MORET Roland [Pseudonyme dans la Résistance : Pierre MATHE]

Par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

Né le 13 mai 1917 à Asnières-sous-Bois (Yonne), fusillé après condamnation à mort le 6 juin 1944 à L’Épine (Marne) ; pâtissier ; militant communiste ; résistant ; Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France ; FTPF-FFI.

Moret Roland
Moret Roland
SOURCE : Nadine Moret, fille de Roland Moret

Roland Moret était le fils de Philippe Moret, charbonnier, et d’Amélie Gustavie Trémeaux, sans profession. Il appartenait à une fratrie de sept frères et sœurs. Il avait épousé Colette Marie Angeline Chollet le 26 mars 1940 à Paris (IXe arr.), où le couple était domicilié et où Roland Moret exerçait la profession de pâtissier.
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Comme son beau-père Raoul Chollet, photographe de presse au journal L’Humanité, Roland Moret était un militant du Parti communiste. Fichés par la Police française, ils quittèrent tous les deux Paris avec leurs familles en 1941, pour aller s’installer à Asnières-sous-Bois (Yonne), où ils exercèrent la profession de charbonnier, comme le père de Roland décédé des suites d’une morsure de vipère en 1922.

En juin 1942, ils prirent contact avec Robert Bucheton qui était le responsable du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France et des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) à Clamecy. Ensemble ils organisèrent au Crot-au-Pin (Yonne) le maquis Saint-Just qui fut le premier maquis créé dans ce secteur. Ils cachaient des réfractaires, leur fournissaient des faux-papiers et des tickets d’alimentation, diffusaient tracts et journaux clandestins, et recherchaient des armes. Le beau-père de Roland Moret, Raoul Chollet,
prit contact avec Jean Dugne, pseudo Christophe, un des responsables départementaux du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France, pour organiser ce mouvement de résistance dans le secteur d’Avallon (Yonne).
Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1942, leur groupe alla fleurir les monuments aux morts des environs et installa des pancartes invitant les habitants à rejoindre ou à aider la Résistance.
En octobre 1942, le maquis Saint-Just changea d’emplacement et s’installa par sécurité à Lichères-sur-Yonne (Yonne) au lieu-dit La Musse.

En septembre 1943, à la suite de plusieurs incendies dans trois fermes, Roland Moret et Raoul Chollet furent soupçonnés et dénoncés. La gendarmerie enquêta auprès des habitants, tandis que des dénonciations étaient envoyées à la Feldkommandantur d’Avallon.

Début octobre 1943, Roland Moret et Raoul Chollet, mutés dans la Marne par la direction nationale des Francs-tireurs et partisans français (FTPF), quittèrent leurs familles et passèrent à la clandestinité. Nommé au grade de capitaine de compagnie FTPF, Roland Moret devint l’adjoint du chef départemental Marcel Méjecaze. Il s’occupait du service du courrier et ravitaillait des groupes locaux en beurre, viande et cartes d’alimentation, en particulier celui de Sermaize.
Le 12 novembre 1943, il fit le guet lors de la destruction par explosifs d’une bobine de câble à proximité de la cathédrale de Reims.
Roland Moret et Raoul Chollet ont été arrêtés tous les deux le 7 décembre 1943, lors d’une réunion de l’état-major FTPF qui se tenait chez le responsable du groupe local, Raoul Mathieu.
La Gestapo trouva au domicile de Roland Moret la liste des sabotages du groupe.
Le 8 décembre 1943, Raoul Chollet se donna la mort en avalant une dose de cyanure dans les locaux de la Gestapo, 18 rue Jeanne-d’Arc à Reims.

Roland Moret a été incarcéré à Reims, puis transféré à Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne) après le bombardement de la prison le 30 mai 1944. Il a été condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 531 de Châlons-sur-Marne le 6 juin 1944 et fusillé le même jour sur le terrain de La Folie à L’Épine avec six autres résistants : René Brémont, Marcel Cheval, Roger Kerger, Raoul Mathieu (fusillé à 20 h 15 en même temps que Roland Moret), Georges Monaux et Charles Tasserit.

 Extrait de la dernière lettre de Roland Moret à son épouse Collette :

« Je te souhaite beaucoup de courage pour élever nos deux poupons chéris [Jackie âgé de deux ans et Nadine âgée de six mois qu’il n’a pas connue].
Élève-les dans l’honnêteté et le travail, surtout pas dans la haine contre les Allemands ; cela serait une grande erreur, même après ma condamnation à mort. Que veux-tu, c’est la guerre, tu n’as pas à leur en vouloir ».


