BINGEN Jacques, Maurice, Alfred [Pseudonymes : Cléante, Necker, Reclus, Cadillac, Talbot, Rabeau]

Par Jean-Pierre Besse

Né le 16 mars 1908 à Paris, ex département de la Seine, dans le XVI° arr., mort par suicide le 13 mai 1944 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; industriel ; membre des Forces françaises libres (FFL), délégué du Comité français de libération nationale (CFLN) pour la Zone sud et délégué général, Compagnon de la Libération.

Portrait de Jacques Bingen

Jacques Bingen naquit dans une famille juive d’origine italienne. Son père, Gustavo, né à Gênes (Italie) était financier, sa mère était née également à Gênes et s’appelait Laura Giuditta Cohen. Il eut une sœur, Georgina, née en 1892 qui a épousé André Citroën en 1914.
Elève au lycée Janson-de-Sailly à Paris, bachelier, il fut reçu au concours de l’École des mines de Paris et en sortit ingénieur. Il était aussi diplômé de l’École des sciences politiques. En 1929, il présida la section française à l’exposition universelle de Barcelone puis effectua son service militaire dans l’artillerie comme officier de réserve en 1930-1931.
Beau-frère d’André Citroën, d’où ses pseudonymes de Cadillac et de Talbot, il devint à la mort de ce dernier, directeur de la Société anonyme de gérance et d’armement SAGA. Il était aussi secrétaire du Comité central des armateurs.
Mobilisé en 1939, il servit comme officier de liaison auprès de la 51e Division écossaise. Blessé à la cuisse le 12 juin 1940 à Saint-Valéry-en-Caux, il gagna à la nage une barque de pêche qui le conduisit à un dragueur de mines. Débarqué à Cherbourg, soigné, il fut évacué par train sanitaire vers le sud-ouest. À La Rochelle, le 20 juin, il partit en bateau pour Casablanca (Maroc) et de là, à Gibraltar, enfin il arriva en Grande-Bretagne, à Liverpool le 18 juillet.
Le 23 juillet, il rencontra le général de Gaulle qui le chargea de diriger les services de la marine marchande de la France libre. Le 12 juin 1942, il fut versé, sur sa demande, au BCRA comme adjoint de Louis Vallon à la section NM (non militaire), section dont il devint responsable au début 1943. Il se lia d’amitié avec Jean Moulin lors du séjour de ce dernier à Londres (14 février-19 mars 1943) et désirait venir le seconder en France, mais Jean Moulin fut arrêté le 21 juin. Jacques Bingen fut déposé par un avion Lysander dans la nuit du 15 au 16 août 1943 près de Tours, (Jean Moulin était mort), avec un ordre de mission le désignant comme délégué du Comité français de Libération nationale CFLN en Zone sud, Claude Bouchinet-Serreulles assumant la responsabilité pour la zone Nord. Il fut délégué général pour la Résistance de décembre 1943 à avril 1944 avant de retourner comme délégué pour la Zone sud. Il fut victime de la dénonciation d’un agent double de l’Abwehr (Alfred Dormal), qui se présenta le 12 mai au SD à Eckart en déclarant qu’il pistait depuis longtemps un des chefs des MUR au niveau national, que celui-ci était déjà à Clermont-Ferrand et qu’il devait quitter la ville le lendemain par le train de 5h via Arvant. Bingen fut arrêté le 13 mai 1944 en gare de Clermont-Ferrand où il attendait un train pour Ferrières-Saint-Mary où il devait rejoindre Henry Ingrand responsable du Mouvement de Libération Nationale. Il avait sur lui des papiers au nom de Chapelier mais le SD vit qu’il s’agissait de faux.
Il réussit à s’échapper mais fut repris aussitôt et, détenu dans les locaux de la SD avenue de Royat, croqua sa pilule de cyanure pour ne pas risquer de parler sous la torture. Son corps ne fut jamais retrouvé.
Il reçut la Croix de guerre 1939-1945, fut élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur et nommé compagnon de la Libération de son vivant le 31 mars 1944 puis par décret du 10 janvier 1945. En 1945, un navire reçut son nom et, en 1958, un timbre fut frappé à son effigie dans la collection « Héros de la Résistance ». Une rue de Paris (XVIIe arr.) et un boulevard de Clermont-Ferrand portent son nom.
Son nom figure sur le caveau familial au Cimetiere du Montparnasse à Paris.
L’agent double de l’Abwehr, Alfred Dormal, de nationalité belge, fut condamné à mort dans son pays le 26 juin 1948, mais il bénéficia d’une grâce royale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article157472, notice BINGEN Jacques, Maurice, Alfred [Pseudonymes : Cléante, Necker, Reclus, Cadillac, Talbot, Rabeau] par Jean-Pierre Besse, version mise en ligne le 14 janvier 2015, dernière modification le 16 novembre 2020.

Par Jean-Pierre Besse

Portrait de Jacques Bingen
Timbre de 1958 appartenant à une série célébrant les héros de la Résistance, dessiné par Albert Decaris

Publication :
La Marine marchande française libre continue la Guerre, Bureau d’Information de la France Combattante, New-Delhi, s.d.

SOURCES : Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 908 W 506 : crimes de guerre, dossier Léon Bisenius .— François Marcot, Bruno Leroux, Christine Levisse-Touzé (sous la dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Paris, R. Laffont, 2006 (biographie rédigée par Laurent Douzou). – Vladimir Touplin, Dictionnaire des compagnons de la Libération, Bordeaux, Elytis, 2010. — Site des Compagnons de la Libération .— Généanet.

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