux martyrs de la Résistance de Reims
SOURCE : 
Photos Jean-Pierre et Jocelyne Husson

SOURCES : AVCC, Caen, AC 21 P 135 909. – SHD, Vincennes, GR 16 P 494940. – Arch. Nat., 3 W 88 et 89. – Arch. Dép. Marne, M 7463, exécutions par les Allemands 1941-1944, M 4774, MM 2081, MM 3091, 7 U 56 no 209, 7 U 62 no 20 et U 481. – Arch. FN/FTPF/ANACR-51. – Arch. COSOR-51. – Jean-Pierre Husson, La Marne et les Marnais à l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale, Presses universitaires de Reims, 2 tomes, 2e édition, 1998. – L’Union, 12 novembre 1945. – Pierre Gillet, « Châlons sous la botte. Souvenirs de la Résistance à Châlons-sur-Marne et dans l’arrondissement (1940-1945) », Cahiers châlonnais, no 3, Châlons-sur-Marne, 1983, réédité en 1998. – Gael Eisman, Hôtel Majestic : ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Tallandier, 2010. – Jean-Pierre et Jocelyne Husson, La Résistance dans la Marne, dvd-rom, AERI-Département de la Fondation de la Résistance et CRDP de Champagne-Ardenne, Reims, 2013. – État civil, Reims (acte de naissance) ; Châlons-en-Champagne (transcription du jugement déclaratif de décès).

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