Aucun acte de décès n’a été dressé, omission réparée par un jugement déclaratif de décès rendu par le tribunal de Première instance de Châlons-sur-Marne le 21 juillet 1944 et transcrit à l’état civil de L’Épine le 31 juillet 1944. Ce jugement déclare Roland Moret « fusillé le 6 juin 1944 à vingt heures quinze minutes sur ordre des troupes d’occupation et inhumé sur le territoire de cette commune ».

Inhumé sur place, le corps de Roland Moret a été exhumé le 13 septembre 1944, ré-inhumé dans le cimetière de l’Est de Châlons, puis transféré ultérieurement à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) dans le cimetière de Valmy.

Roland Moret a été reconnu « Mort pour la France » en 1945 et a été homologué FFI. Le titre d’Interné-résistant lui a été décerné, ainsi que la Médaille de la Résistance par décret du 11 mars 1947 publié au JO du 27 mars 1947.

Dans la Marne, le nom de Roland Moret est inscrit sur la plaque commémorative de la Butte des fusillés à L’Épine et, avec le prénom de « Pierre », sur la liste des « Fusillés » du monument aux martyrs de la Résistance élevé à Épernay.
Dans le Val-de-Marne, son nom figure sur la plaque commémorative apposée dans le hall de la mairie de Charenton-le-Pont.
Dans l’Yonne, il figure sur le monument dédié aux fusillés et déportés d’Auxerre, et une stèle commémorative a été érigée à l’initiative de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance (ANACR), route de Crai à Asnières-sous-Bois, pour honorer la mémoire de de Roland Moret et de Raoul Chollet. Chaque année, le 15 août, un hommage leur est rendu devant cette stèle.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157458, notice MORET Roland [Pseudonyme dans la Résistance : Pierre MATHE] par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson, version mise en ligne le 12 mars 2014, dernière modification le 22 janvier 2021.

Par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

Moret Roland
Moret Roland
SOURCE : Nadine Moret, fille de Roland Moret
Butte des fusillés à L'Épine
Butte des fusillés à L’Épine
Dans <i>L'Éclaireur de l'Est</i>
Dans L’Éclaireur de l’Est
Sur la plaque commémorative</br>de la Butte des fusillés à L'Épine
Sur la plaque commémorative
de la Butte des fusillés à L’Épine
Sur le monument</br> aux martyrs de la Résistance d'Épernay
Sur le monument
aux martyrs de la Résistance d’Épernay
SOURCE : 
Photos Jean-Pierre et Jocelyne Husson
À Asnières-sous-Bois
À Asnières-sous-Bois
SOURCE : Mairie d’Asnières-sous-Bois

SOURCES : AVCC, Caen, AC 21 P 100 664. — SHD, Vincennes, GR 16 P 430871 – Arch. CH2GM-Marne, Direction de l’état civil et des recherches, dossier de Brinon, B7/1180, numéro 016205. – Arch. Dép. Marne, M 7463, exécutions par les Allemands 1941-1944 ; fusillés ou exécutés par les Allemands, liste dressée à la demande du ministère de l’Intérieur en octobre 1944. – Informations communiquées en mai 2005 à Jocelyne et Jean-Pierre Husson par Nadine Moret, fille de de Roland Moret (photo). – Pierre Gillet, « Châlons sous la botte. Souvenirs de la Résistance à Châlons-sur-Marne et dans l’arrondissement (1940-1945) », Cahiers châlonnais, n° 3, Châlons-sur-Marne, 1983, réédité en 1998. – Site Internet de la mairie d’Asnières-sous-Bois. – Jean-Pierre et Jocelyne Husson, La Résistance dans la Marne, dvd-rom, AERI-Département de la Fondation de la Résistance et CRDP de Champagne-Ardenne, Reims, 2013. – Claudine Guerin-Mandon, " Pages de la résistance. Roland Moret et Raoul Chollet ", sur le site officiel de la commune d’Asnières-sous-Bois. – Mémorial GenWeb. – État civil, Asnières-sous-Bois (acte de naissance) ; L’Épine (transcription du jugement déclaratif de décès en attente).

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